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    Facebook, le maître des données peut-il devenir le maître de la monnaie?

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    Avec le lancement de sa propre cryptomonnaie Libra, Facebook avec ses partenaires visent à long terme à devenir une puissance monétaire incontournable, au même titre que les États. Un projet crédible si l’on se fonde sur la puissance financière de l’entreprise, sa maîtrise technique et sa capacité à s’entourer d’acteurs complémentaires.

    Folie des grandeurs ou stratégie mûrement réfléchie chez Facebook? Le réseau social géant s’apprête à lancer Libra, sa propre monnaie. Et Facebook n’en est pas à son coup d’essai. Pour qui s’en souvient, le «Facebook Credit» permettait, au cours régulé de 1 dollar pour 10 crédits Facebook, de commercer sur la plate-forme au travers de ses applications. Lancée en janvier 2011 puis abandonnée en septembre 2013, elle s’inscrivit malgré tout dans une tentative pour le géant du net de concrétiser sa propre puissance financière en battant monnaie. Pourquoi la Libra serait-elle fondamentalement différente de cette tentative avortée?

    Premièrement, en raison de l’extension et consolidation de l’empire Facebook depuis 2013. Car Facebook ce n’est pas uniquement une interface de réseau social, c’est tout un ensemble de services annexes, dont les plus connus sont les messageries WhatsApp et Messenger, le réseau de partage de photos Instagram, la société d’analyse de contenu Web mobile Onavo ou encore le fabricant de casques de réalité virtuelle Oculus Rift.

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    Deuxièmement, parce que ce n’est plus uniquement l’écosystème Facebook qui s’agite, mais tout un ensemble de partenaires, dont la liste démontre la volonté de concrétiser l’essai: Mastercard, Visa, PayPal, eBay, Uber, Iliad, Vodafone, Coinbase, Bison Trails, etc.

    Troisièmement, Libra n’est pas restrictivement une cryptomonnaie partagée, c’est un réseau piloté par une organisation non gouvernementale basée en Suisse. La différence est de taille puisque l’entreprise de Menlo Park s’élance en bonne compagnie avec des noms reconnus dans des secteurs spécifiques (opérations bancaires, technologie blockchain, capital-risque).

    Il faut prendre connaissance du communiqué officiel paru dans le Newsroom de Facebook, lequel est explicite dans cette volonté de présence dans le secteur bancaire:

    «En effet, pour de nombreuses personnes dans le monde, même les services financiers de base sont encore hors de portée: près de la moitié des adultes dans le monde n’a pas de compte bancaire actif et ce chiffre est encore plus important dans les pays en développement et pour les femmes. Le coût de cette exclusion est élevé: par exemple, environ 70% des petites entreprises opérant dans des pays en développement n’ont pas accès au crédit, et 25 milliards de dollars sont perdus chaque année en raison des frais de transfert de fonds liés aux migrants.»

    Tout est mentionné en filigrane: l’objectif est de devenir un acteur incontournable du secteur bancaire grâce à la téléphonie moderne. Et on peut subodorer que la 5G est déjà un élément pris en compte dans l’esprit des dirigeants de ce consortium, qui se projettent à moyen et long terme. Vision d’autant plus réaliste que la puissance financière des GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) est supérieure au PIB de nombreux pays dans le monde, tandis que leur domination dans le secteur des services numériques –et en corollaire leur maîtrise des flux d’informations– leur octroie une maîtrise de bout en bout du processus. Ce serait pour ces acteurs le moyen de réaliser enfin un rêve: battre monnaie, un élément central de la souveraineté. Tel est le but visé par Facebook et ses associés.

    Le géant d’Internet n’entend d’ailleurs pas se précipiter et avance pas à pas: de la première annonce en janvier 2019 lors de la présentation des comptes de résultat 2018 à l’information publique de la création du consortium en juin 2019, suivi d’un communiqué prévoyant un lancement au premier semestre 2020, on perçoit nettement du sérieux, de la volonté et un cheminement dûment balisé. Le discours officiel renseigne sur les intentions et modalités de ce futur de moins en moins lointain:

    «Dès sa sortie, Calibra [un portefeuille électronique créé à dessein, ndlr] permettra de transférer des Libra à presque n’importe quelle personne équipée d’un smartphone, aussi facilement et instantanément qu’un SMS, à peu de frais, voire gratuitement. En temps voulu, nous espérons offrir des services supplémentaires aux particuliers et aux entreprises, tels que payer des factures en appuyant simplement sur un bouton, acheter un café avec la lecture d’un code QR ou utiliser les transports en commun sans argent sur soi ni titre de transport.»

    Devenir une puissance autonome n’est pas un chemin évident, et toute une stratégie sérieuse doit être validée à chaque point d’étape. La cryptomonnaie Libra entend rassurer et occuper des créneaux encore mal exploités par les puissances bancaires traditionnelles.

    Rassurer en exploitant la technologie blockchain (un procédé qui sert à la fois d’archivage et de vérification des transactions) et occuper des espaces géographiques où les microtransactions par téléphonie mobile sont monnaie courante (ce qui permet d’éviter une concurrence frontale avec des géants du secteur financier) et la monnaie nationale sans réelle valeur (alors que la Libra se veut au contraire stable).

    Car la chaîne de compétences visant à lancer Libra a été prévue pour être solide: des acteurs majeurs du paiement dématérialisé, des sociétés ancrées dans la téléphonie, des organisations rompues aux transactions par blockchain et des entreprises numéro Un de leur segment d’activité sur Internet. Ce sont tous ces acteurs qui vont surveiller les protocoles de transaction, car il s’agit d’une blockchain privée et fermée, non ouverte au public. Avec un avantage technique très net pour Facebook, puisque l’entreprise se charge du langage de programmation, développé en interne.

    Ce cercle de confiance permettra à la monnaie d’asseoir sa crédibilité, une base fondamentale pour le succès d’une monnaie.

    On peut aussi conjecturer, au regard du sérieux de la stratégie purement financière, que la volonté de ne pas manipuler le cours de la monnaie, sans toutefois la livrer aux dérives de la spéculation comme le Bitcoin, est tout aussi avisée. En effet, en l’adossant à un panier de devises, dont la base sera une Libra égale une unité de cette réserve, le risque d’une dérive de la monnaie est sérieusement atténué. Avisée aussi par le fait que le dollar donne des signes inquiétants de surchauffe et que miser sur une parité unique sur cette seule devise serait compromettre l’avenir de la cryptomonnaie de Facebook. En somme, la Libra servirait non seulement à assumer le rôle d’une monnaie de refuge si survenance d’une crise sérieuse plongeant le dollar, ou toute autre monnaie nationale, dans une spirale de dévaluation, mais surtout à assurer la souveraineté monétaire de ce consortium, Facebook en tête.

    Mais n’oublions pas aussi que Libra est la version anglophone du signe zodiacal de la balance et que si Libra vous offre ses bienfaits d’une main, c’est qu’elle en prend son comptant de l’autre.

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    Tags:
    cryptomonnaie, Facebook
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