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    Le 75e anniversaire du débarquement en Normandie

    Les commémorations du Débarquement sont-elles marquées par «une négation de l’Histoire»?

    © AFP 2019 IAN LANGSDON
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    Courte participation d’Emmanuel Macron, absence de Vladimir Poutine… La célébration du 75e anniversaire du Jour-J semble susciter les débats. Sputnik les a évoqués avec deux historiens russe et français.

    Le jeudi 6 juin 2019 marque le 75e anniversaire du Débarquement des Alliés en Normandie. Le programme, qui avait été annoncé en mai par la secrétaire d’État aux armées Geneviève Darrieussecq, a été la cible de nombreuses critiques, notamment du fait de l’absence d’Emmanuel Macron à la cérémonie prévue à Juno Beach, à Courseulles-sur-mer.

    L’absence du Président russe a aussi fait polémique.

    Pourquoi les autorités françaises ont-elles choisi ce format de commémorations? Sputnik a soulevé cette question au cours d’entretiens avec Jean-Pierre Arrignon, Professeur émérite des Universités, agrégé d'Histoire, Docteur Honoris Causa de l'Université de Yaroslavl (Russie), et Vitali Bogdanov, directeur de recherche de l’Académie militaire de l’état-major général des forces armées russes.

    Affront aux vétérans ou à Trump?

    L’agenda d’Emmanuel Macron prévoit sa participation à plusieurs cérémonies mais c’est Édouard Philippe qui présidera celle de Juno Beach, laquelle clôturera les commémorations. 

    «La règle, c’est qu’on organise plutôt une cérémonie internationale pour les anniversaires en 10. Il n’y a donc pas d’anomalie à ce que le Président n’assiste pas à celle-ci», a justifié la présidence française, sollicitée par Ouest-France.

    Cette entorse à la tradition ne semble pas être approuvée par certains hommes politiques français dont le député LR Philippe Gosselin, qui a dénoncé dans un courrier «un affront aux vétérans» et a appelé Emmanuel Macron à «assumer» son rôle.

    Cette année, 482 vétérans, souvent centenaires, ont été invités en France tandis qu’en 2014 ils étaient environ 2.000.

    Néanmoins, selon Jean-Pierre Arrignon, certains facteurs expliquent ce choix de format pour les commémorations.

    «Il me semble que le Président Macron a souhaité limiter la portée de ce 75e anniversaire du débarquement comme l’a toujours fait le général De Gaulle», estime-t-il.

    L’historien lie cette décision à la visite de Donald Trump, laquelle «doit rester dans le cadre d’une visite de courtoisie».

    «Le Président a voulu limiter la portée de la présence du Président D. Trump, au cimetière de Colleville puis à Omaha Beach où certes, il décorera de la Légion d’honneur cinq vétérans américains, mais ne veut pas donner à cette visite un caractère solennel», a précisé M.Arrignon.

    Cet avis est partagé par Vitali Bogdanov.

    «Je pense qu’en premier lieu c’est lié avec la visite de [Donald] Trump puisque, comme vous le savez, Macron a déclaré à plusieurs reprises que la France est un pays souverain et qu’elle ne se soumettrait à aucun dictat. [Emmanuel] Macron était l’un des pionniers […] de la création de la nouvelle armée européenne, ce qui a suscité le mécontentement de [Donald] Trump», a-t-il indiqué.

    Poutine n’est pas invité en France… ni au Royaume-Uni

    L’absence du Président russe aux commémorations provoque aussi des débats, ce dernier n’ayant pas reçu d’invitation. Sollicité par RIA Novosti, l’Élysée a expliqué que les célébrations seraient présidées cette année par le Premier ministre et non par le Président de la République.

    «Notre Premier-ministre aurait aussi pu participer puisque la contribution de l’URSS à l’ouverture du front de l’Ouest est incroyable», estime M.Bogdanov.

    Mais, comme l’a déclaré le 5 juin le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, la Russie n’a pas envoyé de délégation officielle en France et est représentée durant les commémorations par un membre de son ambassade de Paris.

    Dans le même temps, Jean-Pierre Arrignon rappelle qu’en France «la tradition pour l’invitation des Présidents des États alliés dans le cadre des commémorations est d’ordre décennal». Vladimir Poutine avait ainsi été invité en 2014 pour le 70e anniversaire du débarquement.

    «En revanche, l’ampleur de la cérémonie voulue par les Britanniques aurait dû les conduire à inviter le Président russe à Portsmouth», a ajouté l’interlocuteur de Sputnik.

    Ainsi, une cérémonie internationale avec la participation des dirigeants de 16 pays, dont les États-Unis, la France et l’Allemagne, avait eu lieu le 5 juin dans la ville britannique de Portsmouth. Toujours sans Vladimir Poutine.

    «Ne pas avoir invité le Président Poutine à cette cérémonie de Portsmouth est un affront stupide, une négation de l’Histoire! Theresa May n’est pas Winston Churchill!», s’est indigné M.Arrignon.

    L’historien déplore également que «la connaissance de l’Histoire a drastiquement diminué en France et notamment concernant la Russie (l’URSS, ndlr) et son rôle pourtant décisif dans la Seconde Guerre mondiale».

    «Divers sondages ont mesuré ces évolutions de l’opinion publique. En mai 1945, 57% des Français estimaient que l’URSS avait été décisive dans la victoire sur l’Allemagne nazie et 20% seulement les États-Unis. En 2015, 59% des Français considèrent les États-Unis comme décisifs dans la victoire et 20% seulement les Soviétiques», précise M.Arrignon.

    «Une manifestation surtout anglo-saxonne»

    La façon dont l’anniversaire du Débarquement est célébré en France peut s’expliquer par le fait que ce sont les troupes britanniques, canadiennes et américaines qui ont joué le rôle principal dans cette opération.

    «Le débarquement le 6 juin 1944 est perçu en France comme une date importante de la libération de la France, mais la commémoration est plus comprise comme une manifestation surtout anglo-saxonne tant la part des Français dans le débarquement est limitée aux 172 fusiliers marins du commando Kieffer qui se sont illustrés en participant au débarquement», indique Jean-Pierre Arrignon.

    Néanmoins, il y a dix ans, Paris a oublié d’inviter… la reine Élisabeth II. Comme l’avait expliqué Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement d’alors, la cérémonie était «au départ franco-américaine». Il a toutefois souligné que la reine était «naturellement la bienvenue».

    Le prince Charles a finalement obtenu une invitation de dernière minute au 65e anniversaire du Débarquement et a assisté aux cérémonies à Bayeux.

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    Seconde Guerre mondiale, vétéran, invitation, débarquement, Vladimir Poutine, Donald Trump, Emmanuel Macron
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