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    Face à l’islamisme: «nos politiques sont des ignares», selon Alain Marsaud

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    Pour Alain Marsaud, ancien juge et chef du service central de lutte antiterroriste, la France paie dans le sang la «grande lâcheté» de ses hommes politiques face au fléau qu’est l’islamisme radical. Manque de courage, volonté de ne pas stigmatiser, crainte de ne pas s’aliéner un électorat contribuent à acter le recul de la République. Analyse.

    «Il va falloir apprendre à souffrir, je peux vous assurer que les générations à venir vont véritablement souffrir! C’est épouvantable de dire cela en 2019.»

    Au lendemain de l’attentat islamiste commis dans le Saint des Saints de la lutte antiterroriste de la capitale, le constat d’Alain Marsaud, ancien juge et chef du service central de lutte antiterroriste du parquet de Paris, est sans appel.

    «On a commencé par la prudence à l’égard de ces mouvances islamistes radicales, puis c’est devenu– je pense– de la naïveté et j’ai l’impression que ces deux sentiments se sont transformés, notamment chez le personnel politique, en une grande lâcheté!» assène-t-il, amer, au micro de Sputnik.

    Soulignant la «bonne vingtaine» de lois antiterroristes –et leurs réformes– passées depuis 1986, l’ancien magistrat estime que ce ne sont pas les services de l’État qui doivent se remettre en question, mais les responsables politiques dans leur ensemble, fustigeant à plusieurs reprises leur manque de volonté et de courage.

    «Ce ne sont pas les réformes législatives qui sont nécessaires aujourd’hui. Je le dis très fermement: on a voté tout ce qui pouvait être voté, c’est simplement avoir le courage de nommer l’ennemi et de prendre toutes les mesures nécessaires pour le vaincre!»

    L’ancien juge antiterroriste regrettant notamment les «mesurettes» qui ont suivi la vague d’attentats de 2015, enchaîne:

    «Excusez-moi, mais aujourd’hui vous avez une bonne partie des territoires de la République, autour de la région parisienne, qui sont en train d’échapper à l’autorité de ladite République.»

    Une référence aux «territoires perdus de la République», expression consacrée par un ouvrage éponyme présenté comme visionnaire, notamment après les attentats de Toulouse en 2012. Permettre à la République de recouvrer partout ses droits, «je ne suis pas certain qu’on en est la volonté ni le courage» s’inquiète l’ancien juge antiterroriste. Pour lui, «on doit véritablement s’interroger sur les moyens de les reconquérir, s’il est encore temps.»

    Au-delà du développement du communautarisme, rappelons que la France est le pays d’Occident qui compte –et de loin– le plus de victimes d’attentats commis au nom de l’Islam ces dernières années, 263 depuis 2012 officiellement recensées. Malgré ce «triste record», combattre l’islamisme radical semble être de plus en plus difficile pour la classe politique et les médias. En témoigne la couverture qui fut faite durant près de 48 heures de l’attentat à la Préfecture de police de Paris.

    «Lorsqu’on n’ose plus nommer l’ennemi, on a peu de chances de le vaincre», se désole Alain Marsaud. «On n’ose plus parler d’islamisme, cela fait peur, il ne faut pas stigmatiser, comme on dit, des populations. Du coup, on n’utilise plus ce terme.»

    Pour Alain Marsaud, s’il existe bien un fatalisme au sein de la population, celui-ci est davantage provoqué par la passivité de la classe politique face aux attentats islamistes que par la multiplication de ces derniers.

    Une passivité des autorités que l’ex-député Les Républicains des Français établis hors de France comprend d’autant moins que 57 chefs d’État, membres de la Coopération islamique, ont officiellement actée comme objectif l’islamisation des sociétés européennes en novembre 2000 à Doha. Les moyens d’y parvenir sont consignés dans la Stratégie d’action culturelle islamique à l’extérieur du monde islamique, en ligne sur le site de l’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la culture (ISESCO).

    Un document officiel «de l’action islamique commune en Occident» qui vise à «l’élaboration du projet d’une civilisation de substitution qui s’appuie sur l’Islam authentique […]».

    Ce plan d’action éclaire certaines décisions en France d’un jour singulier. Ainsi, l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM) a-t-il été inauguré le 19 septembre à Lyon. Après 25 ans de blocage, les attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan auraient, selon le recteur de la mosquée de Lyon, finalement poussé les autorités à donner leur feu vert à la construction de cet imposant centre promouvant un «Islam ouvert», financé par l’Égypte… et l’Arabie saoudite. Bref, la réponse des politiques à ces actes barbares consiste notamment à promouvoir l’Islam et son message civilisationnel… exactement comme le préconisait l’ISESCO il y a 20 ans.

    Un document de l’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la culture sur lequel revenait d’ailleurs récemment Jean-Frédéric Poisson, Président du Parti chrétien-démocrate (PCD), lors de sa prise de parole à la Convention de la droite. Il mettait en garde contre la vulnérabilité actuelle de nos sociétés, résultant notamment d’une certaine passivité face à l’islamisation: «la première raison de l’essor de l’Islam, c’est que nous ne considérons pas que nous avons à le contenir».

