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    Aérostats et montgolfières vont compléter l'arsenal militaire russe

    Aérostats et montgolfières vont compléter l'arsenal militaire russe

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    Le ministère russe de la Défense prévoit de relancer un département des aérostats afin de concevoir des montgolfières et des ballons dirigeables pour les forces aérospatiales russes. Pourquoi et comment est-il possible d'utiliser ce matériel dans les conflits modernes?

    La naissance de l'aérostatique militaire russe remonte au 1er août 1870, date à laquelle se sont terminés les décollages d'essai du premier ballon captif russe dans le camp du génie d'Oust-Ijora. Il a participé à ses premières opérations militaires 34 ans plus tard en Mandchourie pendant la guerre russo-japonaise. Les militaires ont apprécié l'usage des aérostats et leur nombre a commencé à augmenter dans l'armée.

    Constantin Tsiolkovski avec son modèle d'aéronef (1924)
    Constantin Tsiolkovski avec son modèle d'aéronef (1924)

    700 aérostats ont ainsi été construits pendant la Première Guerre mondiale, qui étaient utilisés pour le guidage et l'ajustement de l'artillerie. L'aérostat montait sur un câble et l'observateur présent à son bord transmettait par téléphone les positions de l'ennemi.

    Après la révolution, le matériel aéronautique n'a pas été oublié et des aérostats décollaient sur tous les fronts pendant la guerre civile — de Boukhara à l'Extrême-Orient.

    Les années 1930 ont été consacrées aux recherches et à la modernisation des appareils, avec un accent sur la rapidité et la haute altitude — car l'usage d'avions était alors limité à une altitude maximale de 6 km.

    Siège de Léningrad, 1941
    Siège de Léningrad, 1941

    La situation a changé à l'aube des années 1940. Les préparatifs de la nouvelle guerre nécessitant des appareils rapides et manœuvrables, les aérostats ont été abandonnés au profit des avions, marquant le début du déclin de ce segment de la science et de l'industrie.

    Moscou, novembre 1941
    Moscou, novembre 1941

    Mais si les aérostats étaient vulnérables par rapport aux avions, on leur a tout de même trouvé une vocation inattendue: au sein des forces de défense antiaériennes, les aérostats captifs s'élevaient à environ 5 000 mètres avec un câble d'acier miné, formant ainsi une barrière pour l'aviation ennemie autour des territoires stratégiques. Les avions ennemis devaient ainsi voler plus haut, ce qui affectait la précision et le poids des bombes embarquées. Dans le même temps, la défense sol-air russe pouvait combattre plus efficacement les appareils ennemis.

    L'armée de terre exploitait également les aérostats pour guider l'artillerie et reconnaître les positions ennemies. Ce matériel a également été très utile pour préparer les troupes de débarquement car les futurs combattants des forces aéroportées apprenaient à sauter en parachute à partir d'un aérostat et pas d'un avion.

    Les aérostats de barrière ont finalement été retirés des forces de défense antiaérienne au milieu des années 1950 pour laisser la place à de nouveaux appareils — les aérostats dérivants automatiques que les USA ont commencé à utiliser au milieu des années 1950 pour la reconnaissance aérienne.

    Entre 1960 et 1980, l'URSS a construit de nombreux aérostats automatiques pour différentes missions, aussi bien militaires que civiles: la propagande, la reconnaissance, la guerre électronique ou encore les recherches scientifiques. Par exemple, au début des années 1980, les retransmetteurs d'aérostat assuraient la liaison en Afghanistan et en Syrie.

    Aéronef  «СССР-В6»
    Aéronef «СССР-В6»

    Les ingénieurs développaient continuellement de nouveaux modèles. Ainsi, au milieu des années 1980, les concepteurs de Dolgoproudny ont encore conçu une montgolfière de nouvelle génération. Le matériel était réparé et la durée de service et de conservation était prolongée. Grâce à ce travail, les forces aérospatiales utilisent jusqu'à aujourd'hui les appareils de l'époque dans des opérations qui correspondent aux réalités d'aujourd'hui.

    Arkadi Syroejko, responsable de la direction des drones au sein de la compagnie Vega, vante les mérites des aérostats: "Il est possible de les soulever sans grandes dépenses d'énergie, ils présentent une charge utile à une altitude conséquente (jusqu'à 40 km) ou permettent d'observer l'espace pendant une longue période (jusqu'à 30 jours)". C'est ce matériel qui est utilisé aujourd'hui par les États-Unis pour protéger la frontière mexicaine et canadienne.

    Les principaux avantages des aérostats sont qu'ils permettent des vols prolongés (largement plus longs que l'aviation traditionnelle) jusqu'à 200 km/h; leur propreté écologique et leur usage économique (une heure de travail d'un aérostat coûte trois fois moins cher que pour un hélicoptère); la possibilité de transporter des chargements, y compris très lourds qu'il n'est pas nécessaire de désassembler pour le transport; ainsi qu'une indépendance relative de l'infrastructure d'aérodrome.

    A cet égard le matériel aérostatique pourrait donc être utilisé à des fins militaires pour la surveillance d'objectifs terrestres, maritimes et aériens; l'identification de cibles volant à basse altitude, notamment de transhorizon; la liaison sur de grandes distances; la guerre électronique, le renseignement radio; le transport de matériel et de personnel, y compris dans des régions difficiles d'accès et éloignées; l'approvisionnement de sites éloignés; l'établissement des cartes de champs de mines; ou encore la cartographie.

    Le matériel aérostatique non habité est très prometteur. A moyenne altitude, il peut procéder à des missions de reconnaissance, à la détection des menaces et remplir des tâches de guerre électronique. Les drones aérostatiques de haute altitude, quant à eux pourraient remplacer les satellites géostationnaires et être utilisés pour la défense antimissile et les communications.

    L'emploi d'un aérostat capable de rester en l'air des dizaines de jours avec les équipements nécessaires coûterait bien moins que les satellites actuels. Quant à leur usage pour la reconnaissance en tant qu'alternative aux drones habituels, le matériel aérostatique se distingue par sa capacité à rester longtemps dans les airs, ainsi qu'à se cacher derrière les nuages pour rester hors d'atteinte des moyens d'interception. Enfin, il n'est pas si facile de le viser car son revêtement ne reflète pas les rayons des radars.

    ​Ces derniers temps, les appareils aérostatiques ont été aperçus pendant les exercices du ministère de la Défense russe et les opérations en Syrie. D'après Arkadi Syroejko, les aérostats militaires vont certainement se multiplier et gagner en qualité:

    "Avec les représentants du ministère russe de la Défense, nous procédons avec succès aux essais publics d'un tout nouveau complexe aérostatique pour les forces aérospatiales. De plus, plusieurs modèles de futurs appareils sont actuellement en phase finale de développement. Ainsi, plusieurs types d'aérostats captifs Dozor et le ballon-drone DP-29 terminent la phase des essais de décollage et de vol".

     

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    aéronefs, aéronautique, URSS, Russie
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