Ecoutez Radio Sputnik
    Incendie à Notre-Dame de Paris

    Notre-Dame: la France qui pleure, la France qui rit

    © AP Photo / Christophe Ena
    France
    URL courte
    Par Maxime Perrotin
    Incendie à Notre-Dame de Paris (138)
    771954
    S'abonner

    Les images de Notre-Dame en proie aux flammes ont fait le tour du monde. Innombrables sont ceux à avoir fait part de leur peine, des badauds aux Chefs d’État, en passant par les touristes. Pourtant, au milieu de l’élan de solidarité à l’égard des Français, en marge de l’union nationale, certains sur les réseaux sociaux… se sont réjouis du désastre.

    L'émotion est vive au lendemain du terrible incendie qui a ravagé la Cathédrale Notre-Dame, au cœur de la capitale française. Innombrables sont ceux à avoir fait part de leur peine et de leur solidarité, à avoir prié dans les rues de Paris face à l'île Saint Louis ou les églises, alors que ce lieu saint et hautement symbolique dans le cœur des Français, huit fois centenaire, était la proie des flammes.

    Présidents et ex-Présidents, français, américains, russes, Premiers ministres, maires de grandes capitales, les réactions politiques —tous bords confondus- ont afflué en soutien aux Parisiens qui assistaient impuissants aux ravages des flammes. Idem du côté de la presse, du Figaro à Libération, en passant par Les Échos tous sont unanimes face à l'ampleur du drame: une partie de l'histoire de France est partie en fumée le soir du 15 avril.

    «Consternation. Solidarité totale avec les catholiques de France et puis l'ensemble des Français puisque nous sommes tous touchés par ce drame, parce que c'est le patrimoine français qui est touché, au-delà du patrimoine français, le patrimoine mondial. Donc c'est vraiment de la consternation et de la désolation. Ça représente d'abord un lieu sacré pour les catholiques de notre pays, c'est évident, un symbole de Paris et un symbole de la France.

    Donc je crois que c'est le patrimoine de l'ensemble des Français, même si ce sont d'abord les catholiques français qui ont été les premiers touchés à travers leur lieu de culte. Mais ça va au-delà d'un lieu de culte, c'est un lieu multicentenaire et pour nous c'est un patrimoine de notre pays qui est touché, donc on est tous concernés par ce drame.»

    Commente pour Sputnik Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Une solidarité interconfessionnelle également exprimée par Ahmet Ogras, président du Conseil français du Culte musulman (CFCM).

    «La réaction du Conseil français du Culte musulman a été d'être solidaire auprès de nos frères et sœurs catholiques pour cet évènement triste. Notre-Dame appartient à tout le monde, à tous les Français, à tous les catholiques du monde. C'est quelque chose qui nous a attristés, qui a blessé notre cœur. On est effondré par ce sinistre. Nous sommes tous émus et solidaires auprès de toute la communauté pour reconstruire cet édifice et qui soit de nouveau au cœur de Paris. Notre-Dame de Paris, c'est le patrimoine, l'histoire de la France, le patrimoine de Paris, c'est le symbole, c'est un point de repère», déclare Ahmet Ogras à Sputnik.

    Face à l'affluence sur son site, la Fondation du Patrimoine a ouvert sa collecte nationale dès hier soir. En milieu de journée deux millions d'euros avaient déjà été collectés. Parallèlement, de grandes fortunes de France telle la famille Arnault et le groupe LVMH ont annoncé un don de 200 millions d'euros, dédiés à la reconstruction de Notre-Dame. Idem, du côté de L'Oréal, la Fondation Bettencourt et Françoise Bettencourt-Meyers. 100 millions d'euros promis du côté de la famille Pinault, débloqués via leur société d'investissement Artemis. Des promesses de dons auxquelles s'ajoute celle de l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière, ou encore de Martin et Olivier Bouygues, pour deux dons respectifs de 10 millions d'euros.

    Le numéro Un mondial du luxe a également déclaré «mettre à la disposition de l'État et des instances concernés toutes ses équipes, créatives, architecturales, financières, pour aider au long travail de reconstruction d'une part, et de collecte de fonds d'autre part, qui s'annonce.» Le directeur de la Caisse des Dépôts a également annoncé sur Twitter que le fonds souverain français «offrira des chênes issus de ses forêts gérées par la société forestière nécessaires à la reconstruction de la charpente de la cathédrale.»

    «Le bâtiment date du XIIIe siècle, mais avant il y avait un autre bâtiment, qui a été rasé au XIIIe siècle et refait. Donc en fait, c'est 1.500 ans d'histoire de France depuis Clovis.», explique Jean-Baptiste Noé, historien du christianisme, au micro de Sputnik.

    «D'ailleurs on le voit à travers l'émotion, ça touche beaucoup plus que les Parisiens», ajoute-t-il, rappelant les grands moments de l'Histoire qui se sont déroulés sous la charpente médiévale —aujourd'hui détruite- et sa voûte d'ogive, perforée par la flèche d'Eugène Viollet-le-Duc, lorsque celle-ci vacilla dans le Brasier. «Il y a eu le sacre de Napoléon, il y a eu la libération de Paris qui s'est conclue à Notre-Dame, il y a eu des mariages de princes et de rois. Donc c'est un bâtiment qui a suivi toutes les joies et les peines de l'Histoire de France», rappelle l'historien.

    «L'occasion est donnée au peuple français de renouer avec ses racines, avec cette civilisation chrétienne, dont Notre-Dame est la preuve et un signal absolument éclatant,» témoigne auprès de Sputnik Jean-Frédéric Poisson, Président du Parti chrétien-démocrate.

