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    Aigle Azur: victime en puissance de l’«écocontribution»?

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    Economie
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    Maxime Perrotin
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    Présentée comme un mauvais coup pour Air France, la future écotaxe sur les billets d’avion devrait coûter cher à la principale compagnie aérienne française, qui pour préserver sa compétitivité a décidé de ne pas la répercuter sur ses clients. Un luxe que d’autres transporteurs ne pourront pas se permettre, tel qu’Aigle Azur, qui bat déjà de l’aile.

    La plus ancienne des compagnies aériennes privées françaises pourrait-elle tirer sa révérence cet automne? Selon nos confrères du Figaro, Aigle Azur rencontrerait d'importantes difficultés financières, tant est si bien qu’elle serait «lâchée par plusieurs loueurs d’avions», souligne le 8 août le quotidien qui relate que la compagnie aurait déjà rendu en juin un de ses neuf A320 à l’un de ses «leasers». «Aucun propriétaire d’avion qu’elle exploite ne presse Aigle Azur de lui rendre un appareil», a réagi la compagnie dans la foulée de la publication du quotidien. Notons qu’au mois de juillet, la compagnie avait justifié par une «réduction de la flotte» la fermeture de sa ligne Marseille-Dakar.

    Une situation financière tendue qui serait due à certains choix stratégiques entrepris sous la houlette de Frantz Yvelin, nommé à la tête de la compagnie aérienne il y a près de deux ans. En cause, l’ouverture de deux lignes long-courriers, Paris-Sao Paulo et Paris-Pékin, respectivement en juillet et septembre 2018. Si la ligne vers la mégalopole sud-américaine a soufflé sa première bougie, la seconde a été fermée au bout de six mois.

    S’ajoute à cela l’ouverture de liaisons «sans stratégie commerciale claire» vers Beyrouth et Kiev, un actionnaire chinois (HNA) inscrit aux abonnés absents, ainsi que les conséquences de conflits sociaux entre 2016 et 2017.

    «À l’issue des grèves, la direction a concédé une hausse des rémunérations qui a fait flamber ses coûts alors qu’elle n’en avait pas les moyens. Depuis, les pilotes d’Aigle Azur passent pour les mieux payés en France derrière ceux d’Air France», relate le Figaro.

    Aigle Azur emploi aujourd’hui 1.400 salariés. Opérant depuis Paris-Orly, Lyon, Marseille, Mulhouse ou encore Toulouse, la compagnie assure 300 vols hebdomadaires, principalement vers l’Afrique et tout particulièrement l’Algérie où elle dessert six destinations. Le Figaro avance deux pistes: le dépôt de bilan ou la vente d’une partie de ses activités à la concurrence. Une deuxième piste qui se précise, Aigle Azur serait parvenu à céder ses désertes au Portugal à la compagnie low-cost espagnole Vueling «pour une vingtaine de millions d’euros», selon les informations de La Tribune, qui souligne que les difficultés d’Aigle Azur étaient un «secret de polichinelle».

    Selon nos confrères du Figaro, le dossier — «très sensible» — serait «suivi de près» par Bercy, qui chercherait «avant tout à gagner du temps» jusqu’à la rentrée, afin de s’assurer du bon retour «de nombreux clients franco-algériens». Rassurante, la compagnie affirme de son côté que le mois d’août sera placé sous les meilleurs hospices évoquant un mois «record en termes de chiffre d’affaires, battant tous les précédents chiffres d’affaires mensuels réalisés.»

    Quid de la surtaxe écologique sur les billets d’avion

    Pour autant, si Aigle Azur parvient à passer l’été pour se diriger vers une 74e année d’activité, celle-ci sera-t-elle en mesure d’encaisser l’impact de la mise en place en 2020 de la future taxe sur les vols en partance de France, dite «écocontribution»?

    Annoncée par la ministre des Transports, Élisabeth Borne aux côtés de son homologue de la Transition écologique François de Rugy, à l’issue du deuxième Conseil de défense écologique, cette future taxe franco-française visant à lutter contre le réchauffement climatique et le «sentiment d’injustice chez nos concitoyens sur la fiscalité du transport aérien» (ainsi qu’à financer la future loi d’orientation sur les mobilités) pourrait représenter entre 3 et 10 % du prix moyen d’un billet d’avion en France, comme le souligne Les Échos. Une mesure qui, comme précisé par François de Rugy, sera adoptée dans le cadre du prochain projet de loi de finances.

    Soulignons que cette future «écotaxe» n’affectera que les vols au départ du territoire national (à l’exception de ceux en partance pour la Corse et l’outre-mer) ce qui n’a pas été sans susciter des inquiétudes chez les transporteurs aériens tricolores. D’ailleurs, Air France l’a rapidement assuré: la compagnie prendra à sa charge l’acquittement de cette nouvelle taxe, rognant ainsi sur ses marges. Surcoût estimé par Air France pour l’année à venir: 60 millions d’euros.

    Il faut dire qu’une répercussion de cette dernière sur le prix des billets, dans un univers aussi compétitif que le transport aérien, pourrait rapidement nuire aux ventes. Reste à savoir si une compagnie telle qu’Aigle Azur, qui subit déjà de plein fouet l’impact de la hausse du carburant et qui aujourd’hui cède ses désertes à la concurrence étrangère low-cost, pourra se permettre un tel luxe.

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    Marseille, Algérie, François de Rugy, Élisabeth Borne, France, Orly (aéroport), Airbus A320, Association internationale du transport aérien (IATA), taxes
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