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La campagne de François Fillon est-elle dans « l’impasse » ? Au lendemain de l’importante manifestation de soutien au candidat de la Droite et du Centre, Alain Juppé a annoncé qu’il ne serait pas candidat.

Dans l'attente d'une rencontre à la tête du parti, François Fillon peut-il encore être au second tour et rattraper le retard que les sondages lui donnent? François Fillon est-il politiquement mort? probablement pas, n'en déplaise aux médias et à ses opposants. Dimanche 5 mars, sur les places du Trocadéro et du 11 novembre, ils étaient des dizaines de milliers — venus de toute la France — à manifester leur soutien au candidat des Républicains. Au-delà des habituels débats sur les chiffres: plus de 200 000 personnes selon les organisateurs, entre 35.000 et 40.000 d'après une source policière, on ne peut que souligner la prouesse d'avoir mobilisé tant de personnes — de la base — en seulement trois jours et ce malgré la pluie.

« Ils pensent que je suis seul, ils veulent que je sois seul. Merci de tout cœur pour votre présence » a déclaré face à la foule François Fillon, plus que jamais conforté dans sa décision de poursuivre sa campagne et ce malgré une possible mise en examen le 15 mars prochain, dans le cadre de l'emploi fictif présumé dont aurait bénéficié sa femme.

La question que beaucoup se posent aujourd'hui est de savoir si François Fillon peut encore l'emporter. Suite à l'agitation médiatique, de nombreux soutiens ont désertés l'équipe de campagne du candidat, pour le député des Yvelines Jacques Myard, « la messe n'est pas dite », voyant un possible « retour au bercail » de certains déserteurs:

« François Fillon peut parfaitement rebondir, la manifestation d'hier a été un grand succès, près de 200 000 personnes, dans un calme monumental, avec une responsabilité totale. Donc, il est manifeste que François Fillon a le soutien d'une très grande partie des français. »

De son côté la presse, qui prédisait un fiasco se garde bien de commenter l'évènement, se contentant d'arbitrer les déclarations de chacun concernant le décompte, voir pour certains titres de faire un parallèle avec une « contre-manifestation » de « parisiens », réunis place de la République. Une manifestation contre la corruption des élus planifiée bien avant l'annonce du rassemblement en soutien à François Fillon et à laquelle quelques centaines de locaux ont fait le déplacement avec leur vaisselle en ce dimanche de fête des grands-mères.

Sur la place du Trocadéro, si les responsables LR interrogés se gardent bien d'évoquer à notre micro les noms de celles et ceux qui seraient derrière ce fameux « assassinat politique » dénoncé par François Fillon, certains militants n'hésitent pas à pointer du doigt le gouvernement: croisement des calendriers électoral et judiciaire, doutes sur l'impartialité des justice: la juge Aude Buresi étant une représentante élue du Syndicat de la Magistrature, dont l'image demeure entachée de partialité depuis le « mur des cons » et la tolérance dont avait fait preuve Christiane Taubira dans cette affaire.

Mais au-delà de la base électorale LR, dont le noyau des militants et sympathisants s'est rassemblé hier à Paris, comment le candidat de la droite et du centre compte-t-il aujourd'hui mobiliser un électorat suffisant pour être au second tour, voire remporter la présidentielle? Pour Jacques Myard, François Fillon doit passer à l'attaque pour mieux défendre son projet face à Marine Le Pen et à une gauche « éclatée »:

« Comme toujours, il ne s'agit pas d'attendre les attaques, il s'agit de prendre l'initiative. »

D'ailleurs, au-delà de cette base électorale restée fidèle, François Fillon peut également compter sur une bonne base d'élus: en effet si au niveau des défections — notamment au sein de son équipe de campagne — ils seraient ce lundi près de 305 « lâcheurs », d'après le compteur de Libération, le républicains a renvoyé la collecte des parrainages au rang des formalités: dès la première publication par le conseil constitutionnel des parrainages validés, le candidat LR en comptabilisait 738, contre 184 pour Benoît Hamon, 229 pour Emmanuel Macron, 201 pour Nathalie Arthaud, 87 pour Jean-Luc Mélenchon et 25 pour Marine le Pen. D'ailleurs, aujourd'hui, François Fillon reste encore le seul à avoir suffisamment de parrainages pour concourir. Rappelons que les prétendants ont jusqu'au 17 mars pour recueillir 500 parrainages.