    Un incendie, qui aux yeux de l'ancien député est symbolique du danger qu'encourt la civilisation française:

    «Je vois dans l'accident qu'a subi Notre-Dame une forme de symbole qui récapitule toutes les profanations, plus de mille églises ou édifices chrétiens ont subi en France l'année dernière, encore une cinquantaine au mois de février. J'espère que les Français vont se rendre compte de la fragilité, du danger qu'encourt l'Église aujourd'hui à travers cet accident et que le peuple français va comprendre ce danger, ces attaques incessantes contre l'Église d'un côté et puis d'un autre côté, la nécessité de renouer avec leurs racines profondes qui sont chrétiennes», ajoute-t-il.

    Toutefois, cette union nationale à quelques taches. Comme au lendemain de l'attentat de Charlie Hebdo, où certains n'étaient pas Charlie, une petite frange de la population s'est réjouie de ce grand malheur. En témoignent les réactions sur les réseaux sociaux aux images de la Cathédrale embrasée. Les réactions au live de Brut, diffusé sur Facebook, où l'on voit la flèche de la Cathédrale s'effondrer, donnent un avant-goût.

    Sur les 99.000 réactions à cette vidéo, 2.100 sont des smiley moqueur («haha»), auquel s'ajoutent 3.400 réactions «j'adore» (cœur) — qui peuvent toutefois également témoigner d'un soutien.

    Quelque peu en aparté, soulignons en premier lieu ceux à l'humour douteux, comme le député France insoumise Sélim Bouchareb qui semblait bien moins attristé que son chef de file.

    Face au tôlé, celui-ci a finalement supprimé ses Twittes et présenté ses excuses.

    Capture d'écran: Twitter
    © Sputnik .
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter

    Un mea-culpa et une transparence qui est loin d'être la ligne adoptée par d'autres Twittos, qui ne portent visiblement pas la France et son Histoire en haute estime dans leur cœur… par exemple la vice-présidente de l'UNEF, Hafsa Askar, qui avait déjà fait parler d'elle avec ses tweets racistes à l'époque épinglés par la LICRA lorsqu'elle déclarait «on devrait gazer tous les blancs cette sous-race». À ses yeux, pleurer pour Notre-Dame est un «délire de petits blancs». Son compte Twitter a depuis été suspendu.

    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter

    «Ça y est drame national, une charpente de cathédrale brûle» twittait Édouard Le Bert, un autre membre du bureau national de l'UNEF. Des sorties qui ont poussé la direction du syndicat étudiant à désavouer ses élus dans une série de Tweets : «L'Unef ne s'associe en aucun cas aux propos remettant en cause le drame d'hier. Voir des centaines d'années de patrimoine culturel partir en flammes est un drame qui n'a pas de nom», pouvait-on lire sur le réseau social.

    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter

    Dans les messages de railleries et de joie, en filigrane, l'affaire #JeSoutiensHugo, du prénom de cet adolescent de quinze ans qui, depuis samedi 13 avril, est insulté et menacé de mort sur les réseaux sociaux. Son crime, avoir comparé dans un twitte humoristique la Kaaba de La Mecque à la boîte noire du jeu «In Ze Boîte» de la chaîne télé Gulli. Une plaisanterie perçue par des musulmans comme une insulte à leur religion, certains allant jusqu'à appeler à sa décapitation; l'adresse du lycée de l'adolescent finira même pas être publié sur le réseau social.

    Précisons que toutes les captures d'écrans des tweets apparaissant ci-dessous ont été prises par nos soins. La rédaction n'a repris aucun tweet, ayant circulé sur les réseaux sociaux avant la rédaction de cet article dont nous n'avons pu vérifier l'authenticité. Certains messages ou certains comptes ont pu en revanche être supprimés depuis.

    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter

    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Sputnik .
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Sputnik .
    Capture d'écran: Twitter
    Nous avons interrogé au sujet de ces messages troublants, dont se sont aussi emparés nos confrères de Valeurs Actuelles dans un récent article, Ahmet Ogras, alors qu'il se rendait sur le parvis de Notre-Dame, invité par la maire de Paris Anne Hidalgo :

    «Je trouve ignoble ce que ces internautes ont dit et je trouve ignoble ce que Valeurs Actuelles est en train de propager, être l'écho. Il faut arrêter de diffuser n'importe quoi au nom de la liberté, il faut arrêter. Aujourd'hui, nous avons besoin d'apaisement, d'un message très fort.»

    Des messages de haine qui ont également fait réagir Anouar Kbibech, vice-président du CFCM, à notre micro :

    «La bêtise n'a pas de limites. C'est peut-être des réactions très ponctuelles. Globalement l'émotion est très forte auprès de l'ensemble des musulmans de France, nous le ressentons dans les mosquées et auprès des familles musulmanes. Tout le monde se reconnait dans Notre-Dame de Paris au-delà des confessions et des convictions des uns et des autres. D'ailleurs le culte français du culte musulman dont je suis un vice-président et le Rassemblement des musulmans de France dont je suis président, ont tous appelé les musulmans de France à se mobiliser et à participer activement à la souscription nationale pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris conformément à l'appel du Président de la République.»

    Toujours dans la thématique du Karma, certains y voient également une punition de la France pour ses interventions militaires dans les pays musulmans, la pédophilie de certains prélats catholiques ainsi que- plus atypiques-  la colonisation…

    Capture d'écran: Twitter
    © Sputnik .
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Sputnik .
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Sputnik .
    Capture d'écran: Twitter

    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Capture d'écran: Twitter
    © Photo.
    Capture d'écran: Twitter
    Dossier:
    Incendie à Notre-Dame de Paris (138)
    Tags:
    solidarité, réseaux sociaux, musulmans, cathédrale Notre-Dame de Paris, Anne Hidalgo, Emmanuel Macron, France
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik