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Les activistes végan ont le vent en poupe au Canada. Les intrusions dans les installations de producteurs de viande sont maintenant fréquentes, ce qui inquiète ces derniers et les pouvoirs publics. Pour Pierrette Desrosiers, psychologue en milieu agricole, de nouvelles lois ne seront pas suffisantes pour contrer le phénomène. Entrevue.

Les activistes végan font de plus en plus de bruit au Canada, pays où leur mouvement est pourtant implanté depuis seulement quelques années.

Le 7 décembre dernier, une douzaine d’activistes végan ont pénétré illégalement une porcherie de la région de la Montérégie, dans l’Ouest du Québec. Une fois sur place, ils se sont assis sur le sol devant les bêtes pour protester contre leurs conditions d’élevage, jugées inacceptables. Avant l’intervention des policiers, les activistes ont aussi demandé de rencontrer François Legault, Premier ministre québécois. La nouvelle a rapidement fait le tour des réseaux sociaux.

«On demande à ce que les médias aient accès à cet établissement, car c’est atroce ce qu’ils font vivre aux porcs. On va lancer une pétition pour sauver ces cochons», affirme Anne Saughnessy, militante antispéciste, dans une vidéo tournée en direct sur les lieux.

Menée par le groupe antispéciste DxE (Direct Action Everywhere), l’action a rapidement été condamnée par l’Association des producteurs de porc du Québec, dont le poids économique n’est pas négligeable.

«Il y a de graves conséquences [à ce genre d’action, ndlr]. Il peut y avoir une introduction de maladies potentiellement mortelles pour les animaux, en plus de leur causer un énorme stress», a déclaré le président de cette association, David Duval, au réseau TVA Nouvelles le lendemain des événements.

Pour la psychologue Pierrette Desrosiers, ce genre de coup d’éclat est appelé à se multiplier dans les prochaines années. «Ces activistes viennent d’écrire une nouvelle page de l’agriculture au Québec», estime-t-elle. Mme Desrosiers est l’une des premières psychologues au monde à avoir fait du milieu agricole sa spécialité.

«Je ne suis pas du tout surprise par l’augmentation du nombre d’incidents visant des éleveurs et agriculteurs. Ça fait au moins un an que je m’intéresse de près à l’évolution de ces groupes antispécistes. J’essaie toujours d’alerter les autorités publiques sur ce phénomène. L’actualité internationale nous permettrait d’anticiper ces développements. Ce n’était qu’une question de temps avant que des groupes du genre se mettent ici en place», explique la psychologue à notre micro.

Conférencière internationale, Mme Desrosiers estime que les producteurs de viande et agriculteurs canadiens sont de plus en plus en situation de détresse. Non seulement ils doivent composer avec les risques économiques liés à la mondialisation, mais aussi avec les risques d’intrusion sur leurs propriétés et les messages violents qui les ciblent. Accusés d’assassiner des animaux, certains producteurs se sentent pris au dépourvu.

«Les éleveurs et agriculteurs doivent maintenant exercer leur travail dans un climat d’insécurité. C’est loin d’être banal. Comme psychologue, je constate une nette augmentation de la détresse vécue par les gens sur le terrain. La tranquillité d’esprit est fondamentale chez l’être humain. Les activistes radicaux font preuve de violence psychologique à l’endroit de personnes qui exercent un métier déjà stressant et qui sont parfois déjà anxieuses à la base», déplore-t-elle.

Dans le but de protéger les éleveurs et agriculteurs, le 2 décembre dernier, un projet de loi sur «la protection contre l’entrée sans autorisation et sur la protection de la salubrité des aliments» a été déposé à l’Assemblée législative de l’Ontario. Si la loi était adoptée en dernière lecture, les activistes condamnés pour intrusion sur une propriété agricole encourraient une amende allant jusqu’à 15.000 dollars canadiens (10.225 Euros). En cas de récidive, un activiste pourrait avoir à débourser jusqu’à 25.000 CAD (17.000 Euros).

«Les agriculteurs et les travailleurs agricoles de l’Ontario méritent d’être en mesure de s’acquitter de l’important travail qu’ils accomplissent sans craindre pour leur santé et leur sécurité. Ce sont eux qui produisent la nourriture que nous mangeons tous les jours», a déclaré le ministre de l’Agriculture ontarien, Ernie Hardeman, pour justifier le dépôt de ce projet de loi inédit.

Pierrette Desrosiers se réjouit de voir que les gouvernements prennent de telles initiatives législatives, mais doute qu’elles soient très efficaces. Selon elle, les activistes seront rapidement en mesure de déjouer les nouvelles règles et pourront toujours compter sur les réseaux sociaux pour tente d’effrayer les éleveurs et agriculteurs. La cyberintimidation demeure la principale arme des activistes végan, observe-t-elle.

«Plusieurs pays travaillent actuellement à élaborer ce genre de lois. C’est évident que ces lois sont nécessaires, mais malheureusement ce ne sera pas suffisant. On sait très bien que les plus radicaux ne seront pas dissuadés. Certains disent eux-mêmes dans des vidéos qu’absolument rien ne va les arrêter... La situation va bientôt dégénérer. Il va nous falloir éventuellement des peines d’emprisonnement», a-t-elle poursuivi.

En mai 2019 à Ottawa, le Comité permanent de l’agriculture et de l’agroalimentaire de la Chambre des communes a présenté un rapport décrivant la détresse psychologique des éleveurs et agriculteurs. Pierrette Desrosiers a participé comme expert aux séances de consultation. Le comité recommande au gouvernement fédéral de mettre en place «des campagnes et des stratégies de sensibilisation du public ayant pour but de lutter contre le problème croissant de la cyberintimidation […] et des menaces touchant les travailleurs agricoles». Pour l’heure, Ottawa n’a toujours pas mis en place ces actions.

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