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La russophobie redevient une profession de foi en occident ; mais comme elle vire régulièrement au génocide, il me semble qu’il vaut mieux la surveiller de près.

En 1869 le célèbre anarchiste russe Michel Bakounine souligne cruellement ce fait: « on » ne déteste pas l'empire russe, mais la Russie et même les russes en tant qu'êtres.

Et cela donne cette bordée assez dure dans un texte impeccable:

« J'en conclus que ces attaques ne s'adressent pas tant aux personnes qu'à la nationalité, et qu'il suffit d'être Russe pour mériter leurs insultes. Que leur ont fait les Russes? »

Bakounine reconnait les défauts de son empire russe (il le qualifie de germano-tartare!):

« L'Empire russe ne paraît si infâme et n'est en réalité si brutal que parce qu'il fait avec une cynique franchise ce que tous les autres Etats font hypocritement. »

Il rappelle que les états civilisés de l'Europe occidentale (y compris l'empire knouto-germanique comme il dit) ne valent pas mieux que l'empire tzariste, et qu'ils n'ont pas d'excuse:

«…l'esclave civilisé qui devient un instrument entre les mains des despotes n'est-il pas mille fois pire que l'esclave barbare? Ce dernier laisse encore espérer qu'en se civilisant il pourra conquérir la liberté. Mais que peut-on espérer du premier? »

Il dénonce:

« Le peuple russe, dit-on, est un danger permanent pour la civilisation et pour l'indépendance de l'Europe. Impatient et sauvage, il n'attend que l'heure propice où il pourra fondre sur elle pour la dévaster et pour la conquérir. »

Il rappelle que la Prusse depuis toujours pille les terres slaves et regarde vers l'Est (cela ne vous rappelle rien?):

« J'ai prouvé, l'histoire et la statistique à la main, que jamais les peuples russes ne se sont portés de leur mouvement propre vers l'Occident, — chose, par exemple, que les peuples allemands ne pourraient pas dire d'eux-mêmes par rapport à l'Orient, car toute la Prusse, une partie du royaume de Saxe, et la plus grande partie de l'Empire d'Autriche, ne se sont formées, comme on sait, que par l'envahissement des races slave et italienne par la race allemande. »

Et sur la bonne question polonaise il rappelle cela:

« Frédéric II de Prusse et la pieuse Marie-Thérèse d'Autriche n'ont-ils pas partagé le gâteau avec notre grande dévergondée Catherine II, qui par sa naissance aussi bien que par toutes ses traditions politiques était une Allemande aussi? »

Il ajoute que l'on peut s'attendre à une invasion européenne de la Russie (Tolstoï la souligne dans Guerre et paix à propos de 1812, Dostoïevski en annonce une dans le Journal):

« Ce n'est pas nous qui irons jamais chez vous, mais au contraire c'est bien vous qui ressentirez le besoin de venir chez nous.
N'est-ce pas une de vos habitudes historiques que de visiter ou plutôt d'envahir lentement le monde slave? »

Dix-huit mois avant le massacre républicain de la Commune de Paris et de notre classe ouvrière, Bakounine écrit:

« Pour constater enfin le degré de la civilisation politique et du respect de l'humanité dans les pays les plus civilisés en Europe, rappelons-nous les crimes commis, à Paris, par la bourgeoisie d'abord et par la soldatesque plus tard, en Juin et en Décembre ».

La peur de la révolution russe est ici présente:

« La révolution russe, ajoutent-ils, et les projets révolutionnaires des communistes russes, sont encore plus dangereux que les projets de conquête du gouvernement russe. Ce sera la fin de toute civilisation et de tout ordre public, — la Fin du monde. »

Enfin Bakounine a aussi annoncé le projet hitlérien dans les lignes suivantes:

« M. Borkheim est un homme singulier, une sorte de maniaque qui déteste tant la Russie et les Russes qu'il a appris le russe. Il l'a appris tant bien que mal, mais assez pour passer pour un savant philologue russe aux yeux de ses compatriotes… Il propose la réconciliation et la coalition de tous les Etats de l'Europe — sans considération aucune pour la forme de leurs gouvernements et pour leur organisation intérieure — en vue d'une croisade d'extermination contre le peuple russe, un peuple de soixante millions à peu près, qu'il conseille de détruire en grande partie, sauf à refouler le reste derrière l'Oural. »

Après la défaite française de 1870, Ernest Renan écrit une lettre devenue célèbre et prophétique au « philosophe » allemand David Strauss. Jacques Bainville la cite dans son livre sur Versailles:

« Le nombre des Slaves est double du vôtre », disait-il à celui qu'il appelait encore son savant maître. « Et le Slave, comme le dragon de l'Apocalypse, dont la queue balaye la troisième partie des étoiles, traînera un jour après lui le troupeau de l'Asie centrale, l'ancienne clientèle des Gengis-Khan et des Tamerlan. »

L'historien Paul Grousset parlera à propos de l'armée rouge d'un nouvel empire des steppes, blindé et motorisé.

Bakounine nous a aussi mis en garde contre la catastrophe nationaliste qui allait dévaster notre Europe et diviser selon lui les classes moyennes et prolétaires:

J'ai dit aux Slaves: « Malheur à vous si vous comptez sur cette Russie impériale, sur cet Empire, tartare et allemand, mais qui n'a jamais eu rien de slave. Cet Empire vous engloutira, et vous torturera comme il le fait avec la Pologne. »

Il canonne dans un beau finale:

J'ai dit encore aux Slaves: « Méfiez-vous des passions nationales qu'on cherche à ranimer dans vos cœurs. La monarchie autrichienne qui, pendant sa longue carrière, n'a jamais fait autre chose qu'opprimer les nations, vous parle aujourd'hui de vos droits nationaux. Est-ce qu'elle aurait fini par reconnaître ces droits? Non, elle veut écraser la liberté par la guerre civile des nationalités, elle veut rompre la solidarité révolutionnaire des peuples en les soulevant les uns contre les autres. »

On nous a refait le coup avec l'Ukraine et la Yougoslavie.
Rien de nouveau sous le sommeil.
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LETTRE ADRESSÉE AUX RÉDACTEURS DU RÉVEIL, octobre 1869, œuvres, tome V, Paris, Stock, 1911, pp.239-295 (sur archive.org)

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

 

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Tags:
russophobie, Occident, Europe, Russie
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