Autre coup dur pour ceux plébiscitaient un changement de candidat: Alain Juppé — fidèle à sa parole — a annoncé ce matin qu'il ne serait pas le fameux « plan B » évoqué depuis des semaines, notamment par l'aile centriste des Républicains (« rudement stigmatisée », des mots mêmes du maire de Bordeaux). Ceux-là mêmes qui, au soir du second tour des primaires, ne cachaient pas devant les caméras de l'émission télévisée Quotidien leur intention de se rabattre sur Emmanuel Macron. S'il entend « une fois pour toute » confirmer qu'il ne sera pas candidat, il ne manque pas de relever les « très nombreux appels » lui « demandant de prendre la relève » qui l'« ont fait hésiter ».

« Pour moi, il est trop tard » a-t-il assené à l'audience, soulignant que le rassemblement — le plus large possible — de la droite et du centre était « la condition sine qua non du succès ». Une intervention, 8 minutes montre en main, durant laquelle Alain Juppé n'a pas manqué d'afficher un certain désaccord avec la tournure des évènements. Il dénonce notamment un « gâchis » alors que François Fillon « avait un boulevard devant lui », face à des opposants déboussolés et empêtrés dans leur bilan ou les démêlés judiciaires.

Il est revenu sur l'« impasse » dans laquelle François Fillon se serait mis en dénonçant un « prétendu complot » et un « assassinat politique ». Un candidat des Républicains dont il parle tant de la « détermination » que de l'« obstination » et évoque même une radicalisation du noyau des militants et sympathisants LR. Jacques Myard, quant à lui refuse de commenter les propos de l'ancien challenger de François Fillon.

« Alain Juppé fait partie de la famille, et donc je pense qu'il va rallier — peu ou prou — et il sera obligé de soutenir François Fillon. »

Nous n'allons pas tarder à être fixés. François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy doivent en effet se rencontrer demain, mardi 7 mars. Acteront-ils une relance de la campagne du candidat actuel ou le pousseront-ils vers la sortie? Une seconde option qui pourrait marquer le divorce entre les différentes sensibilités au sein des Républicains et de la droite de manière plus générale, ce qui ne serait pas sans risque à 48 jours des échéances électorales?

Quelle que soit l'issue, le risque de déboires électoraux est d'autant plus grand qu'en face Emmanuel Macron a le vent en poupe: tous les sondages montrent l'écart qu'il creuse avec François Fillon depuis qu'il lui est passé devant après les révélations du Canard Enchainé, fin janvier.
Le retard pour les Républicains semble difficile à remonter en si peu de temps, à moins que cela ne soit le candidat d'En Marche! qui descende. Jacques Myard n'évoque d'ailleurs pas seulement le « manque de cohérence » du programme de l'ancien ministre de l'Économie de François Hollande, mais également les « zone d'ombres » du financement de la campagne.

Ainsi Emmanuel Macron pourrait-il, non pas être le candidat coincé entre LR et le PS, mais celui qui coincera Les Républicains entre le FN et lui? bien malin qui pourra le dire à ce stade. Mais faut-il pour autant écouter les sondages, sachant à quel point ils se sont trompés ces derniers mois?

Rappelons brièvement la victoire de Trump sur une Clinton donnée gagnante dans tous les sondages et ouvertement soutenue par 194 médias sur 200 et le Brexit, autre coup de tonnerre dans un ciel calme.
En France, il était impensable que François Fillon figure à l'affiche du second tour de la primaire de la droite et du centre, tant il était loin derrière le favori des sondages, Alain Juppé.

Et si finalement les « lâcheurs », de l'équipe Fillon, n'avaient pas tout simplement trop écouté les sirènes des médias et les casseroles des militants « anti-corruption »?

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élection présidentielle, médias, François Fillon, France
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