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    Pourquoi y a-t-il autant d’attaques mortelles de requins à La Réunion?

    Pourquoi y a-t-il autant d’attaques mortelles de requins à La Réunion?

    CC0 / NeuPaddy / Shark
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    Gaëlle Nicolle
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    Le mercredi 26 juillet, les Réunionnais célébraient les 5 ans de l’interdiction « provisoire » d’accès à l’océan, soit 1.826 jours privés de plage. Les associations dénoncent une situation « ubuesque » et pointent du doigt la responsabilité de l’État.

    «Quand on nous prive de la mer, c'est comme une prison», déclarait en octobre dernier Annick Girardin, ministre des Outre-Mer, en visite à La Réunion.

    C'est un peu le sentiment de nombre d'habitants qui, réunis en associations, dénonçaient le mercredi 26 juillet les cinq années d'interdiction « provisoire » d'accès à l'océan: « Une situation qui renforce le caractère ubuesque du seul territoire français, d'une île, privée d'accès à l'océan », dénoncent-elles dans un communiqué.

    C'est la région du monde la plus endeuillée par des attaques de requins. Comme le confirme cette étude réalisée par des chercheurs de l'Université de La Réunion: « le taux annuel d'incidence des morsures de requins à La Réunion est parmi les plus élevés au monde». La probabilité de se faire attaquer par un requin « a été multipliée par 23 sur la période 2005-2016 » et la fréquentation du littoral par les surfeurs « a été divisée par 10 entre 2011 et 2016».

    La crise dure et déchire les habitants quant à la manière d'y faire face et opère même un « glissement ethnique », selon Jean-François Nativel, président de l'Océan Prévention Réunion (OPR): « les requins ‘réunionnais' seraient devenus des instruments inespérés de châtiment des « néo-colons », accusés maintenant de vouloir « coloniser l'océan » après s'être accaparé les terres ».

    Mais qu'est ce qui a poussé le requin tigre et le requin bouledogue à s'attaquer à l'homme? Les raisons sont multiples et font débat, tout comme les solutions à apporter pour réduire les risques. Certains pointent du doigt le rejet dans la mer des eaux usées de zones à l'urbanisation grandissante qui attirent les requins. D'autres évoquent le réchauffement climatique; d'autres encore, comme M. Nativel, accusent la « Réserve Naturelle ». Cette zone, qui s'étend sur 40 km à partir des côtes, a été créée en 2007 afin de protéger la biodiversité… mais aurait donné aux requins un terrain de chasse sur mesure:

    «L'homme n'est plus perçu comme un prédateur » explique Jean François Nativel, auteur du livre « Requins à la Réunion, une tragédie moderne », qui se décrit comme « lanceur d'alerte sur cette crise».
    «La Réserve marine a été créée sans tenir compte de la présence de ces requins, pourtant connue», déplore-t-il. « À partir de 2011, il y a eu un glissement de ces attaques vers la zone balnéaire».

    Il dénonce le «discours bien-pensant de France métropolitaine», qui tente de faire «accepter une approche moderne » reposant sur la cohabitation: «soit on est une proie, soit on est un prédateur. Comme avec le loup ou l'ours, on essaie d'inventer un nouveau schéma: la poule et le renard, l'enfant et le requin de 300 kg», fustige-t-il.

    Depuis 2012, le CRA (Centre de ressources et d'appui sur le risque requin) a recensé 18 attaques, dont 7 mortelles. Un an plus tard, un arrêté préfectoral interdit la baignade et les activités nautiques «dans la bande des 300 mètres du littoral (…), sauf dans le lagon et dans les espaces aménagés et les zones surveillées définies par arrêté municipal».

    Une interdiction «provisoire», pourtant reconduite huit fois, qui nuit à l'activité touristique de l'île et ne règle pas le problème de fond. Pour les associations, ulcérées par ce blocage, «cette interdiction est illégale puisqu'à force de se prolonger, elle revêt un caractère définitif et bafoue les principes élémentaires de liberté et d'égalité si chers à la France».

    «Oui, L'État est responsable. Il a laissé mettre sans aucun garde-fou en 2007 une Réserve en plein cœur d'une paisible zone balnéaire, développée sous sa houlette depuis les années 1980», condamnent-elles.

    «Non, cette crise n'est pas une fatalité! Elle est juste l'expression cruelle d'un mépris profond de la France envers ses territoires d'outre-mer», poursuivent-elles, appelant à «une solution simple», «un retour à la pêche traditionnelle, comme chez nos voisins mauriciens ou seychellois».

    Le requin-bouledogue, le requin-tigre sont classés « quasi menacés » par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Soupçonnés d'être contaminés par des ciguatoxines dangereuses pour l'homme, la commercialisation de leur viande est interdite et la pêche a progressivement cessé. Mais «les femmes en rose», collectif qui regroupe les mères de famille qui ont perdu un enfant dans une attaque de squale, militent pour autoriser à nouveau sa consommation.

    La question de la chasse fait débat et l'eurodéputé de la France Insoumise d'origine réunionnaise Younous Omarjee en a fait les frais. En s'affichant récemment aux côtés de Lamya Essemlali, Présidente de Sea Shepherd France, il a provoqué une vague d'indignation sur internet, l'ONG étant opposée à la pêche et accusée d'avoir insulté les Réunionnais juste après une attaque mortelle en 2011.

    Et si les surfeurs sont les plus touchés, après les baigneurs, le «hors-pistes» n'est pas toujours en cause. Un rapport confidentiel contredisait dès 2012 les conclusions de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), sur la présence d'un requin dangereux, «sédentarisé», et probablement à l'origine d'une attaque mortelle qui, comme le laisse penser le rapport, aurait pu être évité.

    C'est pour étudier l'environnement des requins bouledogues et des requins tigres, jusqu'alors inconnu, que l'IRD a lancé le programme Connaissances de l'écologie et de l'habitat de deux espèces de requins côtiers sur la côte Ouest de la Réunion (Charc), de 2012 à 2015: «Il est néanmoins important de noter que suite à cette étude, il apparaît difficile de développer un outils de prévision opérationnel efficace » peut-on lire en conclusion, « Il reste un travail important d'analyse à mener».

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    Tags:
    attaque, requins, La Réunion, France
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