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    Ces bombes atomiques perdues dans l'océan

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    Réacteurs, bombes aériennes et torpilles nucléaires reposent encore au fond des océans après des erreurs commises pendant la Guerre froide par les puissances mondiales. Tentative d'inventaire.

    Commençons avec les Américains, qui ont laissé dans l'océan deux sous-marins nucléaires. Tout d'abord le réacteur nucléaire USS Thresher, qui a coulé le 10 avril 1963 pendant des tests de plongée en eaux profondes dans l'Atlantique à 200 miles à l'est du cap Cod et repose aujourd'hui à 2 560 mètres de profondeur.

    USS Thresher
    © Wikipedia /
    USS Thresher

    Ensuite: le sous-marin USS Scorpion (un réacteur et deux torpilles nucléaires à bord) a disparu le 22 mai 1968 lorsqu'il patrouillait dans le nord de l'Atlantique. Le sous-marin a été retrouvé ensuite à plus de 3 000 mètres de profondeur, à 740 km au sud-ouest des îles Açores. Les causes du naufrage restent inconnues.

    Mais les principaux "exploits nucléaires" des militaires américains en mer concernent, bien évidemment, l'aviation.

    Le 14 février 1950, un bombardier B-36 a décollé de la base d'Eielson, en Alaska, pour participer à une simulation de frappe nucléaire totale contre le territoire de l'URSS. La "cible" de l'exercice était San Francisco et une vraie bombe nucléaire Mk.IV se trouvait à bord de l'appareil. Même si elle était dépourvue de sa charge de plutonium, elle était tout de même composée d'une enveloppe d'uranium métallique et de 5 000 livres d'explosifs.

    L'avion a traversé une zone de turbulences à proximité de la côte de la Colombie-Britannique, a gelé et trois de ses six moteurs se sont arrêtés. Face à ces circonstances, l'équipage a largué la bombe (l'explosion a été vue depuis le littoral selon les témoins) et a quitté l'appareil qui tombait dans l'océan.

    Le 10 mars 1956, un bombardier B-47 ayant décollé de Floride a disparu en Méditerranée avec deux bombes nucléaires à bord. Aucune trace de l'avion ou de l'armement n'a été retrouvée. La version officielle indique seulement "perdu en mer près du littoral algérien".

    Le 28 juillet 1957, un avion de transport C-124 devait amener trois bombes nucléaires chargées et une charge de plutonium pour une bombe supplémentaire depuis le Delaware vers l'Europe. Près de la côte du New Jersey dans l'Atlantique, l'appareil a commencé à perdre de la puissance et deux de ses quatre moteurs ont calé. L'équipage a largué dans l'océan deux des trois bombes à environ 100 miles d'Atlantic City.

    Le 5 février 1958 près de Savannah (État de Géorgie), un chasseur F-86 a percuté un bombardier stratégique B-47. Le chasseur s'est écrasé et le B-47 endommagé s'est maintenu en l'air et a rejoint sa base après avoir largué dans l'Atlantique une bombe thermonucléaire Mk.15 (dont la puissance de l'explosion tourne autour de 1,7 mégatonne). Elle y repose toujours, sous la vase, et les recherches ont été vaines.

    F-86
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    F-86

    Le 5 décembre 1965 à proximité d'Okinawa, l'avion d'assaut A-4 Skyhawk transportant une bombe nucléaire tactique est tombé du porte-avion Ticonderoga pendant une tempête avant de couler à près de 4 900 mètres de profondeur. Le Pentagone n'a pas reconnu cet incident jusqu'en 1989.

    A-4 Skyhawk
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    A-4 Skyhawk

    En 1960, dans le contexte d'une "aggravation continue de la situation internationale", les USA ont lancé l'opération Chrome Dome impliquant la mise en place d'un système de patrouille permanente de bombardiers stratégiques transportant une arme nucléaire. Les avions étaient prêts en permanence à attaquer les cibles désignées dans les profondeurs du territoire de l'URSS (le travail d'un bombardier de ce type est montré dans le film de Stanley Kubrick Docteur Folamour). Mais les vols ne se terminaient pas toujours bien.

