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Au Canada, le déboulonnage par des manifestants d’une statue de l’un des pères fondateurs de la fédération est au cœur de l’actualité. Accusé, entre autres, de racisme envers les Autochtones et de s’être opposé à l’immigration chinoise et noire, John A. Macdonald pourrait devenir le symbole d’un pays plus divisé qu’il n’y paraît. Analyse.

Le pays de l’érable est plongé dans une véritable guerre mémorielle depuis le déboulonnage et la décapitation d’une statue de John A. Macdonald, le tout premier Premier ministre canadien.

Les faits se sont déroulés le 29 août dernier à Montréal, lors d’une marche organisée par des militants «antiracistes» en faveur du «définancement» de la police. Les forces de l’ordre ne sont pas intervenues pour empêcher les manifestants de s’en prendre à la statue située dans le square Dorchester, au centre-ville.

​La classe politique n’a pas tardé à réagir. Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, de même que le Premier ministre québécois, François Legault, ont condamné cet acte.

C’est aussi le cas du maire de Montréal, Valérie Plante, qui n’a toutefois pas fermé la porte au remplacement de la statue en invoquant la nécessité de «réfléchir».

«Je comprends qu’il y ait des gens qui vivent de la discrimination systémique au pays depuis longtemps, mais des actes comme ceux-là n’ont pas leur place dans une société de droit», a déclaré Justin Trudeau en conférence de presse.  

Sir John A. Macdonald a occupé la fonction de Premier ministre canadien juste après la création de la fédération en 1867, à laquelle il a activement pris part. Depuis maintenant quelques années, le mouvement antiraciste lui reproche surtout d’avoir mis sur pied les pensionnats pour Autochtones et inspiré la loi sur les Indiens, deux réalisations dont le but aurait été de marginaliser les Amérindiens.

De son côté, une partie de la mouvance nationaliste québécoise lui reproche également son rôle dans la pendaison de Louis Riel, icône de l’histoire métisse, française et catholique au Canada. Louis Riel a été condamné pour haute trahison après avoir organisé la résistance de 1885 contre l’expansionnisme anglo-protestant dans les territoires métis.

Un ancien Premier ministre aujourd’hui associé au racisme

Dans une moindre mesure, certains évoquent aussi l’opposition de Macdonald à la venue d’immigrés chinois et afro-américains au Canada, de même que son soutien aux États confédérés lors de la guerre de Sécession américaine.

«Au cours de ses nombreuses années en politique, sir Macdonald s’exprime à plusieurs reprises sur la nécessité de préserver la pureté de la "race aryenne" au Canada. […] La statue de sir John A. Macdonald trône encore fièrement au beau milieu de Montréal. Ce n’est pas qu’aux États-Unis qu’on célèbre toujours les confédérés», s’indignait en juin dernier la militante antiraciste Émilie Nicolas dans Le Devoir.

En alimentant un vif débat sur la fondation du Canada, le déboulonnage de la sculpture ravive des tensions entre différents partis et mouvements politiques.

Peu après les événements survenus à Montréal, le Premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a affirmé qu’il souhaitait faire réinstaller la statue sur le terrain de l’Assemblée législative de sa province si la Ville de Montréal décidait de ne pas la remettre à sa place. Une manière d’associer le Québec aux mouvances de la gauche radicale dans un contexte de tensions croissantes entre un Ouest canadien plutôt conservateur et le reste du Canada, vu comme plus progressiste et écologiste.

Un mouvement en faveur de l’indépendance de l’Alberta commence même à prendre de l’ampleur sur fond de crise économique liée à la pandémie et à l’absence de débouchés pour l’industrie pétrolière albertaine.

Tensions entre conservateurs et antiracistes

Répondant à son homologue albertain, le Premier ministre québécois François Legault a déclaré «qu’il n’était pas question» d’envoyer la sculpture en Alberta car elle devait être réinstallée à la même place.

Bien que Macdonald soit associé au colonialisme anglais au Québec, des observateurs craignent que le déboulonnage de sa statue ne soit le prélude à celui d’autres représentations, celles-là liées à l’empreinte française en Amérique. Une analyse que ne semble toutefois pas partager Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois, une formation souverainiste au Parlement d’Ottawa:

«Moi, je suis prêt à la mettre [la statue, ndlr] dans une belle caisse avec des plumes –je le laisserai [le Premier ministre albertain Jason Kenney, ndlr] fournir le goudron– et ça partira là-bas. Et on pourrait même envisager que tant le nom du parc que la statue qui y figurerait soient plus proches d'un Louis Riel que d'un John A. Macdonald».

Si le mouvement antiraciste dit surtout agir au nom des Premières nations, la plupart des organisations amérindiennes au pays refusent d’appuyer les actes de vandalisme commis contre des statues et autres monuments patrimoniaux.

«Nous avons souffert sous le règne de Macdonald, mais ça ne veut pas dire qu’on peut se permettre de détruire n’importe quel monument érigé en son honneur», a affirmé David Chartrand, vice-président du Ralliement national des Métis, en entrevue avec Radio Canada.

Ce n’était pas la première fois que des manifestants s’en prenaient à une représentation de l’ex-Premier ministre controversé. Sa statue montréalaise avait déjà été vandalisée à plusieurs reprises.

Mais les manifestants ne sont pas toujours à l’origine des retraits de statues. En août 2018, une sculpture représentant Macdonald érigée devant l’hôtel de ville de Victoria, capitale de la Colombie-Britannique, a été déboulonnée et retirée conformément à la volonté du maire, Lisa Helps.

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