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    Drogues: MDMA et ecstasy de plus en plus puissants, attention, danger!

    © AP Photo / Drug Enforcement Administration
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    Fabien Buzzanca
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    La MDMA ou «drogue du bonheur», comme une partie de ses utilisateurs la surnomme, concentre des taux substances actives inédits ces dernières années. Si sa consommation reste relativement faible par rapport à celles d’autres stupéfiants, les dangers liés à son usage n’ont jamais été aussi grands.

    Spécialistes et autorités tirent la sonnette d'alarme. Nous sommes le 6 juillet 2018 au Peacock Society Festival. Alors que les néons font rebondir leurs lumières éclatantes sur le dancefloor et que la techno retentit lourdement dans la salle principale, une jeune fille semble perdue au milieu de la foule. Les mains sur les genoux et un filet de bave qui coule de sa bouche, elle fixe le sol d'un regard hagard. Elle avouera avoir consommé de la MDMA. Heureusement pour elle, un jeune homme la conduira au stand occupé par la Croix-Rouge, où elle sera prise en charge par les secours.
    Ce soir-là, ils étaient beaucoup de fêtards à avoir trompé la sécurité pour introduire, malgré la stricte interdiction des organisateurs, de la drogue au Parc Floral dans le XIIe arrondissement de Paris, où se déroule chaque année le festival.

    Le milieu festif français connaît depuis plusieurs années une consommation massive de MDMA, qu'elle soit sous forme de cristaux, de poudre ou de cachets d'ecstasy. Et elle touche tous les milieux sociaux et tous les âges. De l'adepte du milieu underground arborant piercings et tatouages au banquier officiant à la Défense, la méthylènedioxy-N-méthylamphétamine —ou MDMA- est partout. Facile à se procurer, son prix, variant de 50 à 70 euros le gramme pour la MDMA en cristaux et d'environ 10 euros la pilule d'ecstasy, aide également à sa banalisation.

    C'est l'effet désinhibant et euphorisant qu'elle provoque qui séduit ses utilisateurs. «La MDMA provoque généralement un sentiment d'empathie, tout va très vite et on aime tout le monde. Je ressens ce que tu ressens, on s'aime, on se touche et tout est exacerbé», expliquait en 2017 à nos confrères des Inrockuptibles Laurent Karila, psychiatre spécialisé dans l'addictologie. Contacté par Sputnik France, Laura*, une jeune étudiante de 24 ans, est consommatrice occasionnelle. Pour elle, il ne s'agit pas vraiment d'une drogue dure:

    «Ce n'est pas comme la cocaïne ou l'héroïne. J'en prends depuis plusieurs années de temps en temps et je n'ai jamais perdu le contrôle par rapport à ma consommation. On a une sensation de bien-être, on plane, on rentre dans la musique. Et le lendemain, la descente est le plus souvent supportable.»

    L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) considère la consommation de MDMA comme «plutôt faible dans la population française», bien en dessous du cannabis par exemple. Mais il note une recrudescence de la prise de MDMA et d'ecstasy depuis quelques années. Et s'inquiète surtout de la teneur de plus en forte en drogue de ces substances.

    Les dangereux produits du «dark Web»

    «En 2014, 4,3% des 18-64 ans ont expérimenté la MDMA/ecstasy, soit environ 1,6 million de personnes, tandis que la consommation dans l'année ne concerne que 0,9% de cette population. Il est à noter que la proportion d'usagers actuels d'ecstasy a augmenté de manière significative entre 2010 et 2014 (de 0,3% à 0,9%) et atteint ainsi son niveau maximal depuis une décennie. Cette hausse est à rapprocher des observations de terrain effectuées dans le cadre du dispositif TREND de l'OFDT qui concluent à une diffusion notable de la MDMA/ecstasy, que ce soit sous sa forme poudre ou en comprimés, ces derniers étant par ailleurs plus gros et plus dosés qu'au début des années 2000», peut-on lire sur le site de l'OFDT.

    Car malgré ce que semble penser Laura, la MDMA et l'ecstasy sont bien des drogues dures. Et même de plus en plus dures, comme le note l'OFDT:

    «Que ce soit sous forme cristal/poudre ou sous forme de comprimé (ecstasy), les teneurs en MDMA ont considérablement augmenté. Dans les échantillons saisis de cristal/poudre, les teneurs moyennes sont passées de 27% en 2009 à 69% en 2016.»

