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    Retour de djihadistes français: «Une partie sera certainement impliquée dans de futurs attentats»

    © Sputnik . Andrey Stenin
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    Début décembre, la Turquie renverra en France 11 djihadistes ou membres de leurs familles. Comment les accueillir? Quel danger représentent-ils? Sputnik revient sur la situation de ces personnes parties faire le djihad et bientôt de retour en France avec Romain Caillet, spécialiste des questions concernant le djihadisme.

    Si le gouvernement syrien a récemment annoncé qu’il ne renverrait pas les djihadistes français arrêtés en Syrie, ce n’est pas le cas de la Turquie. En effet, le ministre turc de l’Intérieur Süleyman Soylu, cité par l’agence Anadolu, a annoncé que 11 djihadistes français, en majorité des femmes, seraient expulsés vers la France «début décembre».

    ​Cela fait maintenant plusieurs années que des échanges de djihadistes ont lieu entre la Turquie et la France à travers le protocole Cazeneuve mis en place en 2014. Néanmoins, cette décision présente un caractère tout à fait politique. Le Président Recep Tayyip Erdogan n’apprécie guère les critiques émanant de Paris et d’autres capitales Européennes sur son intervention dans le nord de la Syrie et n’hésite pas à utiliser ces expulsions à des fins politiques comme nous l’expliquions dans un précédent article.

    Au-delà du caractère politique, cette expulsion soulève des interrogations sur le sort de ces ressortissants français partis rejoindre des organisations terroristes au Levant. Quel sera leur parcours une fois rentrés? Quel peines encourent-ils? Comment réinsérer ces individus une fois leur peine purgée? Pour répondre à ces questions, Sputnik France a interrogé Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions d’islamisme et de terrorisme.

    Sputnik France: À quel genre de peines s’exposent ces individus, majoritairement des femmes, qui reviennent des territoires contrôlés par Daech*?

    Romain Caillet: «Il fut un temps où les femmes étaient considérées comme moins responsables que les hommes et les tribunaux étaient plus cléments, mais ce n’est plus le cas maintenant. Au contraire, la pression de l’opinion publique est telle qu’elles sont considérées presque plus coupable que les hommes, alors qu’à peu d’exceptions près, elles n’ont pas de rôles très importants dans les organisations djihadistes. En général, ce sont des peines qui tournent autour d’une dizaine d’années.»

    Sputnik France: Sommes-nous dans la capacité de les accueillir d’un point de vue carcéral? N’y a-t-il pas un risque associé?

    Romain Caillet: «C’est l’éternel débat: si on les met avec des individus qui ne sont pas djihadistes ils vont faire du prosélytisme. Et si on les met avec des individus radicalisés, ils vont s’organiser et ils seront encore plus dangereux. Sachant qu’on ne peut pas tous les mettre à l’isolement, il n’y a pas vraiment de bonne solution.»

    Sputnik France: Comment réinsérer ces individus? Quels risques représentent-ils?

    Romain Caillet: «Selon moi, lorsqu’ils sortent, les djihadistes se scindent en trois catégories. C’est difficile à quantifier, mais grosso modo, il y a une partie qui va sortir et être en rupture avec l’idéologie djihadiste. Une autre partie adhérera toujours à l’idéologie mais considérera qu’elle a déjà donné pour la cause et ne s’impliquera pas dans les activités djihadistes. Ensuite, il y a la dernière partie, qui, il faut le dire, sera certainement impliquée dans de futurs attentats en France ou en tout cas dans des enquêtes liés à des activités djihadistes. On est loin d’être débarrassé de cette menace.»

    Sputnik France: Peut-on réellement «faire société» avec des individus qui ont voulu détruire tout ce que représente notre société?

    Romain Caillet: «Il faut réaliser quelque chose: des gens qui font des virages idéologiques à 180 degrés ça arrive tout le temps, dans toutes les idéologies. Je connais personnellement quelqu’un qui est sorti de prison suite à une inculpation pour des faits liés au djihadisme, et aujourd’hui, cette personne est athée. Tout comme des gens qui étaient trotskystes peuvent passer à l’extrême droite. Évidemment, ce n’est pas une majorité, mais ça arrive.

    Par contre, il est clair qu’il n’y a pas de méthode établie pour parvenir à cette fin. Prétendre qu’on peut faire rentrer quelqu’un de radicalisé dans une salle, lui tenir un discours, et qu’il changera d’avis, c’est faux. La «déradicalisation», c’est un cheminement idéologique personnel. Une fois qu’on abandonne une idéologie, on perd ses amis, sa famille, c’est tout de même quelque chose de lourd. Ça ne se change pas du jour au lendemain.»

    *Organisation terroriste interdite en Russie

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    Tags:
    Turquie, terrorisme
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