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    L'usine Yamal GNL

    Pourquoi les États-Unis ont-ils acheté du gaz russe?

    © Sputnik . Evguebi Odinokov
    Economie
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    Olga Lechtchenko
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    Trois méthaniers ont acheminé du gaz naturel liquéfié (GNL) produit en Russie vers les côtes américaines, depuis le lancement de Yamal LNG. Comment les États-Unis qui rivalisent avec la Russie sur le marché du gaz européen ont-ils pu l’admettre? Et quel rôle ont joué des navires français dans cette histoire? Décryptage.

    Le gaz russe trace sa route vers les côtes américaines. La première cargaison produite au sein de l'usine, Yamal LNG, lancée fin 2017 dans l'Arctique russe, s'est amarrée à Boston fin janvier. Une deuxième beaucoup moins médiatisée, a suivi en février, mais voilà que cette semaine, Moscou a confirmé que les États-Unis se sont fait livrer au total trois méthaniers de gaz naturel liquéfié (GNL) issu du site de Yamal.

    Ces molécules russes qui font voir rouge aux autorités US

    Comment se fait-il que les États-Unis, prêts à tout pour conquérir le marché européen de gaz et y devancer la Russie, sont allés jusqu'à acheter du GNL à cette dernière? Encore en mars, Rick Perry, secrétaire américain à l'Énergie, se disait, devant le Sénat, «stupéfait par la présence de molécules russes dans un méthanier accosté à Boston alors que les États-Unis produisaient eux-mêmes des volumes importants du gaz».

    «Ce n'est qu'en partie qu'on peut qualifier les États-Unis d'exportateur net de gaz. Selon leurs propres estimations, leurs exportations ont dépassé de 4 milliards de mètres cubes leurs importations en 2017. Pour comparer, le volume de la consommation aux États-Unis s'approche de 800 milliards de mètres cubes, ce qui permet d'évaluer si cet excédent est important», explique à Sputnik Alexandre Frolov, directeur adjoint de l'Institut russe de l'énergétique nationale.

    Un coup du destin?

    C'est dans ce contexte, mais également avec un brin de hasard, que la main invisible du marché a poussé les États-Unis à se faire livrer un bon lot de «molécules russes» en janvier 2018.

    «Ce méthanier qui avait été solennellement chargé en présence de Vladimir Poutine devait initialement mettre le cap sur la Chine», rappelle Igor Iouchkov, analyste de la Fondation pour la sécurité nationale énergétique, dans une interview accordée à Sputnik. Or, une panne de gazoduc entre la Norvège et le Royaume-Uni, survenue en plein hiver, ainsi que la flambée des prix qu'elle a entraînée, ont mis leur grain de sel dans ces projets. Le méthanier brise-glace Christophe de Margerie, avec du gaz produit à l'usine de Novatek, est parti du village arctique russe de Sabetta en direction de la blonde Albion. Au moment où le navire a pris la mer, le GNL à son bord a changé de propriétaire: dès lors, il appartenait à la société malaisienne Petronas.

    Le GNL à bord du Christophe de Margerie est arrivé au Royaume-Uni avant de changer encore de propriétaire et passer aux mains du géant français Engie. «On aurait pu laisser le gaz là, mais une vague de froid a touché les États-Unis. La capacité de transit du gazoduc près de Boston s'est avérée insuffisante pour alimenter la ville et ses environs», explique Igor Iouchkov. «Engie a fait charger le gaz à bord d'un autre méthanier (le français Gaselys, ndlr), et il a pris la direction de Boston. C'était la toute première cargaison produite à Sabetta et elle est partie pour les États-Unis». Un marché qui devient d'autant plus curieux que le gaz est issu de l'usine de Novatek, société russe frappée par les sanctions américaines.

    La législation américaine a joué un mauvais tour

    Mais pourquoi les États-Unis, l'un des plus gros producteurs du GNL au monde, n'ont-ils pas pu satisfaire eux-mêmes leurs besoins? La réponse réside dans la législation du pays. «Une ancienne loi qui est toujours en vigueur veut que les cargaisons soient transportées entre les ports du pays uniquement par des navires construits et immatriculés aux États-Unis», poursuit Igor Iouchkov. Il ajoute que cette mesure visait initialement à soutenir la construction navale.

    Or, la loi a joué un mauvais tour aux Américains. «Aucun méthanier n'a été produit aux États-Unis, tous étant d'origine étrangère. Ainsi, il est impossible de charger du GNL dans un port pour le transporter dans un autre à bord d'un navire étranger. Cela fait que les États-Unis sont contraints d'acheter le gaz à l'étranger et dans ce cas-là, le GNL russe a été assez attractif en termes de prix», ajoute l'analyste.

    Il faudrait tout de même préciser que Rick Perry avait plutôt raison en évoquant des «molécules russes». «Qualifier de russe ce GNL n'est possible que du point de vue de ses origines, car on a vu changer à plusieurs reprises son propriétaire au cours du trajet», observe M.Iouchkov.

    Qui plus est, le marché du gaz est régi avant tout par les lois de l'économie et la politique a du mal à s'en faire obéir.

    «Les États ont très peu d'emprise sur le marché du gaz, il faut avant tout faire attention aux opérateurs qui y jouent», note Alexandre Frolov.

    «Les politiques peuvent introduire des sanctions contre la Russie, contre ses sociétés, mais la communauté d'affaires va chercher à acheter du gaz avant tout à un prix compétitif», dit Igor Iouchkov. Et de conclure: «Si les Américains font des bénéfices et que cela n'est pas interdit par la loi, ils interagiront de leur plein gré avec les sociétés russes».

    L'économie l'emporte donc sur la politique… Du moins, sur ce terrain.

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    méthanier, gaz naturel liquéfié (GNL), Novatek, Rick Perry, Iamal, Boston, Royaume-Uni, États-Unis, Russie
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