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    Médicaments. Image d'illustration

    Les labos pharmaceutiques trichent sur l’efficacité des antidépresseurs

    CC BY 2.0 / Carsten Schertzer / February 22nd
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    par Intonation
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    Efficaces ou pas, les antidépresseurs? Entre essais cliniques falsifiés ou incomplets et l’effet placebo, difficile de savoir si le Prozac et ses petits frères font réellement du bien. Seul point d’accord entre les acteurs de cette polémique: s’il y a efficacité, elle concerne les cas les plus lourds.

    Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), quelque 350 millions de personnes sont atteintes de dépression, dont plus de 800.000 se suicident tous les ans pour cette raison. Il ne s'agit pas simplement de mauvaise humeur, la dépression est causée par une série de déséquilibres des substances chimiques du cerveau, ce qui nécessite un traitement approprié.

    Les médecins ont essayé pendant des siècles d'inventer un traitement efficace en employant essentiellement des méthodes traumatiques, de la saignée à la lobotomie. Dans la seconde moitié du XXe siècle, la médecine a mis au point les antidépresseurs qui jouissent d'une grande popularité. Sont-ils vraiment efficaces? Faut-il faire confiance aux études d'efficacité, qui sont souvent commandées par les laboratoires? Le médecin et écrivain Adam Gaffney essaie de répondre à ces questions dans un article publié dans le magazine "The New Republic". À son avis, il faut essayer de déterminer dans quelle mesure les antidépresseurs méritent leur nom plutôt que de poser comme principe d'y recourir ou non.

    Comme toute sensation médicale, la découverte est fondée sur les résultats de tests cliniques. Gaffney les envisage dans son article. Le psychiatre Rolland Kuhn a découvert dans les années 1950 que la substance G22355 améliorait l'humeur des malades. La pramine devint le premier antidépresseur de l'histoire de l'humanité. Pour reprendre l'expression du psychiatre Peter Kramer, Kuhn a essayé le vrai effet des antidépresseurs. Les conditions des essais n'ont rien à voir avec les tests contrôlés parmi ceux qui ont, le plus probablement, déjà pris de tels médicaments.

    Les tests cliniques contrôlés, écrit Kramer, sont rares en psychiatrie et la science doit se contenter des résultats de méta-analyses de multiples petits examens pour tirer des conclusions plus ou moins objectives concernant l'effet du médicament. Un examen engagé par les psychologues Irving Kirsch et Gay Saperstein, rendu public en 1998, intitulé "Listening to Prozac But Hearing Placebo" (en référence à l'ouvrage "Listening to Prozac" paru cinq ans auparavant) a ouvert un débat sur l'efficacité des antidépresseurs, qui continue jusqu'à présent.

    #prozac

    Фото опубликовано Aslıhan Șener (@aslihan6002) Июл 27 2016 в 2:07 PDT

    Le Prozac, cet antidépresseur mentionné dans le livre a été approuvé par le département américain pour la surveillance sanitaire de la qualité des aliments et des médicaments, en 1987. Il fait partie d'un groupe d'inhibiteurs sélectifs et présente des avantages par rapport aux antidépresseurs tricycliques, notamment, à l'imipramine: le Prozac a moins d'effets indésirables. Or, Kirsch a conclu à l'issue de l'examen de 19 études que 75% de résultats étaient dus à l'effet placebo et seuls 25% — aux propriétés médicinales réelles du médicament.

    D'autres études de Kirsch et de Saperstein ont démontré un effet analogue lors de la prise par les malades d'antidépresseurs et de sédatifs, par exemple des barbituriques ou la benzodiazépine. Selon Gaffney, il est possible que ce dernier groupe de médicaments ait pu avoir en fait l'effet antidépresseur ou bien leurs effets pervers les ont persuadés qu'ils avaient pris de vrais antidépresseurs. Ce paradoxe s'appelle le "placebo actif".

    Kramer se fonde dans son livre sur la première version en objectant, néanmoins, que dans l'ensemble, l'éventuel effet placebo provient du changement de conditions de vie des cobayes. Selon Kramer, des gens plutôt pauvres acceptaient de venir participer aux tests. Ils ont ainsi la possibilité de s'entretenir avec d'autres participants et leur vie prend un sens nouveau.

    Des dépressions non aggravées sont plus rares parmi ces gens, souligne Kramer. Gaffney ne partage pas cette opinion et se demande, quant à lui, qui on doit considérer comme pauvre et pourquoi en général c'est l'efficacité du traitement de la dépression non aggravée chez les milieux plus aisés de la société qui compte.

    Selon Gaffney, il faudrait inventer un médicament qui serait efficace à toute étape de la dépression. Un groupe de scientifiques dirigé par Kirsch a découvert en 2008 que l'effet ce plusieurs médicaments, à savoir la fluoxetine (autre nom de Prozac), la venlafaxine, la nefazodone et la paroxétine n'était pas supérieur à celui du placebo chez les malades atteints d'une dépression modérée et un peu supérieure en cas de dépression grave. Les antidépresseurs susmentionnés n'étaient efficaces qu'en cas de dépression très grave.

    Des études non publiées ont été également prises en considération. Les résultats qui n'ont pas été rendus publics, c'est un problème à part dans l'histoire des antidépresseurs. On passe souvent sous silence les résultats négatifs des essais. 31% de 74 essais de douze antidépresseurs n'ont pas été rendus publics entre 1987 et 2004. Trois résultats négatifs seulement ont été annoncés et 33 autres ont été falsifiés et présentés comme positifs.

    Le débat sur l'efficacité des antidépresseurs continue et il faut étudier toutes les théories, notamment celle du sceptique Kisch. Selon Gaffney, les essais cliniques confirment que de tels médicaments ont un effet positif, du moins en cas d'une dépression grave. Il convient, à son avis, d'engager de nouveaux tests des antidépresseurs d'ancienne génération.

     

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    Tags:
    médecine, placebo, laboratoire, traitement, dépression, OMS
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