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    A one euro coin is pictured on one US dollar notes

    A bout de patience, la Russie et l'Iran renoncent au dollar

    © AFP 2019 PHILIPPE HUGUEN
    Economie
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    La Russie et l'Iran, cibles de nouvelles sanctions de Washington à cause de leurs relations d'alliés avec la Syrie, s'apprêtent à tourner définitivement le dos au dollar.

    L'ambassadeur russe à Téhéran a déclaré que la monnaie américaine ne serait plus utilisée dans les échanges entre les deux pays, qui lui préféreront désormais le rouble et le rial ou l'euro. Moscou a déjà initié le même processus avec la Chine, l'Inde et la Turquie. De son côté, l'UE ne veut plus payer en dollars sa propre production. Les experts sont persuadés que l'Iran et la Russie montreront à l'Opep qu'il est possible de se passer du dollar. Qui renonce actuellement à la devise américaine, et comment?

    L'Iran dit adieu au dollar

    A l'heure actuelle, jusqu'à 70% des transactions commerciales internationales sont réalisées en dollars. Cependant l'alliance anti-dollar compte de plus en plus de membres, tombés sous le coup des sanctions et fatigués de la politique étrangère agressive et imprévisible de Washington.

    En avril 2018 déjà, Téhéran avait renoncé à la monnaie américaine et fait passer tous ses règlements internationaux en euros.

    «Le dollar n'est déjà plus utilisé en Iran, les opérateurs préfèrent d'autres monnaies pour leurs transactions. Il n'y a plus aucune raison d'utiliser des factures en dollars», avait déclaré à l'époque Mehdi Kasreipour, représentant de la Banque centrale d'Iran.

    L'Inde achète déjà le pétrole iranien en euros, sachant que son économie se développe rapidement (on table sur un bilan de croissance de 7,5% du PIB pour 2018) et nécessite de plus en plus de ressources. Par ailleurs, les succès de la Russie et de l'Iran en matière de dédollarisation pourraient servir d'exemple à d'autres membres de l'Opep et de l'Opep+. C'est notamment la ligne suivie actuellement par l'Arabie saoudite.

    L'UE compte renoncer au dollar pour ses achats de pétrole iranien. En septembre 2018, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré que l'Europe perdait «des centaines de millions de dollars à cause des guerres commerciales déclenchées par Donald Trump», tout en rappelant que l'UE achetait 80% des hydrocarbures importés en dollars, «ce qui est complètement illogique».

    «Il est aberrant que les compagnies européennes achètent des avions européens en dollars et non pas en euros», avait souligné Jean-Claude Juncker.

    Les Européens ont commencé à passer des paroles aux actes. L'Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont déjà mis en place un mécanisme de règlement basé sur l'euro avec l'Iran: INSTEX (Instrument in Support of Trade Exchanges).

    A qui le tour?

    L'abandon du dollar pour les achats du principal produit d'exportation — le pétrole — est une démarche importante à laquelle la Russie est également prête. Les analystes affirment qu'il est dès à présent possible d'exclure la monnaie américaine du commerce non seulement avec l'Iran, mais également avec la Chine et la Turquie. Ce processus est déjà lancé.

    La Russie, l'Iran et la Turquie sont convenus en été 2018 d'opter pour un autre moyen de règlement pour le pétrole, le gaz et un grand nombre d'autres produits. Par ailleurs, en 2017 déjà, la Turquie avait vendu près de 9% de ses exportations en Russie dans sa monnaie nationale — et n'avait pas l'intention de s'arrêter là.

    L'Assemblée des exportateurs de Turquie s'est dite prête à utiliser «tous les moyens et mécanismes» commerciaux afin d'accroître la part des règlements en devises nationales, selon l'objectif fixé par le gouvernement.

    Ankara a affiché cette disposition en signant un important contrat international: d'ici l'automne 2019, l'armée turque recevra des systèmes antiaériens russes S-400 sans recourir au dollar.

    L'Inde, qui est le plus grand partenaire de la Russie dans le secteur militaro-technique, suit le même chemin: New Delhi achètera en roubles cinq lots régimentaires de S-400 pour presque 5,4 milliards de dollars.

    Entre elles, la Turquie et l'Inde ont l'intention d'opter pour les paiements en livres et en roupies.

    «Les opérations d'import-export peuvent être réalisées en monnaies nationales, ce qui réduirait l'impact négatif des fluctuations des cours de change. Le secteur de l'énergie nucléaire est le premier sur la liste», avait déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.

    La Russie montre aujourd'hui comment réduire la dépendance envers le dollar avec son plus grand partenaire commercial: la Chine.

    De janvier à novembre 2018, le montant des règlements en monnaies nationales dans le commerce frontalier entre les deux pays a augmenté de 48%. La part des monnaies nationales dans les règlements a atteint en tout 15%, et continue de croître.

    Comme l'a déclaré le directeur exécutif de l'Institut d'analyse de la sécurité mondiale Gal Luft, les États-Unis mènent actuellement une guerre commerciale contre une vingtaine de pays représentant un PIB total dépassant 15.000 milliards de dollars. Ce sont ces pays qui détermineront le sort du dollar en tant que monnaie mondiale. Et le dernier mot pourrait revenir à la Chine et à la Russie.

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    Tags:
    dollar US, S-400, Union européenne (UE), OPEP, Donald Trump, Jean-Claude Juncker, Recep Tayyip Erdogan, Turquie, Iran, Chine, Inde, États-Unis, Russie
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