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    15 minutes pour convaincre : Que nous disent les questions posées des journalistes ?

    15 minutes pour convaincre: que nous disent les questions posées par les journalistes?

    © AFP 2017 JOEL SAGET, Eric FEFERBERG
    France
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    Maxime Perrotin
    Présidentielle 2017 en France (204)
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    La campagne officielle prend fin ce vendredi 21 au soir. Dans un dernier exercice de parité, deux journalistes de France Télévision ont interviewé les 11 candidats. Au-delà de l’équité recherchée dans l’exercice, les questions et l’attitude des journalistes ne sont-elles pas révélatrices d’un certain parti pris? Analyse.

    Hier soir se tenait le dernier grand rendez-vous de l'avant premier tour, les 11 candidats étaient conviés à répondre, durant 15 min chacun, aux questions de Léa Salamé et David Pujadas. Plus qu'un exercice pour des candidats au discours rodé — après plus d'un an de campagne pour certains — et dont le grand public connait dans les grandes lignes leurs programmes respectifs, cet évènement n'a-t-il pas finalement été l'occasion d'un dernier test pour les journalistes?

    Si ces derniers — et on les comprend — ont (presque) évité d'aborder les polémiques qui ont éclipsé les programmes durant la campagne, ont-ils pour autant évoqué des points qui fâchent de la même manière vis-à-vis de tous les candidats? En effet, le duo de journalistes n'a-t-il pas trahis une inimité, une sympathie ou un parti-pris au gré des questions posées, de leurs réactions et de leur attitude face aux candidats?
    On remarquera, que certains thèmes ont été beaucoup plus sujets à des interruptions que d'autres, tout particulièrement les points de politique internationale ou tous ce qui pouvaient toucher de loin ou de près à l'Euro (économie) et l'Union européenne (sécurité, immigrations).

    Les principaux candidats n'ont pas réellement été inquiété, à commencer par Benoit Hamon, qui — peu contredit — est resté libre de développer sur le revenu universel, la mesure phare de son programme. A la dernière question, il s'en prend à François Fillon.

    « Nous sommes à une époque où le spectacle a tellement pris le dessus sur la démocratie qu'on a des candidats qui veulent choisir leurs journalistes, choisir les questions que l'on pose, se soustraire au débat démocratique, moi je dis une chose très simple: ça c'est la Russie comme modèle, ce n'est pas mon modèle. »

    François Fillon, justement relativement épargné, malgré les dernières questions de Léa Salamé, notamment lorsqu'elle lui demande « est-ce que vous pensez que vous aurez l'autorité morale? ». Emmanuel Macron, n'est pas si épargné. Chahuté, on remarquera cependant qu'il est questionné sur des points sur lesquels il a pourtant eu loisir de revenir à de nombreuses reprises, tels que son exonération (variable) de l'ISF, ses déclarations sur la culture Française et sa position vis-à-vis de la frappe américaine contre la base aérienne syrienne de Shayrat.

    Les choses se compliquent cependant pour les candidats dont les positions sont jugées moins « modérées », à commencer par Jean-Luc Mélenchon. Principalement interrogé sur son projet de nouvelle constitution, l'un des journalistes demande au candidat de la France insoumise concernant la décentralisation qu'il souhaite « Est-ce que c'est le moment d'avoir ça, lorsqu'on voit que dans le monde il y a Donald Trump, Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan? Est-ce qu'on peut prendre le risque d'un pouvoir qui ne soit pas fort? »

    D'ailleurs, son projet de plus d'indépendance pour la France n'est pas épargné, lorsque tour à tour les deux journalistes lui demandent « Est-ce que vous nous dites, à trois jours du vote, on sort de l'Europe? » ou encore « […] Quand vous dites que vous voulez sortir de l'OTAN, que vous vous méfiez de l'OTAN, que vous ne voulez pas d'une Europe de la Défense — parce que ce serait la guerre dites-vous — ou que l'on pourrait renégocier les frontières en Europe, est-ce que cela ne vous place pas de fait du côté de la Russie?» un point sur lequel David Pujadas insiste « Traditionnellement nos alliés se sont les Etats-Unis, c'est l'Occident, ».

