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    Gilets jaunes le 1 décembre à Paris

    Policiers-casseurs, une «légende urbaine» pour Alexandre Langlois, pourtant…

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    Mikaël Doulson
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    À chaque manifestation, la polémique sur des policiers déguisés en casseurs refait surface. Les derniers événements à l’Arc de Triomphe et aux Champs-Élysées samedi 1er décembre, en marge des manifestations de Gilets jaunes ne font pas exception. Alors, les policiers-casseurs, mythe ou réalité?

    «Il a été question de l'Arc de Triomphe. Je viens d'une famille de vieille tradition communiste, où l'on apprenait que dans ces mouvements de foule, il y avait toujours des agents provocateurs. Je m'étonne de la naïveté des journalistes qui ne sont même pas capables de supposer que ces déprédations sur l'Arc de Triomphe sont le fait d'agents provocateurs», a déclaré Emmanuel Todd le 2 décembre sur le plateau de France 2.

    ​Certaines vidéos qui circulent ces jours-ci sur le Net prétendent avoir démasqué ces «agents provocateurs»: il s'agirait de policiers en civil. Des agents infiltrés qui auraient reçu l'ordre de protéger les casseurs, voire de casser eux-mêmes.

    Si ces vidéos montrent bien des agents de police intégrés dans les rangs des gilets jaunes, aucune ne montre l'un de ces agents en train de casser des vitrines.

    La vidéo suivante, qui a fait plus de cinq millions de vues en quelques jours, montre des policiers en civil aux abords de l'Arc de Triomphe le 1er décembre. Certains portaient un brassard de police, d'autres pas.

    Dans celle-ci, des Gilets jaunes accusent les policiers en civil d'arborer une tenue de casseur, sans pour autant les montrer en train de casser.

    Cette polémique concernant les policiers-casseurs est récurrente et émaille les débats lors des manifestations. Mais qu'en est-il vraiment? Pour Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat de Police VIGI interrogé par Sputnik, cette thèse est invraisemblable:

    «C'est une légende urbaine. Je n'ai jamais vu une seule preuve qui puisse le prouver. Aucun collègue ne m'a fait remonter cette information et aucune consigne n'a été donnée pour que des policiers cassent des vitrines.»

    C'est aussi la version officielle de la Police nationale, qui dénonce une «fausse nouvelle»:

    ​En tout cas, aucune vidéo ou preuve matérielle ne peut aujourd'hui attester la thèse des policiers-casseurs. Mais que faire alors des témoignages directs? L'un d'eux a provoqué une polémique ces derniers jours. Axel, gilet jaune sur le dos, témoignait le 1er décembre au micro de Damien Charton de RT France:

    «J'ai croisé des bandes de policiers déguisés en voyous. On ne sait pas si les gens qui détruisent des voitures, qui attaquent des policiers et des manifestants ne sont pas eux-mêmes des policiers. Ils avaient le profil du type qui vient de brûler des voitures.»

    Ce témoignage semble à charge contre les policiers-casseurs. Pourtant, le fait d'avoir une tenue ou un «profil de casseur» ne prouve en aucun cas que cette personne a effectivement brûlé une voiture ou cassé une vitrine (c'est même un procès d'intention assez peu défendable). Par ailleurs, l'identité du gilet jaune interviewé a jeté un doute sur sa crédibilité. Axel Rokvam est en effet l'un des fondateurs des Veilleurs, un mouvement issu de La Manif pour tous qui prône la désobéissance civile non violente. Cette fonction et son engagement politique ne sont en aucun cas des motifs idoines pour disqualifier son propos. Néanmoins, L'Express semble avoir jugé l'information suffisante pour le discréditer, puisque ce média s'est fendu d'une diatribe clouant au pilori tout à la fois l'intervieweur, l'interviewé, la chaîne d'information russe, et au passage, une fois n'est pas coutume, Vladimir Poutine.

    Mais revenons aux policiers-casseurs…
    Le secrétaire général du syndicat de Police VIGI Alexandre Langlois réfute ces accusations et explique le rôle des agents de Police en civil intégrés dans les manifestations:

    «Effectivement, nous avons des policiers en civil sur le terrain. Leur rôle n'est pas de casser, au contraire. Ils sont là pour repérer les personnes violentes et pour les arrêter. Ils viennent en aide aux CRS sur le terrain. Les CRS gèrent les foules, les agents en civil gèrent les individus. Leur but est de procéder à des interpellations en flagrant délit d'individus auteurs de crimes ou de délits. Ces agents sont issus de la BAC, la Brigade anticriminalité. Ils ne portent pas d'uniforme pour passer inaperçus, et leur look ressemble en effet à celui des casseurs.»

    Ce n'est pas la première fois qu'une vidéo montrant des policiers infiltrés dans une manifestation fait polémique. Le 16 octobre 2010, une vidéo avait relancé le débat. On y voyait un casseur cagoulé en train de briser une vitrine, puis un manifestant tenter de l'en empêcher, et enfin un homme cagoulé donner un coup de pied sauté au manifestant afin, semble-t-il, de protéger le casseur.

    Pour nombre de spectateurs de la scène, dont le manifestant lui-même, ces casseurs étaient en réalité des policiers en civil qui «avaient des consignes pour laisser faire des dégâts matériels, mais surtout pas de blessés».

    Quelques jours plus tard, le 27 octobre 2010, le secrétaire général de la CGT de l'époque, Bernard Thibault, affirmait l'existence de policiers infiltrés dans les cortèges:

    «La présence de policiers en exercice camouflés sous des badges syndicaux, à Lyon, à Paris, ne fait aucun doute. Des manipulateurs s'infiltrent et poussent au crime dans des piquets de grèves, des manifestations, des occupations de ronds-points, violentent les situations en fin de manif pour avoir des images-chocs pour le JT de 20 h et créer des climats de tension», dénonçait-il.

    Jean-Luc Mélenchon, représentant du Parti de Gauche à l'époque, s'interrogeait également sur «cette présence dans les cortèges de manifestants de personnes infiltrées qui jettent des pierres, brisent des vitrines et ensuite sortent des brassards de police». Alexandre Langlois dément cette version des faits. Il se souvient de la polémique autour de cette vidéo:

    «Pour nous, ce n'était pas un policier. D'ailleurs, je fais remarquer qu'il est très facile aujourd'hui d'acheter sur Internet un brassard de police et de le mettre au cours d'une manifestation.»

    Pour ce cas précis, il est difficile d'avoir une preuve formelle infirmant ou confirmant l'hypothèse du policier-casseur.

    Par contre, un peu plus loin dans le temps, des cas de policiers-casseurs ont été documentés, tant en France qu'à l'étranger, comme en attestent un article de France 24, et un autre de Slate.

    Notamment en 1979 à Paris, lors du mouvement des sidérurgistes, lorsqu'un agent de police a été pris en flagrant délit de saccage de biens par le service d'ordre de la CGT. Ou encore en 1986, dans le cadre d'un mouvement étudiant contre une réforme de l'université, lorsqu'un homme identifié par plusieurs médias comme un policier a jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. Un phénomène également en vogue à l'étranger, puisqu'en août 2007 lors du sommet de Montebello au Canada, des agents de la sûreté du Québec ont été surpris déguisés en casseurs.

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    Tags:
    agents provocateurs, policier en civil, gilets jaunes, hooligans, manipulation, manifestation, police, syndicat de police VIGI, Parti de gauche (France), CGT, Bernard Thibault, Axel Rokvam, Damien Charton, Emmanuel Todd, Alexandre Langlois, Jean-Luc Mélenchon, Paris
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