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    «Besoin d’un leader autoritaire-progressiste»: des écologistes pressés au Canada

    © AFP 2019 Don Emmert
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    Jérôme Blanchet-Gravel
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    Le mouvement écologiste est en plein essor au Canada. Malgré la montée des conservateurs, un peu partout dans le pays, les écolos se font de plus en plus entendre, peu importe leur affiliation politique. En majorité déçus du bilan environnemental de Trudeau, ils montrent des signes d’impatience. Vers un nouveau clivage? L’analyse de Sputnik.

    Le Canada, prochain grand laboratoire de la protection de l’environnement? De nombreux écologistes l’espèrent. Deuxième plus grand pays au monde en superficie après la Russie, le Canada regorge d’écosystèmes à protéger.

    Ces derniers mois, le mouvement écologiste a connu un véritable bond au pays de l’érable. Malgré leur répartition dans différents partis, les militants écologistes se font de plus en plus entendre et ne manquent pas d’études scientifiques pour justifier leur programme. Au Québec, les récentes inondations historiques ont d’ailleurs été perçues comme un avant-goût des prochains désastres. Les aléas de la nature sont fréquemment interprétés à l’aune des changements climatiques. Le sentiment d’urgence est de plus en plus palpable dans les discours:

    «Montréal est en état d’urgence, le Premier ministre [Trudeau, ndlr], les deux pieds dans l’eau, dit qu’il va falloir se rendre à l’évidence: nous sommes en crise climatique, d’urgence climatique. Il faut être solidaire de ceux qui vivent aujourd’hui les impacts cruels, brutaux, du climat, mais il faut se mettre aussi en mode prévention», avait déclaré le leader du mouvement du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, lors d’une manifestation à Montréal le 27 avril dernier.

    Le succès des écologistes se fait ressentir au niveau du jeu politique. Les partis fédéraux et provinciaux parlent depuis longtemps d’environnement, mais jamais celui-ci n’avait été autant au cœur du débat. Au Parlement fédéral, les partis de gauche se disputent l’image la plus verdoyante. Sur les six partis représentés en Chambre, le Parti conservateur et le Parti populaire se démarquent, refusant de prendre part à la surenchère. Même le Bloc québécois, dont la vocation centrale est l’indépendance du Québec, a pris un virage vert. Les partis se définissent davantage par rapport à ce sujet.

    Le 14 mai dernier, Catherine McKenna, ministre fédérale de l’Environnement, a déposé une motion enjoignant la Chambre à décréter «l’urgence climatique». En prenant cette initiative, le gouvernement Trudeau a voulu forcer les conservateurs à prendre clairement position, ce qu’ils ont fait le lendemain. Le chef des conservateurs fédéraux, Andrew Scheer, accuse le Premier ministre Trudeau «d’hypocrisie» dans ce dossier. Les députés conservateurs se sont opposés à la motion, ce qui leur vaut déjà bien des critiques.

    «Le Premier ministre [Justin Trudeau, ndlr] a voyagé en avion privé à Tofino pour des vacances, il a voyagé entre la Floride et Ottawa quatre fois en trois jours... ce ne sont pas les actions d’une personne qui pense à une situation urgente», a déclaré M. Scheer au Parlement fédéral.

    En décrétant l’urgence climatique, le gouvernement Trudeau voulait aussi devancer son principal adversaire de gauche, le Nouveau parti démocratique, dont le programme est en grande partie centré sur l’environnement. Enfin, le gouvernement voulait contrer la progression des intentions de vote pour le Parti vert du Canada. Une stratégie destinée à redorer l’image de Trudeau, dont le bilan environnemental est très critiqué. Une manœuvre qui viserait parallèlement à faire oublier le scandale SNC-Lavalin, selon plusieurs analystes. Le chef du Parti vert canadien, Elizabeth May, tente d’ailleurs de recruter l’ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, connue pour avoir tenu tête à Trudeau dans cette affaire.

    L’environnement au cœur du jeu politique

    Elizabeth May a de bonnes raisons de croire que son parti a le vent en poupe. Le 7 mai dernier, les Verts ont remporté une victoire décisive en Colombie-Britannique, portant leur nombre de députés à deux lors d’une élection partielle. Une victoire historique pour les verts, dont le seul député était jusqu’alors leur chef. Signe des temps, un reportage de la chaîne Radio Canada montre même que des militants conservateurs songent à rejoindre les verts. Les enjeux liés à l’immigration expliqueraient toutefois aussi ce phénomène.

    Le 15 mai dernier, la démission d’un maire d’arrondissement de Montréal a confirmé l’apparition d’un discours écologiste beaucoup plus affirmé. Luc Ferrandez, célèbre pour ses positions musclées contre l’automobile, a quitté son poste de maire d’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. Pour justifier sa décision, il a critiqué le maire de Montréal, Valérie Plante, qu’il ne juge pas assez radicale sur le plan environnemental. Pourtant, Valérie Plante est considérée comme une vraie écologiste par la plupart des observateurs. Les propos de M. Ferrandez, qui n’écarte pas son retour, en ont surpris plus d’un:

    «Si la tournure des événements ressemble à ce que je pense qu’elle va ressembler, sans doute que dans dix ans, il y aura un grand besoin de leader du style autoritaire-progressiste. Et ça me fera plaisir à ce moment-là de répondre à l’appel», a déclaré le maire démissionnaire devant la presse à Montréal.

     

    L’environnement polarise de plus en plus l’opinion. Les Canadiens assisteront-ils à la naissance d’un nouveau clivage?

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    protection de l'environnement, Plateau-Mont-Royal, Valérie Plante, Luc Ferrandez, Conseil musulman de Montréal, Radio Canada, Colombie-britannique, Jody Wilson-Raybould, Tofino, Andrew Scheer, Catherine McKenna, climat, militants, Dominic Champagne, Québec, Elizabeth May, Justin Trudeau, écologie, Canada
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