    L'OFDT poursuit son analyse: «Les ecstasys présentent également des teneurs en constante augmentation pour atteindre des niveaux très supérieurs à ce qui pouvait être observé dans les années 2000. Ainsi, alors que la teneur moyenne était de 44 mg de MDMA dans un comprimé en 2009, elle atteint 131 mg en 2016. Les teneurs maximales observées pouvant parfois être supérieures à 300 mg par comprimé, soit une dose très supérieure à la dose considérée comme toxique (autour de 120 mg selon les individus).»

    Evolution des teneurs moyennes dans les échantillons de MDMA
    © Photo.
    Evolution des teneurs moyennes dans les échantillons de MDMA
    Evolution des teneurs moyennes en MDMA dans les échantillons d'ecstasy
    © Photo.
    Evolution des teneurs moyennes en MDMA dans les échantillons d'ecstasy

    Selon l'organisme, cette augmentation de la concentration en principes actifs est liée à l'essor de cachets «plus gros, aux couleurs plus vives et avec des formes 3D représentant des logos de grandes marques connues». Des «Tesla», «Dark Vador», «Porsche» ou encore «Napoli» sont ainsi proposés par les dealers aux abords des clubs, festivals et autres bars… et même à l'intérieur.
    Christophe Descoms, patron de la brigade des stups de la police judiciaire de Paris s'est inquiété du phénomène auprès de nos confrères de L'Express:

    «Les drogues de synthèse se sont banalisées dans la capitale, surtout dans les milieux socialement bien intégrés. Nous sommes confrontés aujourd'hui à une consommation de masse de MDMA, notamment sous la forme de comprimés d'ecstasy.»

    Sa brigade dénombre chaque année environ 25 décès. Après la cocaïne, ce sont les drogues de synthèses, dont fait partie la MDMA, qui sont en cause. Le groupe OD pour «overdose», créé il y a 25 ans au sein de la brigade des stupéfiants de Paris, a assuré à FranceInfo que la cocaïne et la MDMA étaient responsables des trois quarts des «intoxications aiguës» ayant conduit à la mort dans la capitale.

    Une fois dans le fichier client d'un dealer, il devient facile de se procurer de la MDMA. Mais il existe d'autres moyens d'obtenir sa dose. Contacté par Sputnik, Jean-Charles Dupuy, vice-président de SOS Addictions, s'inquiète particulièrement des achats sur le Web:

    «Ce que l'on constate clairement, c'est l'explosion des ventes de drogue par Internet, notamment par le biais du "dark Web". C'est assez facile de s'y procurer des drogues de synthèses, souvent sur des sites étrangers. Et ceci est un phénomène extrêmement dangereux.»

    Le «dark Web» désigne une partie du Net qui n'est pas indexée par les moteurs de recherches classiques et qui n'est accessible qu'en utilisant des logiciels spécifiques. Les identifiants et la localisation des utilisateurs demeurent anonymes et le haut niveau de chiffrement des communications rend extrêmement difficile tout traçage par les autorités. Ce réseau est donc plébiscité pour les trafics en tout genre: armes, prostitution, traite d'êtres humains et bien évidemment, drogue.
    Ce qui inquiète particulièrement Jean-Charles Dupuy, c'est que les drogues vendues sur ces sites et dans la rue ont parfois une composition… détonante:

    «Je ne sais pas si les concentrations en MDMA sont plus fortes, mais il est clair que ces drogues sont de plus en plus mélangées à des produits qui peuvent être extrêmement nocifs et avoir des répercussions très graves pour la santé. Le danger c'est qu'aujourd'hui, très souvent, les consommateurs ne savent pas réellement ce qu'ils prennent.»

    Quant à Laura, elle compte profiter de son week-end à sa manière: «Il est très possible que je consomme un ecsta ou deux. C'est les vacances! C'est l'été!» Elle suivra peut-être les conseils de Mixmag. Le célèbre média spécialiste de la musique électronique et de sa culture a récemment publié une vidéo sur sa page Facebook. Elle conseille aux utilisateurs d'ecstasy de «commencer avec un quart ou une moitié» et d'attendre «de voir les effets». «Même chose pour la MDMA sous forme de cristaux», que la vidéo recommande de «microdoser» avant d'attendre «une à deux heures». Reste à voir si Laura et les milliers de fêtards français qui vont danser sous influence ce week-end vont respecter à la lettre ces consignes…

    * le prénom a été changé

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    Tags:
    drogue, France
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