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    Hackers russes vs. présidentielle française: «On arrive dans la parano!»

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    Tremblez, Français: selon certains médias, les services secrets russes seraient en train de préparer une campagne virale en faveur du FN, en mobilisant une armée de robots capables d’influencer le vote. Dans quelle mesure ce scenario est-il plausible, et cela peut-il vraiment influer la décision des électeurs?

    D'après Le Canard enchaîné, citant les avertissements de la Direction générale de la Sécurité extérieure, les services secrets russes seraient en train de préparer une campagne virale en faveur du Front National. Le Kremlin aurait mobilisé une effrayante armée de robots numériques en mesure d'inonder les réseaux sociaux de messages de soutien à celle qui serait sa « chouchoute »: Marine Le Pen.

    Dans une interview accordée à Sputnik Charles Préaux, fondateur et directeur de l'école d'ingénieurs en cyberdéfense au sein de l'Ecole nationale supérieure d'ingénieurs de Bretagne Sud, détruit des mythes courants et tente de renouer avec la raison sur ce dossier très émotionnel.

    Avant tout, M. Préaux précise que les soupçons selon lesquels les hackers russes comptent influencer le vote présidentiel en France sont infondés: mieux vaut savoir exactement de quoi on parle et ne pas utiliser de grands mots.

    « Ils (les soupçons, ndlr) ne sont pas fondés. Il faut savoir de quoi on parle. Le problème dans ce genre de choses c'est de clarifier que dans une opération d'élection à haut niveau (quand on organise une élection présidentielle) il y a deux types d'actions qui peuvent se produire. La première action, c'est ce qu'on appelle l' « influence », maintenant on l'appelle « cyberinfluence » — toutes les techniques, toutes les méthodes qui vont permettre d'influencer le corps électoral, d'un côté comme de l'autre », explique Charles Préaux.

    M. Préaux appelle à différencier la cyberinfluence des cyberattaques sur les systèmes de vote électronique, ces dernières étant réalisées pendant que les électeurs votent. Seuls les pays ayant un système de vote électronique peuvent en être victimes.

    « En France, le risque de cyberattaques au moment de l'élection présidentielle est à zéro », précise-t-il.

    Charles Préaux prévient notamment que le risque de cyberinfluence existe en permanence et cite des exemples récents de ce phénomène.

    « Certains pourront dire que l'affaire du PénélopeGate (éclaboussant la femme de l'ancien premier ministre et candidat François Fillon, ndlr) est peut-être une opération de cyberinfluence organisée par les opposants. Tout est possible: tant que la justice ne s'est pas prononcée, on peut imaginer un peu tout. La cyberinfluence existait autrefois, on appelle ça +les techniques d'influence du corps électoral+. Le fait que les mails d'Hillary Clinton aient pu être publiés, ou en tout cas médiatisés, montre que le média Internet s'est invité dans l'élection présidentielle. »

    Pourtant, il met en doute les informations du Canard enchaîné selon lesquelles les services secrets russes seraient d'ores et déjà à la manœuvre pour préparer une campagne virale, grâce à leurs terribles robots capables de faire déferler sur les réseaux sociaux une vague bleue marine de messages favorables à la candidate de Front national.

    « Avec les histoires des robots, on arrive dans la parano. On n'a pas de robots aujourd'hui pour faire des opérations de cyberinfluence parce qu'avec le mail, les comptes Twitter, Facebook, les réseaux sociaux, avec tous les sites que possèdent les médias en général on a tous les outils pour pouvoir réaliser les opérations d'influence. Je ne vois pas très bien ce que la robotisation vient faire là-dedans. »

    Il souligne également que bien que l'on ne pointe du doigt que Moscou, la Russie n'est pas le seul pays à pouvoir profiter du résultat du scrutin en France.

    « Je ne vois pas pourquoi les Russes s'inviteraient plus à l'élection présidentielle en France que d'autres pays européens, que les Etats-Unis, etc. Je pense que chacun essaye de faire valoir ses idées sur le programme de Pierre, Paul ou Jacques. C'est de la liberté de chaque pays. »

    Néanmoins, la France continue de considérer le risque d'attaques informatiques comme très élevé. En décembre dernier, lors d'une conférence de presse, Guillaume Poupard, directeur général de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information, a précisé que « des cyberattaques obéissant à des motifs politiques avaient émergé cette année en France ».

    Le responsable est cependant resté discret sur la nationalité des hackers. Comme l'affirmait Caroline Roux dans C'est dans l'Air le 8 février, depuis le mois de janvier, le site d'Emmanuel Macron a subi plus de 2 000 attaques, dont la moitié en provenance d'Ukraine.

    Comme quoi les hackers « russes » ne sont peut-être pas ceux que l'on croit…

    En 2012, l'Élysée a été piraté par les États-Unis, ce fait étant passé presque inaperçu dans la presse. Curieusement, personne n'a menacé de sanctions ni monté en épingle cet incident.

    Bernard Barbier, l'ancien directeur technique de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), a reconnu la responsabilité des États-Unis derrière le piratage en mai 2012 des ordinateurs de collaborateurs du chef de l'État en exercice à l'époque Nicolas Sarkozy dans une conférence donnée en juin aux élèves de l'école d'ingénieurs Centrale-Supélec, et dont Le Monde a diffusé un enregistrement le 3 septembre.

    Récemment, grâce à l' « article 41 », un amendement au code pénal des États-Unis, le FBI a obtenu l'autorisation du sénat américain de pirater lui-même les ordinateurs de personnes suspectes, et cela ne se limitera pas aux frontières des États-Unis.

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    Tags:
    hackers, Charles Préaux, France, Russie
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