Ecoutez Radio Sputnik
    Des bombardiers lance-missiles Tu-22M3 lors d'un raid en Syrie

    Un expert explique pourquoi l’US Navy devrait redouter les Tu-22M3

    © Photo. Ministry of Defence of the Russian Federation
    Défense
    URL courte
    7431

    Un dispositif de bombardement numérique, une avionique modernisée, de nouveaux systèmes de missiles… Les médias américains ont déjà qualifié la version modernisée du bombardier Tu-22M3 de «fléau» pour la Marine US. Un expert russe a fourni des détails sur le nouvel avion, qui selon lui, présentera une vraie menace pour les porte-avions.

    L'armée russe se dotera à l'automne d'une version modernisée du bombardier à long rayon d'action Tupolev Tu-22M3 qui est déjà considéré par des médias américains comme une menace pour les porte-avions des États-Unis. Mais quels équipements et armes rendent le nouvel appareil si dangereux? Sputnik a interviewé Konstantin Sivkov, docteur en sciences militaires.

    Réarmé et dangereux

    Le premier Tu-22M3M prendra les airs en août prochain. La Russie envisage de moderniser tous les avions de ce type actuellement en service, soit une quarantaine d’aéronefs. Les spécialistes de l’usine aéronautique de Kazan vont prolonger la durée de vie des bombardiers lance-missiles de plusieurs dizaines d’années, mettre à jour leurs équipements électroniques, systèmes de ciblage et de navigation.

    Les équipements de bord permettant d’utiliser les nouvelles armes de précision, notamment le missile antinavire Kh-32, constitue le point culminant de cette étape de modernisation. Conçu par le bureau d’études Radouga de Doubna sur la base du missile Kh-22, le Kh-32 a été livré aux Forces aérospatiales russes en 2016. Il devance son prédécesseur sur plusieurs aspects.

    Il s’agit avant tout de l’autodirecteur actif capable de résiste au brouillage et de neutraliser presque tous les moyens de guerre électronique connus à ce jour. Un propulseur plus puissant et économique permet d’augmenter la portée du missile. Le Tu-22M3M ne sera pas obligé de se rapprocher trop près des porte-avions visés et de s’exposer au risque d’être abattu par des systèmes de défense antimissile ennemis.

    Porteur de la mort en piqué

    Le missile hypersonique Kh-32 vole à 40 km d’altitude, soit largement au-delà du rayon d’action de n’importe quel système de défense antimissile, avant de terminer son attaque en piqué. La vitesse du missile est supérieure à Mach 5, il est donc deux fois plus rapide que les missiles surface-air américains Standard Missile 6 (SM-6). Le Kh-32 peut porter soit une ogive conventionnelle soit nucléaire. Le Tu-33M3M embarque trois missiles de ce type.

    «Il est impossible d’intercepter le bombardier lance-missile s’approchant d’un groupe aéronaval, parce que la portée du Kh-32 est d’environ 1.000 km, alors que l’aviation embarquée a un rayon d’action de quelque 400 km, a déclaré à Sputnik Konstantin Sivkov, docteur en sciences militaires.

    Selon lui, si les chasseurs sont en patrouille, leur rayon d’action atteint 600 km au maximum, mais c’est également insuffisant.

    «En plus, la vitesse hypersonique rend le missile invulnérable aux systèmes de défense antimissile des navires qui protègent les porte-avions. L’entrée en service des Tu-22M3 modernisé est donc une menace sérieuse pour les porte-avions des États-Unis», a-t-il ajouté.

    Le Tu-22M3 (code Otan: Backfire) a été fourni à l’armée soviétique en 1989. L’avion peut transporter 24 tonnes de munitions et effectuer des missions à plusieurs milliers de kilomètres de son aérodrome à une vitesse de 2.300 km/h. Les Tu-22M3 ont été modernisés à plusieurs reprises en trente ans. Ces derniers temps, ils ont participé à l’opération antiterroriste russe en Syrie où ils ont détruit de nombreux sites terroristes. Mais leur mission principale est de détruire les navires de guerre, qui leur a valu le surnom «tueurs de porte-avions».

    Une doctrine périssable

    Il est clair que l’arrivée des Tu-22M3M ne transformera pas les porte-avions américains en barques sans défense. Les groupes aéronavals, le symbole de la puissance militaire des États-Unis, sont et resteront une force importante disposant de systèmes de guerre électronique efficaces, de canons et de missiles. Mais les performances améliorées des nouveaux avions russes porteront un coup dur à leur potentiel de défense.

    «Les missiles chinois balistiques antinavires Dong Feng présentent une menace supplémentaire pour les porte-avions américains. Ces missiles sont spécialement conçus pour lutter contre les porte-avions. Tout indique que les Américains ont du mal à garantir la résistance de leurs navires qui implique l’utilisation de nouveaux moyens et méthodes. Ils doivent revoir à fond leur concept de "grande flotte de porte-avions"», a noté M.Sivkov.

    La baisse d’efficacité de la doctrine navale des États-Unis inquiète des spécialistes américains depuis plusieurs années. Quand la Russie a annoncé avoir mené des tests réussis de son nouveau missile hypersonique Tsirkon, l’observateur du magazine The National Interest, Sebastien Roblin, a estimé que les porte-avions deviendraient des «cibles flottantes». Selon M.Roblin, les nouvelles armes hypersoniques empêcheront les groupes aéronavals américains de s’approcher à la distance requise pour frapper des cibles au sol, mais aussi les transformeront en jouets inutiles et chers. Un auteur de l’agence Bloomberg est pour sa part persuadé que les États-Unis devront adapter leur flotte de porte-avions aux nouvelles conditions de combat.

    Lire aussi:

    Doté d'un missile dernier cri, le «tueur de porte-avions» Tu-22M3 renforce sa réputation
    Ce nouveau missile russe qui inquiète les Américains
    Importante mise à jour pour les bombardiers russes Tu-22M3 en 2018
    Tags:
    aviation à long rayon d'action, bombardier, porte-avions, Tsirkon, Dong Feng, SM-6 (Standard Missile 6), Kh-32 (missile air-surface), Kh-22 (missile air-surface), Tu-22M3M, The National Interest, Radouga (bureau d'études), Konstantin Sivkov, États-Unis, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik