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    La Fed lâche des milliards sur Wall Street: crash évité de justesse ou simple «problème technique»?

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    La Réserve fédérale américaine s’est trouvée dans l’obligation d’intervenir à trois reprises les 17, 18 et 19 septembre pour injecter 203 milliards de dollars dans le marché monétaire et ainsi éviter une pénurie de liquidités. Un «problème technique» qui laisse pourtant planer le spectre de la crise de 2008.

    C’est une première depuis 10 ans. La Réserve fédérale américaine (Fed) a dû intervenir en injectant au sein du marché monétaire la bagatelle de 53 milliards de dollars le 17 septembre et de 75 milliards les deux jours suivants. Ce marché regroupe des institutions financières et des entreprises qui se prêtent et empruntent à très court terme, d’un jour à un an. Divers instruments financiers y sont échangés, allant des bons du Trésor émis par les gouvernements jusqu’aux billets de trésorerie émis par des entreprises privées, en passant par les pensions sur titres appelés «repo», pour «repurchase agreement» dans le jargon financier.

    ​Le but de cet outil pour les entreprises et les banques est d’emprunter ou de prêter des fonds à très court terme en mettant en hypothèque des titres jugés très sûrs par les agences de notation, comme les bons du Trésor. Dès le lendemain, les emprunteurs doivent rembourser la somme et s’acquitter des intérêts. Les taux utilisés sont habituellement dans le sillage de ceux de la Fed, c’est-à-dire entre 2 et 2,25% avant l’annonce le 18 septembre d’une nouvelle baisse des taux, qui les font désormais évoluer entre 1,75% et 2%. Mais dès le 16 septembre, un vent de panique a soufflé sur la rue du Mur. Les taux d’intérêt sur le marché monétaire se sont envolés pour atteindre jusqu’à 10% le 17 septembre. Une configuration qui assèche la liquidité nécessaire à de nombreuses entreprises et institutions financières et peut potentiellement causer des ravages au système financier. Raison de l’intervention en urgence de la Fed.

    Les optimistes versus les pessimistes

    Cette semaine folle, personne ne semble l’avoir anticipé, pas même la Fed, comme le note Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services auprès de l’AFP.

    «La grosse question est de savoir pourquoi la Fed n’a-t-elle pas vu venir cette situation.»

    Selon nos confrères du Monde, les explications sont multiples:

    «D’abord, les entreprises américaines devaient payer leurs impôts le 15 septembre, ce qui a réduit la quantité de dollars disponibles. Ensuite, le Trésor américain, dont les déficits s’envolent, a procédé à des adjudications qui devaient être réglées lundi à hauteur de 78 milliards de dollars et les banques, en les souscrivant, ont dû consommer leurs réserves en dollars. Enfin, ce même Trésor avait un niveau extrêmement bas de réserves auprès de la Fed (184 milliards de dollars le 11 septembre, contre 400 milliards, en moyenne, depuis 2015) et il aurait été tenté de remonter le niveau de son compte en banque après que le plafond de la dette a été relevé par le Congrès.»

    «Il semble que beaucoup de cash soit sorti du système ces derniers jours et que la demande en dollars était plus importante que le nombre de dollars en circulation», résume Gregori Volokhine.

    Cet événement fait ressurgir le spectre de la crise de 2008 alors que plusieurs observateurs prévoient tsunami financier dans un avenir proche. Ce n’est pas le cas de l’analyste à la Société Générale Kit Juckes, pour qui ce qui s’est passé cette semaine avec la Fed est «bien plus un problème de plomberie causé par un changement soudain dans les dynamiques d’offre et de demande en bons du Trésor que le symptôme d’une menace fondamentale pour le système ou l’économie mondiale».

    Jérôme Powell, patron de la Réserve fédérale, régulièrement critiqué par Donald Trump pour sa soi-disant frilosité à soutenir davantage l’économie, s’est également voulu rassurant et a affirmé que les interventions d’urgence de la Fed n’avaient «aucune implication pour l’économie ou la politique monétaire», avant de souligner que l’institution qu’il dirige «disposait des outils nécessaires pour faire face aux tensions». «De source proche des banquiers centraux, on assure qu’il s’agit d’un problème technique et qu’il n’y a pas de loup caché», explique Le Monde.

    D’autres sont moins enclins à l’optimisme. C’est le cas de Laurence Scialom, professeur à l’université Paris Ouest, citée par Mediapart:

    «Cela ressemble au scénario d’août 2007, quand les banques n’arrivaient plus à trouver d’argent sur les marchés.»

    Martine Orange, journaliste de Mediapart, note d’ailleurs que «les tensions sur le marché monétaire n’ont pas commencé mardi [17 septembre ndlr] ni même lundi [16 septembre ndlr]. Dès la semaine dernière –c’est-à-dire avant la date d’échéance des impôts pour les sociétés, les enchères du Trésor américain, ou les attaques contre l’Arabie saoudite–, des alertes clignotaient ici et là, des traders parlaient des difficultés rencontrées pour trouver des refinancements», poursuit-elle. Avant de citer l’ancien banquier Jean-Michel Naulot:

    «Les crises de liquidités, compte tenu de leur effet déflagrateur, se gèrent dans le plus secret. Ce n’est qu’après que l’on apprend ce qui s’est passé. Mais je pense que la Réserve fédérale, qui s’était engagée dans un resserrement monétaire, a eu des signaux de tensions dès décembre. D’où sa volte-face sur sa politique monétaire en janvier.»

    En attendant, la Réserve fédérale américaine a procédé le 18 septembre à une nouvelle baisse des taux. Ces derniers évoluent désormais dans une fourchette allant de 1,75% à 2%. Il s’agit de la deuxième décision de la sorte après la baisse de juillet qui constituait une première depuis 2008.

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    Réserve fédérale américaine (Fed), crise économique, économie
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