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Conséquences économiques du coronavirus - avril (37)
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Dans son édito pour Russeurope Express, Jacques Sapir passe en revue les différentes estimations disponibles des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19. Un choc majeur qui, quoiqu’encore incertain dans son ampleur, exige selon l’économiste une réponse nettement plus forte des institutions européennes.

Un édito de Jacques Sapir à retrouver en podcast dans l’émission Russeurope Express du 17 avril.

Quelles seront les conséquences économiques de la crise sanitaire de l’épidémie de Covid-19 que nous traversons? Cette question, qui fut un temps mise de côté en raison, justement, de l’urgence sanitaire, commence à apparaître aujourd’hui. Elle deviendra cruciale dans les semaines qui viennent.

Des estimations ont été faites, que ce soit par l’Insee, qui les a publiées le 26 mars, par l’OFCE, le 30, la Banque de France, début avril, mais aussi par des organismes privés comme la banque italienne UniCredit. En effet, l’économie va bientôt reprendre ses droits. Sommes-nous en train de nous diriger vers la «mère de toutes les récessions», comme le disent les auteurs de l’étude de UniCredit?

Il est ici clair que le confinement de l’économie a des conséquences désastreuses sur de nombreux secteurs. Le simple fait que près de 7 millions de salariés soient, à la date du 10 avril, en chômage partiel, indique la sévérité du choc économique.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent Sébastien Charles, économiste, maître de conférences à l’université Paris 8.

Énormes incertitudes

Ces différentes estimations divergent, et c’est tout à fait normal, en raison des énormes incertitudes qui planent sur la crise que nous connaissons. Incertitude tout d’abord sur la durée du confinement. L’Insee a établi ses calculs sur un à deux mois de confinement, l’OFCE sur un mois, et les chercheurs d’UniCredit sur trois. Incertitude ensuite de ce qui prime: est-ce une contraction de la demande, comme le pense l’OFCE, ou bien une contraction de l’offre, comme l’estime l’Insee?

Tableau 1

Cette contraction de l’offre n’affecte d’ailleurs pas également les différents secteurs de notre économie. Si dans les services, le télétravail est largement utilisé, on peut cependant douter qu’il se fasse avec la même productivité qu’au bureau. Bref, si l’on est sûr que la production s’est réduite d’au moins 35% avec le confinement, il n’est pas impossible, loin de là, que l’on soit même tombés plus bas. Une chute de plus de 40% est parfaitement concevable, car les entreprises qui tournent pendant le confinement sont très loin d’opérer à plein régime.

Tableau 2

Un autre point d’incertitude est à relever. Dans quelles conditions se fera la sortie du confinement? Sera-t-elle rapide, ce qui est l’hypothèse de la Banque de France et d’UniCredit, ou sera-t-elle lente? Bien des observations que l’on peut faire aujourd’hui militent en effet pour une sortie lente du confinement, avec les conséquences économiques que l’on imagine.

Quel sera donc l’impact sur le PIB annuel? L’Insee et la Banque de France tablent sur une baisse de 0,75% par semaine, soit -3% pour quatre semaines, -6% pour 8 semaines. L’OFCE est un peu plus optimiste, et table sur -2,6% pour un mois. UniCredit se montre bien plus pessimiste, avec une chute du PIB de -4,6% par mois.

Tableau 3

Or de tels chiffres auront des conséquences sociales évidentes. Si, pour les salariés, le chômage partiel permet de limiter l’impact de l’arrêt de la production, il n’en va pas de même pour les travailleurs indépendants et pour les auto-entrepreneurs, qui risquent d’être les grandes victimes du confinement. De très nombreuses PME et TPE risquent de faire faillite. Une étude sur l’Italie estimait le nombre de ces faillites à 12% du nombre des PME, très importantes chez notre voisin transalpins. De fait, si la réduction de l’offre prime probablement pour la période du confinement, c’est la question de la demande qui se posera dès que l’on en sortira.

Explosion du déficit budgétaire

Reste alors une question: quelles seront les conséquences financières de cette crise? Le déficit budgétaire va exploser en 2020. Or on ne pourra pas augmenter les impôts en 2021 sous peine de casser le processus de retour à la normale. Un financement monétaire de ce déficit par la BCE va probablement s’imposer. Mais, on le sait, la réunion de l’Eurogroupe des 7 et 8 avril a abouti à un relatif échec: les pays de la zone euro n’ont pu se mettre d’accord ni sur les «coronabonds» ni sur l’assouplissement des règles de la BCE.

Les mesures décidées dans la nuit du 9 au 10 avril, globalement 500 milliards d’euros, sont très en deçà des besoins des pays pour 2020 et 2021. On constate que les besoins de financement au niveau de la zone euro (qui, faut-il le rappeler, n’est pas l’UE en tant que telle) devraient se monter au minimum à 1.135 milliards d’euros, si l’on en croit les experts d’UniCredit pour 2020 (sur la base d’un PIB de la zone euro de 10.316 milliards d’euros après la crise du coronavirus). Il n’est pas impossible que le besoin de financement s’élève en réalité à 1.300 milliards. Pour 2021, et sous réserve que la croissance soit bien de 10%, le besoin de financement atteindrait encore 454 milliards, pour un total de 1.590 à 1.755 milliards.

Au-delà de l’urgence sanitaire, il y a désormais une urgence économique évidente. Il faudra éviter que la crise actuelle ne se transforme en une dépression de longue durée.

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confinement, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, euro, Union européenne (UE), récession, mondialisation, crise économique
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