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La France est pour l’heure le pays affichant la plus importante récession économique au monde dans le contexte de la crise du Covid-19. Une crise qui a exacerbé les faiblesses structurelles du pays, notamment quant à l’hypertrophie de l’État. Une situation sur laquelle Charles Gave, président de l’Institut des Libertés, revient pour Sputnik.

«Les crises, ça sert à séparer le bon grain de l’ivraie. La France est en train de montrer qu’elle est incapable de prendre une crise, puisque c’est elle qui ramasse le plus.»

Le Covid-19 sera-t-il à l’administration française ce que fut aux dinosaures l’astéroïde qui percuta la péninsule du Yucatán, il y a 66 millions d’années?

Pour l’économiste et financier Charles Gave, président de l’Institut des Libertés, un think tank libéral, le constat est sans appel: en étant la championne du monde de la récession dès le 1er trimestre (où on ne comptait que deux semaines de confinement), la France prouve à l’occasion de cet épisode économique «de nature darwinienne» que son mode de fonctionnement n’est plus en phase avec la marche du monde.

En effet, si les regards se tournent vers l’Allemagne, depuis que Berlin a officialisé le 15 mai être en récession «technique», après deux trimestres consécutifs de contraction du PIB (-0,1% au quatrième trimestre 2019 et -2,2% au premier trimestre 2020), la France fait, avec un PIB en chute libre de 5,8% pour le seul premier trimestre, nettement pire que tous ses partenaires européens et même du monde.

Pour autant, du côté français, on relativise. Il est «trop tôt pour établir des comparaisons sérieuses entre les pays», déclarait récemment Jean-Luc Tavernier au Figaro. Selon le directeur général de l’INSEE, l’impressionnant écart de performances économiques entre la France et ses partenaires européens s’expliquerait par les disparités de méthodes employées par les instituts nationaux pour leurs extrapolations.

Ainsi, pour le haut fonctionnaire, «les révisions s’annoncent très fortes» et les chiffres pourraient ainsi à terme s’avérer comparativement plus cléments pour l’Hexagone.

Toujours dans l’optique de comprendre ce singularisme tricolore, le Figaro souligne également les «conditions très rigoureuses du confinement français». Les Espagnols, présentés comme «les plus confinés d’Europe», affichent pourtant un décrochage de leur PIB moins important que celui de la France (-5,2%). Autres points qui justifient le désarroi économique français, un modèle trop axé sur la consommation ou encore la vulnérabilité causée par sa «spécialisation sectorielle», notamment dans le tourisme, qui pèse pour 7,36% de la richesse nationale en 2018, d’après les chiffres les plus récents (et temporaires) de la Direction générale des entreprises (DGE). Un dernier point plutôt exact, la spécialisation sectorielle étant une réalité pour toutes les économies nationales partageant la monnaie unique.

La France, championne du monde de la bureaucratie?

Toutefois, dans le cas de la France, avec 56% de la richesse nationale générée par l’État lui-même, via 1.318,6 milliards de dépenses publiques en 2018 (selon l’édition 2020 des tableaux de l’économie française de l’INSEE), un simple calcul permet d’établir que le secteur du tourisme représente environ 16,8% de l’activité entrepreneuriale du pays.

Seule une poignée de pays présentent un PIB majoritairement constitué par la dépense publique et la France y tient la première marche du podium. Une hypertrophie de l’État sur laquelle revient l’économiste. Pour Charles Gave, cette disproportion entre le poids du secteur public et celui du secteur privé dans l’économie française souligne cette contraction plus significative de la richesse nationale observée à l’occasion de la crise du Covid-19 d’un jour encore plus sombre:

«Vu qu’il n’y a que la partie “privée” du PIB qui peut baisser […], cela veut dire que la partie “privée” s’est beaucoup plus effondrée. Ce qui veut dire que la partie “privée” du PIB était beaucoup plus fragile en France que dans les autres pays.»

Aux yeux de Charles Gave, un tel effondrement des acteurs économiques privés en France traduit un manque de fonds propres, lui-même dû à une faible rentabilité. «Je crois que la marge brute d’autofinancement des entreprises opérant en France est à peu près la moitié de ce qu’elle est en Allemagne», développe-t-il. Ainsi, peu aptes à faire des profits suffisants pour constituer une marge de sécurité pouvant leur permettre de faire face aux coups durs, les entreprises françaises «ne peuvent pas encaisser le choc» d’une crise telle que celle que le monde traverse actuellement.

Si la charge fiscale en France, la plus forte au monde, apparaît comme une raison assez évidente à cette situation de faiblesse financière des entreprises tricolores, le président de l’Institut des Libertés souligne également le poids important que la bureaucratie fait peser sur les épaules des entrepreneurs tricolores.

«On n’imagine pas à quel point les entreprises et les entrepreneurs français sont absolument étranglés par, certes, le fisc, mais aussi les contraintes administratives, les contraintes réglementaires, les contraintes écologiques, etc. Des amis, petits entrepreneurs, me disent qu’ils passent la moitié de leur temps à remplir des papiers pour l’État, au lieu d’aller chercher des clients et de gagner de l’argent.»

Le nombre de contraintes administratives allant de pair avec la taille de l’entreprise, l’une des conséquences concrètes de cette charge bureaucratique est aux yeux de Charles Gave la réticence de certains patrons à recruter pour ne pas atteindre un seuil qui imposerait de nouvelles contraintes en termes de paperasserie.

Pression fiscale, pression administrative

En comparaison, il évoque la suppression aux États-Unis, par Donald Trump, de centaines de réglementations mises en place par l’administration Obama.

«On pense toujours à la pression fiscale, mais jamais à la pression administrative et réglementaire, qui est gigantesque.» [4: 30] «Comme ils ont du mal à augmenter les impôts, les fonctionnaires –pour s’occuper– [créent, ndlr] des réglementations. La France crève de son État, certes, mais les entrepreneurs crèvent aussi d’un manque de liberté.»

Une situation française d’autant plus inextricable qu’alors que l’on pourrait s’attendre à ce qu’un État aussi lourd soit un État fort, ce dernier s’avère dans les faits moins apte à voler au secours des entreprises affaiblies. En témoignent les chiffres sans appel d’un rapport sénatorial déposé au Palais du Luxembourg le 21 avril et rédigé par Albéric de Montgolfier, sénateur Les Républicains (LR).

Ce document de plus de 200 pages souligne, dans un tableau comparatif des mesures financières entreprises par Berlin, Londres et Paris, que la France arrive bonne dernière, avec des mesures de sauvetage de l’économie ne représentant que 2,3% de son PIB, contre 3,9% en Angleterre et 4,9% en Allemagne.

On y constate notamment que les Britanniques, réputés pour leur approche libérale de l’économie, mettent sur la table deux fois d’argent (48 milliards d’euros contre 24 milliards) dans le soutien au chômage partiel des employés. Un ratio qui passe à 4 pour 1 en matière de soutien aux indépendants et aux PME, avec un total de 29 milliards d’euros, là où la France ne mobilise que 7 milliards pour les TPE, qui représentent pourtant 20% des emplois du pays (3 millions d’emplois). Ce n’est pas le moindre paradoxe français et pas le moins destructeur en cette période de crise économique majeure.

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Charles Gave, France, Covid-19
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