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L’activiste et artiste russe Piotr Pavlenski, connu pour avoir incendié la Banque de France, a animé une conférence devant des étudiants en Droit de l’Université Paris II Panthéon-Assas, pour leur «donner les clés de la compréhension de l’“art politique”». Reportage de Sputnik.

Le titre de cette rencontre est symbolique: «Piotr Pavlenski au Panthéon»… pas des dieux… mais tout proche. L’amphi de l’Université Paris II Panthéon-Assas était comble, rempli principalement d’étudiants de l’École de droit, initiateurs de cette rencontre avec un artiste qui s’est fait connaître par ses actions de boutefeu politique.

L’assistance s’impatientait, puisque la conférence tardait à commencer à cause d’«un problème technique». Le temps s’étire, on s’impatiente, puis –coup de théâtre– on change de salle. Mais même là, la projection ne veut pas se mettre en marche. «Je ne pourrais rien vous montrer de ce que j’ai prévu, annonce finalement Piotr Pavlenski. L’administration de l’école essaye de saboter l’évènement et personne ne peut nous aider à faire fonctionner le matériel.»

«Je parlerai dans ma conférence de la symétrie et du rôle de l’art sur le front des relations internationales», annonce d’emblée l’artiste.

Pour mettre les futurs juristes au parfum, Pavlenski commence par un tour de rattrapage sur les notions de base de son art, en énonçant une formule visiblement bien rodée (et également citée dans un texte de présentation de son cours): «l’art politique est un art qui agit depuis l’intérieur de la mécanique du pouvoir et qui force l’appareil d’État à se démasquer. Pour cela, l’artiste utilise les mêmes instruments que ceux dont use le pouvoir».

Puis il décortique pour les étudiants en Droit ce qu’il sous-entend par les «instruments du pouvoir»: la police, la psychiatrie, les médias, l’idéologie, la religion, le système éducatif, etc. «Toute activité humaine peut devenir un instrument du pouvoir», argumente Pavlenski, en faisant référence à «certains exemples historiques», quand la littérature, l’art ou la philosophie servaient le pouvoir.

«C’est une responsabilité personnelle de tout un chacun de permettre ou non d’instrumentaliser le domaine dans lequel il évolue», conclut Pavlensky.

L’exercice d’une conférence sans visuels n’est pas aisé pour l’artiste, d’autant plus qu’il s’agit de rappeler ses anciennes performances dont le sens consistait justement à «un déplacement d’une image forte d’un contexte à un autre», quand un geste anodin ou répété maintes fois trouve son sens à cause de cette transposition.

Mais pour rappeler l’action «Liberté» de 2014, Pavlenski est servi: une image des pneus hissés en barricades et brûlés par les Gilets jaunes sert de référence actuelle pour la jeune assistance. Piotr Pavlenski en profite pour «honorer un activisme social toujours élevé des Français» et «une culture de lutte sociale toujours présente», contrairement à ce qui se passe en Russie. Quand il a voulu réaliser cette performance, «la seule réaction citoyenne qu’on a eue a été d’appeler les pompiers et la police.»

«C’est la preuve qu’il est difficile de mettre le feu à quelque chose en Russie, tandis qu’en France, des milliers de personnes se réunissent pour saccager et rétablir la justice sociale, martèle Pavlenski, sans visiblement faire attention au sens douteux de sa déclaration. J’aime la France pour cet amour de la fête! Vive la France!»

Cela rappelle trait pour trait un passage des «Démons» de Dostoïevski, où 150 ans auparavant, l’un des héros écrivait un mot avant son suicide: «Bravo! a presque rugi de joie Kirillov, vive la république démocratique, sociale et universelle ou la mort!.. Non, non, pas ça. Liberté, égalité, fraternité ou la mort! C’est mieux, c’est mieux». Et on sait, quel «feu» ont mis les révolutionnaires russes et quel prix les Russes ont payé.

Mais lors de la conférence, pour la première fois depuis sa condamnation, Piotr Pavlenski a également dévoilé le sens artistique de son action «Éclairage», qui lui a coûté en France une peine de trois ans de prison avec sursis, dont onze mois de préventive. Il s’agit de l’«héritage de Caravage»: «Pour moi, le principe réside dans la méthode de construire le sens adopté par Caravage: une opposition tranchante de la lumière et de l’ombre.» Pour l’activiste, ça tranche à son tour avec «le pluralisme, la neutralité et l’apathie» qui règne dans la société actuelle.

Voilà, pour son programme «artistique».

En ce qui concerne la symétrie et la politique, Pavlenski insiste sur une vision parallèle des deux actions, «La menace», l’incendie des portes du FSB à Moscou en 2015, et «Éclairage», l’incendie de deux fenêtres de la succursale de la Banque de France, Place de la Bastille, et pas que pour des raisons artistiques. Sans le cacher, il parle de sa rancune envers les «libéraux» qui «s’enchantaient devant le geste poétique qui pourrait réveiller les consciences» et qui, dans le meilleur des cas, «se sont transformés en descripteurs désintéressés et procéduraux d’un incendie» en France, et au pire, appelaient à priver Pavlenski du titre d’«artiste» suite à «une atteinte à un symbole de l’État».

«L’action “Éclairage” a mis un faisceau de lumière sur le fait que personne n’a besoin de l’art. Par conséquent, personne n’a besoin de peintres. C’est une instrumentalisation qui ne soulève aucune objection. On n’a besoin que d’un vendeur de marchandises revendables à souhait», conclut avec amertume Pavlenski.

Un échange avec le public, qui a duré plus longtemps que le discours en soi, n’a pas apporté de surprises. On réapprend que Piotr Pavlenski «rejette l’art décoratif», se concentre sur «l’établissement des limites et des formes de l’art politique» et confirme son credo: «l’objectif d’un artiste c’est devenir un os dans la gorge de tout pouvoir».

Seule fausse note, peut-être, une petite performance (préparée par les organisateurs?) qui a confirmé une formule énoncée lors de la rencontre, «L’objectif de l’artiste est d’être le plus incommode et le plus défavorable pour tout le monde». Une journaliste de la chaîne de TV Rossia a été priée de quitter la salle suite à une question qui n’a pas plu au conférencier. Sans se faire instrumentaliser, toute la salle des futurs juristes a suivi des yeux sans broncher la journaliste quitter la salle, en accompagnant même son départ de quelques applaudissements épars.

À l’issue de la rencontre, et malgré la proposition des organisateurs de prolonger l’échange «pour les plus intrépides, dans un bar à proximité», Piotr Pavlenski n’a pas voulu répondre à nos questions, voulant visiblement éviter à son tour d’être instrumentalisé par Sputnik. Mais il a commenté en off la «liberté d’expression artistique en France»: «aucune!»

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Tags:
performance, art, Sorbonne, Piotr Pavlenski
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