    Le 17 janvier 1966, près de la ville espagnole de Palomares, un bombardier B-52G a percuté un ravitailleur KC-135. L'accident a provoqué la chute de quatre bombes thermonucléaires Mk.28 (B28RI) de 1,45 mégatonne de puissance chacune. Trois d'entre elles sont tombées sur le sol (deux se sont désintégrées et ont pollué 2,6 km² de territoire avec du plutonium), et la dernière a coulé dans l'eau. Elle a été retrouvée et remontée 81 jours après la catastrophe.

    Malgré les sévères critiques contre cette veille permanente de bombardiers transportant une bombe nucléaire après l'incident de Palomares, l'opération Chrome Dome a été stoppée seulement après l'incident du 21 janvier 1968 près de la base aérienne de Thulé au Groenland, qui a provoqué un scandale international: un B-52 s'est écrasé avec quatre bombes nucléaires à son bord. L'avion a percé la glace avant de couler au fond de la baie de Baffin. Les militaires ont organisé une véritable opération pour extraire les débris de l'arme perdue et ont affirmé avoir retiré les quatre bombes. Cependant, des années plus tard, la publication des résultats de l'expertise a montré que les composantes de seulement trois munitions avaient été retrouvées et que la quatrième reposait toujours au large du Groenland.

    B-52
    © Wikipedia /
    B-52

    L'information sur les éventuelles pertes de munitions nucléaires russes ou soviétiques reste confidentielle. Néanmoins, des incidents impliquant des avions transportant un armement nucléaire sont régulièrement rapportés (mais ne sont pas vérifiés).

    A une époque, l'ex-directeur adjoint du renseignement de la flotte du Pacifique, le vice-amiral Anatoli Chtyrov, avait fait diffuser largement un message sur le crash d'un bombardier Tu-96 de l'aviation stratégique soviétique dans le golfe de la Patience (à l'extrémité sud de Sakhaline) au printemps 1976. A bord de l'avion se trouvaient deux munitions nucléaires qui ont été ensuite remontées par le sous-marin américain Grayback (selon une autre version, Grayback n'aurait extrait que les équipements de liaison et les bombes reposeraient toujours au fond) de l'océan.
    Cependant, le ministère de la Défense ne confirme pas que des vols de l'aviation stratégique ont eu lieu dans cette zone en 1976, l'agence fédérale Rosatom nie les incidents impliquant des appareils nucléaires dans cette région et le message sur la catastrophe ne coïncide pas avec les registres connus des accidents et catastrophes de l'aviation stratégique. Enfin, l'information sur la veille de l'aviation russe nucléaire reste confidentielle, ce qui complique l'enquête.

    L'envergure des patrouilles de l'aviation soviétique était plus modeste que celle des USA et par conséquent, statistiquement et malgré les efforts pour les cacher, le nombre d'incidents était tout de même moindre qu'aux États-Unis. En revanche, on connaît les résultats des catastrophes ayant touché des sous-marins nucléaires et des réacteurs.

    En 1965, le réacteur du sous-marin K-19 (projet 658) a été inondé au large de la Nouvelle-Zemble après avoir subi une avarie radioactive grave en 1961 près de l'île Jan Mayen. En 1966, c'est presque au même endroit qu'a été coulé le réacteur du sous-marin K-11 (projet 627A Kit) où s'était produit un incident en février 1965 pendant des opérations de maintenance, ayant provoqué des émissions radioactives à cause d'une recharge incorrecte du réacteur. En automne 1967, l'écran du réacteur du premier brise-glace nucléaire au monde, le "Lénine", a été inondé dans le golfe de Cywolka (au nord-est de la Nouvelle-Zemble) à cause de dégâts sur la zone active.

