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    «Achtung!»: la fin du modèle économique allemand serait-elle proche ?

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    Economie
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    Fabien Buzzanca
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    L’économie allemande accumule les mauvais résultats. Les commandes industrielles ont plongé de 4,2% en février par rapport à janvier, un record en deux ans. Simple conséquence des turbulences que traverse l’économie mondiale ou modèle à bout de souffle ? Philippe Béchade, président des Econoclastes, nous livre son analyse.

    L'économie allemande continue de susciter l'inquiétude. Le récent abaissement des prévisions de croissance établies par les principaux instituts de conjoncture économique outre-Rhin est révélateur. Ces dernières ont été révisées de 1,9% à 0,8%. Une chute qui illustre la brutalité de la mauvaise passe traversée par l'Allemagne, longtemps considérée comme un modèle de croissance.

    ​Pays industriel par excellence, l'Allemagne a vu ses commandes dans ce domaine plonger de 4,2% en février par rapport au mois précédent. Un record biennal. En janvier, elles avaient déjà reculé de 2,1%. «Dans les mois à venir, il faut s'attendre à une économie industrielle en demi-teinte, notamment en raison du manque de demandes étrangères», a déclaré le ministère allemand de l'Economie dans un communiqué. Philippe Béchade, président des Econoclastes, note que l'effondrement est encore plus impressionnant sur un an: «Pour bien mesurer l'ampleur du problème, il est nécessaire de s'attarder sur la baisse par rapport à février 2018. Elle est de 8,2%.»

    La Chine tousse, l'Allemagne s'enrhume

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    «Le trou d'air du mois de février 2019 s'explique en grande partie par la baisse des exportations vers la Turquie. On est sur un phénomène ponctuel. Concernant la baisse de 8,2% par rapport à l'année dernière, nous nous situons sur un problème de fond. Il est notamment lié au ralentissement des échanges avec la Chine ainsi qu'avec les pays partenaires européens comme l'Italie qui voit sa croissance s'effondrer», souligne Philippe Béchade.

    Plusieurs facteurs se combinent et justifient les inquiétudes concernant l'Allemagne. En plus du ralentissement chinois, qui occupe une place de choix, et du fait que les Américains achètent moins de voitures allemandes, les velléités protectionnistes de Donald Trump donnent des sueurs froides aux dirigeants berlinois.

    «L'Allemagne peut redouter que le président Trump concentre son arsenal de répression douanière vers l'Europe une fois qu'il en en aura terminé avec la Chine. Reste que Berlin s'est tiré une balle dans le pied avec les normes antipollution», analyse Philippe Béchade.

    Pour rappel, l'entrée en vigueur le 1er septembre 2018 des nouvelles normes antipollution, appelées WLTP, pour «tests de véhicules légers harmonisés au niveau mondial» a désorganisé les chaînes de production d'automobiles allemandes et fait perdre beaucoup d'argent à ce secteur crucial pour l'économie.

    Le manque de visibilité lié au Brexit cause également du tort à Berlin selon l'économiste d'ING, Carsten Brzeski: «Ces très mauvais chiffres sur les commandes suggèrent que l'industrie allemande souffre toujours des difficultés et des incertitudes liées au Brexit.»

    Dans le détail, les données du ministère allemand de l'Economie ont montré en février une baisse des commandes étrangères de 6%. Pour les pays hors zone euro, elle atteint même 7,9%. La chute est plus limitée concernant la zone euro avec 2,9%. Les contrats intérieurs ont quant à eux reculé de 1,6%.

    «Si l'on est optimiste, l'on peut se dire que l'industrie allemande avait un mauvais moment à passer avec les remises aux normes et que les choses vont s'améliorer», lance Philippe Béchade. Avant de passer à quelques interrogations de nature plus pessimiste:

    «La Chine a de moins en moins besoin d'importer des machines-outils ou des voitures allemandes, car elle fait de plus en plus fabriquer sur place. Le modèle allemand de ces dernières années a été tourné vers les exportations avec les bons produits et le bon timing. L'Allemagne a notamment joué le rôle de fournisseur de la Chine au moment où cette dernière connaissait la plus forte expansion de son histoire. Mais ce modèle a-t-il encore un avenir? Est-ce qu'il faudra tout miser sur les exportations et l'industrie dans les 10 prochaines années? Nous sommes peut-être sortis de cette période. Ce qui a fait la force de l'Allemagne pourrait très bien être à l'origine de ses problèmes actuels.»

    Que peut donc faire Berlin pour tenter de faire repartir la machine? L'accumulation de larges excédents commerciaux ces dernières années a permis au pays de se constituer un sérieux pécule. «L'Allemagne a une épargne plus que confortable qui pourrait lui permettre d'adopter une stratégie de relance keynésienne. Elle pourrait lancer de grands travaux de modernisation des routes ou du rail qui sont dans un état lamentable. Ils en ont clairement les moyens», souligne Philippe Béchade.

    La question des infrastructures est récurrente en Allemagne, la quatrième puissance économique mondiale. Il n'est pas rare d'y voir des routes, des voies ferrées ou des écoles dans un état de délabrement avancé. «Seuls 12 % des près de 40.000 ponts en Allemagne sont en bon ou très bon état. Près du même pourcentage affiche un état médiocre. Et pour près de 800 ponts, l'état est insuffisant», rappelait après le drame du pont de Gênes, le journal allemand Westfälische Nachrichten

    Les experts de la banque publique allemande KfW cités par Les Echos estiment que «près de 159 milliards d'euros sont nécessaires pour restaurer les infrastructures» au pays de Goethe. «Entre 2014 et 2019, les recettes fiscales du pays ont augmenté de 280 milliards. Mais seuls 25 milliards d'euros ont été utilisés pour plus d'investissements, faute de volonté politique», explique Clemens Fuest, toujours aux Echos.

    Philippe Béchade voit des freins à une éventuelle politique de relance:

    «Il faut tenir compte du fait que chaque Land (équivalent allemand des régions — ndlr) a beaucoup de contrôle sur les dépenses. La question démographique joue aussi. La population vieillit et en cette période de ralentissement économique, les dirigeants allemands pourraient se dire que ce n'est pas le moment de griller une épargne qui sera mise à contribution pour financer les retraites.»

     

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    Tags:
    industrie automobile, croissance économique, investisseurs, droits de douane, guerre commerciale, route, taux de croissance, normes, récession, infrastructure, finances, bourse, industrie, commerce, exportations, croissance, douane, automobile, importations, zone euro, investissements, économie, école, Brexit, Union européenne (UE), Luigi di Maio, Philippe Béchade, Donald Trump, Matteo Salvini, Emmanuel Macron, Xi Jinping, Angela Merkel, Royaume-Uni, Italie, Europe, Chine, France, Allemagne, États-Unis
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