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Face à la crise économique et sanitaire, Bercy parle de possibles nationalisations, le Quai d’Orsay explique qu’à l’avenir, il ne faudra plus déléguer notre santé et notre sécurité. Une volte-face pour ce gouvernement adepte de la «mondialisation heureuse». Pour Sputnik, Julien Aubert, député LR du Vaucluse, revient sur ce changement de cap.

«Le monde de demain ne sera plus le même que celui que l’on a connu, parce que nous étions dans une forme de mondialisation des opportunités, de certaines formes de mondialisation heureuse. Et là, nous sommes dans la mondialisation des risques et des menaces», déclarait, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, au micro de France info, le 20 mars.

Des mots lourds de sens, surtout venant de Jean-Yves Le Drian. Qui eût cru il y a quelques semaines encore qu’un ministre du gouvernement d’Édouard Philippe sonnerait le glas de la «mondialisation heureuse», qu’il promouvait jusqu’à présent? À sa décharge, il semble compliqué de faire le constat inverse quand on est confronté à une pandémie qui s’est propagée aussi rapidement du fait de cette même globalisation et à une menace de récession systémique comme on n’en a jamais connu.

«Il est clair pour moi que demain, on ne pourra plus déléguer à d’autres et notre sécurité et notre santé et notre alimentation et notre autonomie sur des biens essentiels. Donc, il faudra tirer les leçons de tout cela, bien sûr», ajoutait encore Jean-Yves Le Drian.

Si des changements effectifs devaient avoir lieu dans ces domaines stratégiques, cela reviendrait à repenser en profondeur des segments entiers des doctrines économiques, sanitaires et militaires françaises en place depuis au moins 30 ans. Il conviendrait de clarifier ce que «ne plus déléguer» veut dire, mais c’est déjà un pas en avant vers des changements qui pourraient bien être drastiques.

​Pour Sputnik France, Julien Aubert, député Les Républicains du Vaucluse, ardent défenseur d’une plus grande souveraineté française, revient sur ce changement de discours du gouvernement et sur les conditions d’une possible transition vers un État plus stratège.  

Sputnik France: À Bercy, on parle de possibles nationalisations, au quai d’Orsay on parle d’autonomie de certains biens essentiels que l’on ne peut plus déléguer à d’autres nations. Le gouvernement fait-il son aggiornamento vers plus de souverainisme?

Julien Aubert: «Je n’aime pas le mot souverainisme, car il renvoie à une situation comme celle du Québec, c’est-à-dire l’indépendance d’une province dans un État fédéral. Ce qui est certain, c’est que l’État redécouvre soit la souveraineté, soit l’indépendance stratégique, ce qui est assez paradoxal, car Emmanuel Macron est l’antithèse de ce phénomène. Je l’avais expliqué dans mon ouvrage Emmanuel, le faux prophète [Éd. du Rocher, 2019, ndlr]. En réalité, Emmanuel Macron est le prophète de la mondialisation, de l’absence de frontières, du libre-échange, et de la mondialisation heureuse. Et le voilà désormais confronté à une crise de souveraineté.»

Sputnik France: C’est la seule voie à suivre pour être mieux préparé dans le futur à d’éventuelles crises de ce type?

Julien Aubert: «C’est, selon moi, du bon sens. Après, vous trouverez toujours des gens pour vous expliquer que si nous sommes faibles, c’est parce que l’Europe est faible, et qu’il faut donc continuer à renforcer le fédéralisme européen pour être plus fort. Ces gens vont donc nous amener dans une course au fédéralisme qui souillera encore plus la démocratie française et l’État-nation français. Je crois aussi que d’autres personnes vont redécouvrir la notion d’État-stratège, l’importance d’avoir une capacité industrielle, des réserves stratégiques, et donc je pense qu’il y a aura un affrontement là-dessus.»

Sputnik France: On entend souvent que la mondialisation et le multilatéralisme vont de pair. Selon vous le multilatéralisme a-t-il un avenir en dehors du cadre de la mondialisation telle qu’on l’a connue jusqu’à présent?

Julien Aubert: «Oui, car ce sont deux choses différentes: le multilatéralisme est né à la sortie du congrès de Vienne, après la chute de Napoléon et les premières ébauches de systèmes en temps de paix pour lesquelles les diplomaties européennes voulaient se concerter afin de maintenir l’équilibre européen. De son côté, la mondialisation est un phénomène bien plus large, apparu peu avant 1914, et dont on pensait que ça empêcherait toute guerre mondiale.

Il est tout à fait normal de discuter entre pays, et d’avoir des stratégies coordonnées, sans pour autant penser que l’on doit devenir une société de marché. C’est la grande différence: commercer, oui, ouvrir les frontières, oui, négocier, oui, économie de marché, oui. Par contre, une société de marché qui préconise que l’État doive se retirer au profit d’une main invisible autorégulatrice et qui serait le seul arbitre du système, non. La Russie, par exemple, est un pays partisan d’un État-stratège et pourtant, dans chacun de ses documents de stratégie internationale, elle réaffirme son attachement au multilatéralisme.»

Sputnik France: Ne serait-on pas déjà tellement intégrés au processus de mondialisation que l’on ne peut plus en sortir?

Julien Aubert: «Nous sommes comme un junkie face à la mondialisation, il ne faut pas sevrer d’un coup le malade, sinon il meurt, mais on peut faire les choses petit à petit. Maintenant, il va falloir progressivement rapatrier des industries stratégiques et repenser l’État, à la fois dans sa dimension temporelle et spatiale. Si on le fait trop brutalement, les conséquences peuvent être néfastes, évidemment, mais malheureusement, nous n’avons pas d’autre choix.»

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Emmanuel Macron, Covid-19
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