    En mars 1968, le sous-marin diesel-électrique K-129 (projet 629A) a coulé à environ 5 000 mètres au nord de l'atoll Midway dans le Pacifique. Les raisons du naufrage restent inconnues mais on sait qu'il transportait trois missiles balistiques R-21 avec des ogives nucléaires monoblocs d'environ 1 mégatonne de puissance, ainsi que deux torpilles nucléaires. Une ou deux torpilles ont été remontées par les Américains en 1974 mais les missiles sont restés au fond.

    K-129
    K-129

    Le 8 avril 1970, un incendie s'est déclaré sur le sous-marin K-8 (projet 627A) pendant les manœuvres Océan-70 dans le golfe de Gascogne. Après une longue lutte pour sa survie, le sous-marin a coulé à près de 4 700 mètres le 12 avril. Deux réacteurs ont touché fond, tout comme quatre à six torpilles dotées d'ogives nucléaires selon les sources.

    En 1972 (selon d'autres informations, en 1974), un réacteur extrait après une avarie nucléaire du sous-marin K-140 (projet 667A Navaga) en 1968 a été inondé en mer de Kara.

    K-140
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    K-140

    Le 10 septembre 1981, en mer de Kara également, le sous-marin K-27 du projet 645 a été coulé. L'appareil expérimental, muni de deux réacteurs RM-1 avec un refroidissement par métal liquide (un alliage de plomb et de bismuth), avait subi en mai 1968 une grave avarie radioactive lors d'une mission, rendant impossible toute utilisation ultérieure. Après une longue période, le sous-marin a été inondé à 75 mètres de profondeur après que son compartiment nucléaire a été rempli de 270 tonnes de bitume. On étudie actuellement le projet de le faire remonter et de le recycler.

    Le 3 octobre 1986, l'un des missiles du sous-marin stratégique K-219 du projet 667AU Nalim, qui se trouvait dans l'Atlantique à l'est des Bermudes, a explosé à cause d'une dépressurisation du silo. Le sous-marin est remonté à la surface mais a finalement coulé dans la nuit du 5 au 6 octobre à plus de 5 600 mètres après de longues tentatives pour le remettre à flot. Deux réacteurs, deux torpilles nucléaires et (selon différentes informations) 15 ou 16 missiles R-27U dont chacun portait trois ogives de 200 kilotonnes se sont retrouvés au fond de l'océan.

    K-219
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    K-219

    Le 7 avril 1989, après un incendie ravageur en mer de Norvège, le K-278 Komsomolets (projet 685 Plavnik, un sous-marin nucléaire polyvalent pouvant plonger jusqu'à 1 000 mètres de profondeur) a coulé à 1 858 mètres. Deux réacteurs et deux torpilles-fusées Chkval avec des ogives nucléaires ont été noyés.

    Le sous-marin nucléaire K-141 Koursk, naufragé au mois d'août 2000 en mer de Barents, a été remonté tout comme le K-429 coulé dans la baie Sarannaïa (dans le Pacifique) en juillet 1983. En revanche, le 30 août 2003 près de l'île Kildine (à proximité de Mourmansk) le sous-marin nucléaire K-159 du projet 627A remorqué pour recyclage à Severodvinsk a coulé à 170 mètres de profondeur. Deux autres réacteurs se sont ainsi retrouvés sous l'eau.

    Enfin, plusieurs générateurs thermoélectriques à radioisotope — qui utilisent l'énergie de leur propre désintégration de matières radioactives pour produire de l'électricité et étaient largement utilisées en tant que source d'énergie autonome — ont été noyés en mer pour différentes raisons et au moins un, perdu en 1987 près du cap Nizki de Sakhaline, n'a toujours pas été retrouvé.

     

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    sous-marins russes, avions de transport militaire, sous-marin nucléaire, chasseur-bombardier, bombardier, bombe atomique, sous-marins, chasseur, nucléaire
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