    «Il faut savoir que l’Islam est avant tout –il faut bien le dire– une religion de conquête. Il s’agit finalement d’imposer une religion par la conquête, par la conquête des esprits dans un premier temps», souligne de son côté Alain Marsaud.

    Second facteur de cette poussée de l’islamisation que souligne l’ancien candidat à la primaire de la droite, la volonté –à travers d’importants financements– d’États étrangers visant à «renforcer la prégnance de l’Islam dans certains de nos territoires et à installer la société communautariste». Jean-Frédéric Poisson évoque notamment le cas des tribunaux islamiques en Angleterre, dont les verdicts sont reconnus par les juridictions britanniques.

    «Il faut quand même se réveiller! J’ai l’impression que nos politiques sont des ignares, qu’ils ne se tiennent pas au courant de ce qui se passent dans le monde et ne réagissent pas», s’agace Alain Marsaud.

    Une influence étrangère que l’on retrouve aujourd’hui dans l’éventail des bienfaiteurs de l’Islam en France: qu’ils s’agissent des Marocains, Algériens, des Turcs, ou encore des plus controversés wahhabites saoudiens. Sans oublier les Frères musulmans (Qatar, Koweït et Turquie figurent au nombre de ses parrains). Diversité que l’on retrouve dans les différentes mouvances qui animent l’Islam en France, comme le décrié salafisme. Si la DGSI évoquait en 2018 dans plusieurs rapports la montée du salafisme en France, cette mouvance rigoriste de l’Islam sunnite présentée comme ni plus ni moins qu’une «nébuleuse» fondamentaliste, n’en reste pas moins régulièrement présentée comme «minoritaire».

    Un discours tendant à relativiser l’importance du phénomène, qui inciterait les politiques à ne pas prendre leurs responsabilités:

    «Je crois qu’il faut les appeler à avoir enfin le courage, à découvrir cette qualité qu’est le courage et mettre fin à toutes ces lâchetés que nous connaissons depuis tant d’années», fulmine l’ancien patron de l’antiterrorisme au Parquet de Paris.

    Pour Alain Marsaud en effet, nombre d’entre eux «ne prennent pas les mesures, qui consistent tout simplement à protéger les citoyens», ce qui est pourtant l’un de leurs rôles-clefs en tant qu’élus.

    «L’élu, une fois élu, ne pense qu’à une chose: c’est de pouvoir renouveler son mandat. Pour renouveler son mandat, il est souvent prêt à toutes les lâchetés, à toutes les compromissions, à tous les compromis», regrette Alain Marsaud, «tout cela n’est pas très réjouissant.»

    L’ancien juge évoque le cas de certaines maires de banlieue qui, face aux revendications communautaristes, ont «renoncé à résister», ne voulant pas s’aliéner une partie de leur électorat. Des édiles de plus en plus confrontés aux pressions, silencieuses ou bien plus médiatisées, comme l’opération coup de poing du collectif «Rosa Parks musulmanes» dans une piscine publique de Grenoble cet été, revendiquant sous couvert de lutte contre le racisme et l’inégalité, le port du maillot de bain islamique.

    Autre preuve aux yeux d’Alain Marsaud de cette France «de la lâcheté […] de l’impuissance», le profil d’un imam de la mosquée de la Fauconnière à Gonesse où se rendait Mickaël Harpon. Fiché S depuis 2015 pour «fondamentalisme religieux», année où il fut l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sous 30 jours ainsi que d’une perquisition administrative, ce Marocain a vu sa carte de séjour renouvelé en juin 2019 au titre de parent d’enfants français.

    Dans la même ligne, comment ne pas penser au rapatriement de familles de djihadistes partis rejoindre les rangs de l’État islamiste? Fin 2015, ils étaient près de 2.000 Français à avoir été impliqués dans le djihad au Levant, selon les services de renseignement français. Au-delà des enfants ou des compagnes, dont les proches restés en France réclament le rapatriement avec le soutien de l’Onu et d’ONG, le débat fit également rage autour du sort des djihadistes eux-mêmes et tout particulièrement de ceux condamnés à mort en Irak. Rappelons qu’en France, d’ici 2022, pas moins de 254 condamnés pour terrorisme seront libérables.

    «Ce que craignent nos services de renseignement, c’est qu’un jour sur un mot d’ordre– venu éventuellement de l’étranger– à la même heure sur tout le territoire, des individus déterminés […] se livrent au même moment à des actions homicides. Ce serait un moment extrêmement grave pour la République, avec même des risques de guerre civile.»

    Tags:
    Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), communautarisme, Jean-Frédéric Poisson, Organisation islamique pour l'Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO), Organisation de la coopération islamique (OIC), loi antiterroriste, attentat, Préfecture de police de Paris, Alain Marsaud, radicalisme, islamisme
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