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    BREXIT: les Britanniques vont (encore) rouler tout le monde dans la farine!

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    par Laurent de Angelis
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    Les difficultés à engager les négociations entre le Royaume-Uni et “l’Union” des 27 pays européens entraînent nombre de réactions, que ce soit de la part d’internautes, de journalistes ou de politiques “continentaux”. Leur point commun est d’aller de la naïveté au ridicule pur et simple.

    Le tout, alimenté par une grande ignorance de la Grande Bretagne en particulier, (que je fréquente à titre personnel et professionnel depuis plus de 40 ans), et de tout ce qui construit les relations internationales en général. Pour les internautes, ma foi on pourra les excuser. Pour les journalistes, censés connaître leur sujet, c'est déjà plus ennuyeux, pour employer une litote. Pour les politiques qui décident, cela peut s'avérer dramatique.
    Les Européens décidément, n'ont pas compris les leçons de l'histoire. Ils s'imaginent qu'ils ne feront qu'une bouchée du Royaume-Uni, lors des négociations sur le BREXIT, car les Britanniques sont seuls, tandis que eux sont 27, ouh là là rendez-vous compte. Sur le papier le match semble totalement déséquilibré. Sauf que la réalité n'est pas du tout celle-là.

    Une analyse un peu sérieuse montre à quel point ils se font des illusions. La réalité c'est que le Royaume-Uni est une nation souveraine, qui défend bec et ongles ses intérêts et ceux des sujets de sa majesté. C'est également un pays ou on respecte la volonté exprimée par le peuple, exemple dont nombre de pays européens, à commencer par la France, feraient bien de s'inspirer.
    En face de cela, qu'avons nous? 27 pays, qui sont en fait une coalition totalement hétéroclite, mue par des intérêts différents, voire contradictoires.
    D'abord les "vieux" pays fondateurs, (France,Italie, Allemagne, Benelux) qui font preuve d'un sentiment pro-européen sincère qui hélas désormais confine à la naïveté et à la méthode Coué. A l'exception notable des Pays-Bas, où le sentiment anti-européen est devenu important, voire de la France. Mais pour la France, les dirigeants n'en ont cure. Il continueront d'être férocement européistes, dussent-ils continuer à plonger leur peuple dans le chômage et le chaos migratoire: l'idéologie, quelle qu'elle soit, c'est avant tout le déni du réel. Même, et peut être surtout, si la réalité va obstinément à l'encontre de l'utopie proclamée. Et si quelque chose ne fonctionne pas, ce n'est pas parce que la théorie est fausse, non. C'est parce que l'on ne l'a pas encore assez appliquée! ainsi, la boucle est bouclée…

    Deuxième "bloc": les nouveaux arrivants, mus par des sentiments européens pas très clairs.
    En réalité, leur ferveur européenne est largement proportionnelle à l'argent qu'ils retirent chaque année des fonds de soutien de Bruxelles, ou de l'Eurogroup (monnaie commune). Dans ce bloc (qui en réalité n'en est pas vraiment un, vous l'aurez compris, mais c'est plus commode pour l'analyse) notamment: La Grèce, prête à toutes les compromissions et tous les reniements, du moment qu'elle obtient les fonds dont elle a tant besoin pour assurer ses fins de mois; la Pologne, qui ne veut pas d'immigrants non désirés chez elle (elle a raison) mais aime bien envoyer ses citoyens en Grande-Bretagne et en Europe; plus les pays d'Europe orientale, Etats baltes, etc…

    Troisième bloc: très discret, mais probablement très important pour la suite des évènements: La Suède et le Danemark.
    Ces pays n'ont pas l'habitude des déclarations tonitruantes: discrétion scandinave… mais ils sont très importants, car ils ont toujours été très proches de la Grande-Bretagne. Ils faisaient partie de la même alliance de libre échange, l'AELE (Association Européenne de Libre échange). Ils constituent un véritable bloc: des cultures et des langues très proches au delà des inévitables rivalités entre voisins. Une vision commune des choses: une Europe à minima, la moins intégrée possible, exactement comme les Anglais. Sagement, Ils refusent d'adhérer à l'Euro, comme la Grande-Bretagne. Leurs positions au sein de l'UE étaient très proches. Mentionnons aussi que ce sont des pays riches, contributeurs nets au budget de Bruxelles. Rappelons enfin que 99% des Suédois et des Danois sont presque bilingues en anglais, et regardent les films anglo-saxons en version originale. Quand on comprend parfaitement la langue de l'autre, cela lève pas mal de barrières culturelles. La réciproque est vraie, d'ailleurs…
    Une mention spéciale enfin pour l'Espagne, et son conflit historique avec la Grande-Bretagne.
    L'Espagne n'a jamais vraiment reconnu Gibraltar, possession britannique au bout de son territoire, prise par les Anglo-Hollandais en 1704. La Frontière entre l'Espagne et Gibraltar a été fermée de 1968 à 1985, plus de 17 ans. Gelé depuis que les deux états ont rejoint l'UE, ce conflit larvé pourrait rapidement se réveiller. Les première frictions diplomatiques ont d'ailleurs déjà commencé. L'Espagne pourrait être tentée par une ligne dure face à la Grande-Bretagne avec le BREXIT. Gibraltar dépend de l'Espagne pour la plupart de ses approvisionnements.

    Le BREXIT peut donc avoir des impacts sur l'adhésion suédoise et danoise, voire d'autres, à l'UE: ce serait alors la fin.
    Il est à prévoir que ces pays vont s'opposer à toute politique de "punition" envers la Grande-Bretagne, avec laquelle ils ont des liens économiques et culturels importants. De discrètes tractations diplomatiques entre la Grande-Bretagne et les pays scandinaves pourraient avoir lieu, peut être même ont-elles déjà eu lieu… Une situation conflictuelle dans ce dossier pourrait fort bien les inciter à partir. Si cela survenait, ce serait alors la vraie fin de l'Union européenne. Les pays riches restants ne pourraient — ni ne voudraient — longtemps assumer les flux financiers destinés aux fins de mois des éternels assistés de l'Europe. En résumé, la Grande-Bretagne à d'excellents atouts en main pour tirer avantage du BREXIT. Si son économie tourne bien, elle va donner des idées à d'autres pays: "eux" l'ont fait et s'en sortent très bien; alors, pourquoi pas nous?
    Soulignons d'ailleurs à ce propos que, loin des articles catastrophistes de la presse continentale qui nous expliquent jour après jour combien tout va mal outre manche, en réalité la dépréciation actuelle de la Livre Sterling lui donne d'excellents atouts en terme de compétitivité. Et balaye une fois de plus le mythe de la monnaie forte bonne pour l'économie, mythe tenace sur lequel on a bâti l'€. Le taux de chômage y est au plus bas depuis… 42 ans! En France, une telle statistique est juste du domaine du rêve!

    Pour toutes ces raisons,

    Les "va t-en guerre" en Europe qui veulent "faire payer" la Grande-Bretagne devraient faire preuve de moins d'arrogance. Ils sont moins forts qu'ils ne le pensent. Ils devraient aussi prendre un billet TGV Eurostar, et aller voir par eux mêmes: 2h 15 de trajet depuis Paris. Là, ils constateraient que la Grande Bretagne se porte fort bien…

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    Tags:
    euro, Union européenne (UE), Royaume-Uni, Europe
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