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    Paris a menti sur toute la ligne au sujet de ses armes au Yémen, selon une enquête

    © AFP 2019 Ahmad Al-Rubaye
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    Contrairement aux affirmations des ministres français des Armées et des Affaires étrangères, Florence Parly et Jean-Yves Le Drian respectivement, des armes françaises sont effectivement employées dans la guerre au Yémen et font constamment des victimes, dévoile un rapport, classé «confidentiel Défense», révélé par Disclose après une longue enquête.

    Des révélations faites par le média d'investigation à but non lucratif Disclose, avec son partenaire, la cellule d'investigation de Radio France, détaillent l'implication de nombreuses armes de fabrication française utilisées par la coalition de l'Arabie saoudite dans la guerre au Yémen.

    Ces informations, basées sur le rapport classé «confidentiel Défense» de la Direction du renseignement militaire (DRM), contredisent totalement les déclarations faites ces derniers temps par les autorités françaises, dont Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, qui avaient estimé n'avoir aucune connaissance de l'utilisation d'armes françaises au Yémen.

    Il est précisé que le document ayant fuité, daté du 25 septembre 2018, s'intitule «Yémen — Situation sécuritaire» et qu'il a été transmis à Emmanuel Macron et aux ministres français des Armées et des Affaires étrangères à l'occasion du conseil de défense restreint consacré à la guerre au Yémen qui s'est tenu le 3 octobre 2018, à l'Élysée.

    Ainsi, le fichier présente la liste des armes françaises qui ont été vendues à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, dont des canons Caesar, des chars Leclerc, des obus flèches, des Mirage 2000-9, des radars Cobra, des blindés Aravis, des hélicoptères Cougar et Dauphin, la frégate de classe Makkah ou encore une corvette lance-missiles de classe Baynunah. Selon la note de la DRM, la «population concernée par de possibles frappes d'artillerie» est de «436.370 personnes».

    Armes terrestres

    En se référant à l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), spécialisé dans les transferts d'armements, depuis 2010, la France a livré à l'Arabie saoudite 132 canons Caesar, qui sont fabriqués «à Roanne (Loire) par Nexter, une entreprise détenue à 100% par l'État français». Actuellement, 48 canons de ce type sont déployés le long de la frontière saoudo-yéménite et «bombardent le Yémen pour dégager le terrain aux blindés et aux chars qui envahissent le pays», indique Disclose.

    Et d'ajouter que d'autres livraisons sont prévues dans les prochains mois. Ceci contredit les propos de Florence Parly qui, en janvier 2019, a confié sur France Inter que la France n'a «récemment vendu aucune arme qui puisse être utilisée dans le cadre du conflit yéménite» et qu'elle n'a pas «de négociations avec l'Arabie saoudite».

    Disclose revient également sur les déclarations faites en juillet dernier par la ministre des Armées. Ainsi, devant les députés de la commission défense de l'Assemblée nationale, elle a annoncé qu'à sa «connaissance, les équipements terrestres vendus à l'Arabie saoudite sont utilisés non pas à des fins offensives, mais à des fins défensives à la frontière avec l'Arabie saoudite». Disclose a contacté, dans le cadre de cette enquête, les services du Premier ministre qui n'ont fait que réaffirmer cette position.

    Pourtant, la note de la DRM indiquerait que 70 chars de combat Leclerc, vendus aux Émirats arabes unis, sont mobilisés dans le conflit. Elle définit aussi quatre zones du Yémen où sont déployés ces chars français. Bien qu'ils ne soient «jamais observés en première ligne», ces tanks «sont néanmoins déployés sur l'emprise d'Al-Khawkhah, à 115 kilomètres d'Al Hodeïda». Selon des images satellites, les chars Leclerc «ont participé à plusieurs grandes offensives de la coalition» qui ont fait des victimes.

    Attaques aériennes

    Le rapport met également en relief l'implication française dans les attaques de la coalition de l'Arabie saoudite menées depuis les airs, à savoir «les plus meurtrières». Les déclarations de Jean-Yves Le Drian, selon qui la France ne fournit «rien à l'armée saoudienne de l'air» sont ainsi qualifiées de fausses par Disclose. En guise de preuve, le média évoque que «des avions de chasse saoudiens sont équipés d'un bijou technologique conçu et entretenu par des ingénieurs français: le pod Damoclès».

    Se référant au Yemen Data project, Disclose évoque 8.300 morts dans les raids aériens saoudiens depuis 2015. Et de rajouter, que «les chasseurs français opèrent au Yémen depuis la base militaire émiratie d'Assab, en Érythrée». Parmi d'autres équipements français fournis à l'Arabie saoudite figurent également le Cougar, un hélicoptère de combat, et des Airbus A330 MRTT gros-porteurs.

    En mer

    Un dernier point sur lequel revient Disclose comprend des bâtiments de guerre français, utilisés dans cette même guerre. Le média dément encore une fois les propos de Florence Parly, qui a affirmé, que la levée du blocus des navires émiratis et saoudiens dans le port d'Al-Hodeïda était «une priorité française» pour que «l'aide humanitaire puisse passer». Ainsi, selon la DRM, deux navires de fabrication française «participent au blocus naval» qui affame plusieurs millions de Yéménites.

    Il s'agit de deux corvettes françaises Godwind 2500 acquises en 2017 par les Émirats arabes unis. Comme l'avait annoncé à l'époque Emmanuel Macron, «ce contrat vient de consolider notre relation en matière navale et compléter une coopération très forte ces dernières années sur toutes les armes». Et de rappeler, que, depuis 2014, la France est signataire du Traité sur le commerce des armes (TCA) qui exhorte le gouvernement français à «n'autoriser aucun transfert d'armes» si celles-ci pouvaient servir à commettre «des attaques contre les civils ou des biens de caractère civil […] ou d'autres crimes de guerre».

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    Tags:
    armes, bombardement, défense, armements, Florence Parly, Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian, Émirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, Yémen, France
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