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Le gouvernement tente de relancer l’éolienne en mer. Des centaines d’entre elles doivent voir le jour sur le littoral. Un second souffle auquel ne croit pas Fabien Bouglé, qui dépeint une fronde qui monte dans les provinces contre l’installation d’éoliennes que leur impose Paris. Pour l’essayiste, la question éolienne s’invitera aux élections.

«Vu la colère que j’observe dans le monde rural, je ne vois pas comment cela peut continuer. C’est impossible.»

Réagissant auprès de la rédaction de Sputnik, Fabien Bouglé n’y va pas par quatre chemins. En début de semaine, le gouvernement annonçait les candidatures retenues pour développer et opérer la huitième centrale d’éoliennes au large des côtes françaises.

Le signe d’un «nouveau départ» de l’éolien maritime, saluait une partie de la presse nationale. Un «chant du cygne», ironise pour sa part l’auteur du livre Éoliennes: la face noire de la transition écologique (Éd. du Rocher, 2019). «Dix ans après le bouclage de ces premiers appels d’offres, il n’y a toujours pas d’éolienne en mer en France», exception faite d’un démonstrateur qui a vu le jour au Croisic, raille l’essayiste.

«Ils essaient à tout prix d’imposer leurs éoliennes marines, contre vents et marées, en détruisant l’activité maritime», enfonce-t-il le clou. «Parce que madame Pompili, qui est l’allié objectif des industriels de l’éolien, continue de diffuser de fausses informations sur l’acceptabilité des éoliennes en mer», accuse Fabien Bouglé.

Celui-ci rappelle la mobilisation contre l’installation des précédentes centrales d’éoliennes le long des côtes françaises. En juin 2017, un groupe d’associations de pêcheurs des côtes de la Manche et de l’Atlantique avait déposé plainte contre l’État français auprès de la Commission européenne. Leur angle d’attaque: les «dizaines de milliers d’emplois» menacés, tant dans la pêche que dans l’activité touristique. Ils refusaient l’émergence sur les côtes des centaines d’éoliennes «de 185 à 216 mètres de haut». Des projets en «contradiction avec les politiques de protection de l’environnement marin», «hautement subventionné» et «qui priment les activités économiques existantes», accusaient ces pécheurs qui fustigeaient alors la «parodie de concertation démocratique» menée par le ministère de l’Écologie.

Les pêcheurs refusent de se voir «imposer les éoliennes marines contre vents et marées»

Si aujourd’hui, la ministre de la Transition écologique a fait savoir qu’elle voulait que ce huitième contrat éolien maritime soit acté «avant l’élection présidentielle de 2022», cette échéance figure également à l’agenda de Fabien Bouglé. Selon lui, il ne fait aucun doute que «l’éolien va être l’un des sujets clivants de la campagne présidentielle» sur les thématiques de l’écologie et de la souveraineté énergétique. «Il y aura un vrai vote anti-éolien» en 2022, prédit-il, en évoquant de surcroît le positionnement anti-éolien de plusieurs candidats pour les Régionales du mois de juin.

Parmi les principaux prétendants à l’investiture suprême, Marine Le Pen et Xavier Bertrand ont fait connaître leur intention de rompre avec la politique énergétique actuelle. «Il y en a marre […] il faut aussi dire les choses très clairement, c’est devenu un scandale!», s’emportait ce dernier, mi-avril, au micro de Jean-Jacques Bourdin. Le président de la région Hauts-de-France ne s’est toutefois pas déclaré contre l’implantation d’éoliennes en haute mer.

«La multiplication des éoliennes en France, la suppression des voies de recours et l’allègement des procédures pour faciliter leur installation par les promoteurs, crée une colère populaire profonde, un rejet, qui aura des conséquences dans le cadre des élections présidentielles», affirme Fabien Bouglé.

Un rejet qui se ressent à la lecture de la presse régionale, où l’unanimité en faveur des éoliennes prônée par le gouvernement disparaît soudain.

Échéances électorales: vers un vote anti-éolien?

Plaintes de riverains pour nuisances sonores ou exaspérés à cause de leurs logements devenus invendables, mobilisation contre des projets de construction, voire des attaques au cocktail Molotov contre les chantiers, sans parler de cas de surmortalité dans des élevages bovins… Pas une semaine ne passe sans son lot d’actualités témoignant des crispations engendrées par l’implantation tous azimuts des aérogénérateurs sur le territoire français.

Face aux inquiétudes que des parlementaires remontent, du côté du boulevard Saint-Germain, on met en avant la «visibilité» offerte aux élus locaux sur les implantations d’éoliennes et le fait que «leur avis est systématiquement demandé lors de l’enquête publique», à défaut de leur octroyer un droit de veto. En témoigne la réponse adressée mi-mars à Hervé Maur, sénateur de l’Eure, par Bérangère Abba, secrétaire d’État chargée de la Biodiversité. Cette ex-conseillère municipale de Chaumont lui a expliqué que régions et collectivités n’avaient qu’à s’entendre sur la manière de remplir les «objectifs de développement de chaque énergie renouvelable» fixés par Paris.

«Invasion éolienne»: la colère monte en France

Des objectifs régulièrement décuplés. Au printemps 2016, Ségolène Royale signait un arrêté pour doubler le parc éolien terrestre d’ici 2023. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) impulsée par Barbara Pompili prévoit l’installation de 15.000 nouvelles éoliennes en France à l’horizon 2035. «Quand on est dans une forme d’excès, la situation se retourne forcément contre vous», tranche Fabien Bouglé.

«C’est une autre rupture sociologique entre le milieu parisien, qui peut se déplacer en métro et en vélo, et la campagne qui subit la délocalisation de la pollution avec les éoliennes. Il ne faut pas se leurrer, les éoliennes dans les campagnes ne sont qu’une délocalisation de la pollution des centres urbains», assène l’essayiste.

«Je ne vois pas comment le prochain Président ou Présidente de la République ne sera pas contraint d’arrêter les éoliennes», continue-t-il. En juillet dernier, ce sont pas moins de 165 associations environnementales qui, en Nouvelle-Aquitaine, ont déposé un recours devant le tribunal administratif contre un document de la région qui selon eux validerait «l’invasion éolienne».

Rien que ce mois-ci, 22.000 signataires d’une pétition appellent Emmanuel Macron «à sauver» la montagne Sainte-Victoire. Ce massif du Haut-Var, labélisée «Grand site de France», qui doit sa renommée mondiale au peintre Paul Cézanne, fait l’objet d’un projet de construction de 22 éoliennes de 125 mètres (l’équivalent d’une tour de 46 étages).

Une partie a déjà été installée dans une zone Natura 2000. Cette zone protégée a été partiellement déboisée afin de permettre aux semi-remorques, transportant les palles et les 1.500 tonnes de béton nécessaires aux fondations de chacune des éoliennes, de passer. Une situation qui écœure tant les associations de défense de l’environnement qu’une partie des riverains. Autre information en apparence plus anecdotique, mais qui interpelle, le cas d’Ambernac, une commune charentaise de 400 âmes, qui sera bientôt cernée par un septième champ d’éoliennes, au grand dam de ses habitants.

Au bouleversement du quotidien des Français résidant en province s’ajoute une autre question d’ordre national: celle de la souveraineté énergétique du pays, qui pour l’heure dépend encore d’EDF, son énergéticien historique national. Actuellement cible de la Commission européenne, qui pousse depuis des années la France sur la voix d’une coûteuse politique visant à encourager une concurrence, dont les éoliennes ne sont finalement que la part émergée de l’iceberg.

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France, Barbara Pompili
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