    Pour Nicolas Dupont Aignan, les questions économiques sont particulièrement brèves, axées sur le conditionnement du versement du RSA à une journée de travail hebdomadaire, avant d'en venir à l'Europe et sa volonté de renégocier les traités. « […] Est-ce qu'on paie notre baguette en Euro ou en Franc? Soyez clair… » invective un premier journaliste, particulièrement insistant sur ce point, avant que le second n'ironise à la fin des explications données par le candidat « vous êtes le 6ème candidat [interviewé ce soir, ndlr.] et le 4ème qui souhaite de nouveaux traités européens, reste à savoir comment on convaincra nos partenaires européens… »

    « Vous avez dit "si je suis au pouvoir je veux conforter Bachar al Assad", vous n'avez pas dit "je veux l'affaiblir", "je veux bien le tolérer" mais "je veux le conforter"! Est-ce que vous rediriez ça après l'attaque chimique des environs d'Idlib? »

    Lorsque NDA, non sans reprocher cette phrase sortie de son contexte, expliquera la hiérarchisation qu'il fait entre la lutte contre « ceux qui ont massacré les français » et Bachar al Assad, ne pouvant « pas combattre deux ennemis en même temps », il se vera rétorquer un « Trump le fait! »

    Le doyen des candidats, Jacques Cheminade n'est pas épargné. Lui qui, pourtant, ne se voit pas au second tour. David Pujadas n'y va pas par quatre chemins lorsqu'il lui demande lors des questions économiques « êtes-vous de ceux qui pensent qu'une poignée d'hommes, des banquiers à Wall-Street ou ailleurs, dominent le monde? » ou encore, sur la thématique de la sécurité et du terrorisme « il y a six ans, vous avez fait part de vos doutes sur les attentats du 11 septembre que vous aviez qualifiés de "montages et de mensonges ". Est-ce que vous pensez toujours que les attentats du 11 septembre étaient un complot pour le dire clairement? » Lorsque Jacques Cheminade souligne le rôle trouble joué par l'Arabie Saoudite et le blanchiment d'argent de « Daech », le journaliste rajoute « on n'est pas un peu dans le complotisme? »

    Interrogé sur l'espace, en guise de questions internationales, le candidat de Solidarité et progrès a le malheur de rappeler les autres points cardinaux de son programme, qu'il inscrit dans un même ensemble: la mer et le développement de l'Afrique, s'attirant quelques remarques « On est passé par l'Afrique en partant de la planète Mars, on a essayé de vous suivre… »

    Pour François Asselineau — comme pour Marine le Pen, interviewée juste avant — ce sont les questions relatives à l'Euro qui ouvrent l'échange. Rapidement, la journaliste semble prendre pour acquises certaines hypothèses, ce qui donne lieu à un échange pour le moins révélateur.

    — L. Salamé: « Comment vous expliquez que l'Euro reste plébiscité majoritairement par les français? »

    — F. Asselineau: « Mais ça c'est vous qui le dites, il n y a jamais eu de débat très approfondi sur la question… »

    — L. Salamé: « Ce sont les sondages. »

    — F. Asselineau: « vous savez les sondages… »

    — L. Salamé « oui, la réponse est facile… »

    Autre interrogation des journalistes, que l'on pourrait juger plus corporatiste: le rôle de « service public de l'information » que le candidat de l'UPR entend rendre à l'AFP, dénonçant au passage le manque d'impartialité des médias français. Lorsque la volonté du candidat de « débarrasser de tout dogmatisme » est évoquée, même recentrées sur la problématique de l'enseignement des évènements contemporains les questions, frôlent la réductio-ad-absurdum « Donc on ne parle pas de la constitution européenne dans les cours d'histoire? », « on s'arrête à 1975? » et finalement « Ce qui s'est passé récemment, la chute du mur de Berlin, le 11 septembre, on n'en parle pas? ».

    Quant à Marine le Pen, si la présidente du FN renoue rapidement avec ses thèmes de prédilection sur les questions de sécurité, après un début d'interview très éco, thématique des questions oblige. Les relances des journalistes ne manquent pas sur le Franc, l'expulsion des imams radicaux ainsi que celle des étrangers ayant commis des délits « quand vous voyez que Vladimir Poutine, qui emploi la méthode dure avec les terroristes, n'a pas pu empêcher l'attentat de St-Pétersbourg, comment vous pouvez soutenir un risque zéro?»

    Si les questions de politique internationale font également figures de douceurs pour Marine le Pen (l'accord sur les migrants passé entre l'UE et la Turquie), le tir est vite rattrapé « vous vous êtes réjoui de l'élection de Donald Trump, vous avez été l'une des rares dirigeantes politiques à parler de bonne nouvelle en novembre dernier, quand il a frappé il y a deux semaines l'armée de Bachar al Assad, est-ce qu'il vous a déçu? ».

    Quant aux deux candidats trotskistes, Nathalie Artaud et Philippe Poutou, les journalistes s'intéresseront plus particulièrement à leurs programmes respectifs en matière de sécurité. Des questions à l'issue desquelles le candidat du NDA, interrogé sur sa proposition de désarmer les policiers, alors que la mort en service d'un Policier sur les Champs Elysée venait d'être annoncée… Il faut tout de même admettre qu'il est compréhensible, lorsque des candidats interrogés présentent par inadvertance ou de manière assumée certaines brèches, certaines incohérences, que les journalistes s'engouffrent dedans.

    Dossier:
    Présidentielle 2017 en France (204)

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    Tags:
    journalistes, candidats, Présidentielle française 2017, France
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