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Propagation du coronavirus en France (341)
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Le premier décès dans les rangs de la Police nationale ravive la polémique sur le port du masque par les forces de l’ordre. Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat Vigi Police, qui en a fait sa priorité, coauteur d’une plainte contre trois ministres, décrypte la position de son organisation pour Sputnik.

La Police nationale a annoncé le premier décès dans ses rangs des suites du Covid-19: un major de 54 ans, employé comme expert formateur en Seine-et-Marne, n’a pas pu être sauvé en réanimation. Ce décès ravive le feu de la polémique sur le port du masque par les policiers sur le terrain.

À plusieurs reprises, les syndicats de police ont présenté des ultimatums, menaçant de suspendre les contrôles et exigeant la mise en place de protections suffisantes lors de leurs interventions. Face à eux, le ministère de l’Intérieur campe sur ses positions. Il s’appuie sur l’avis du directeur général de la Santé (DGS), qui préconisait un simple respect des mesures barrière par les policiers. La place Beauvau affirmait de plus que les masques devaient aller en priorité au personnel soignant. Pourtant, il y a deux semaines déjà, sur 100.000 policiers et gendarmes mobilisés depuis le 17 mars pour faire respecter le confinement de la population, les médias faisaient part de 70 policiers contaminés par le coronavirus et 5.277 confinés chez eux.

Le 2 avril, le syndicat Vigi Police a porté plainte contre trois ministres «qui les emploient directement»: Édouard Philippe, Premier ministre, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur et Laurent Nuñez, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, pour «mise en danger délibérée de la vie d’autrui» et «non-assistance à personne en danger».

Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat Vigi Police en parle au micro de Sputnik. Il revient tout d’abord sur les propos polémiques de Didier Lallement, qui a affirmé ce 3 avril que les personnes en réanimation étaient celles qui n’avaient pas respecté le confinement.

«Dans le monde entier, la protection basique contre le coronavirus, c’est le port du masque, rappelle Alexandre Langlois. Dans la France en général et dans notre ministère, nous n’en avons pas assez. Nous comprenons que le personnel soignant est prioritaire, mais ça ne sert à rien d’envoyer les policiers au casse-pipes pour qu’ils soient contaminés ou deviennent vecteurs de contamination s’ils n’ont pas de protection adéquate.»

Le syndicaliste rappelle que les policiers n’ont pas de «droit de retrait» et s’insurge contre les propos de Christophe Castaner, qui fait référence au «caractère dangereux du métier» dont les policiers devraient être conscients.

«Ça revient à envoyer un policier sans arme pour interpeller un terroriste dangereux, dit le policier. L’arme contre un virus, c’est un simple masque.»

Comme le gouvernement fait sourde oreille, d’après le syndicaliste, il ne leur restait «qu’une solution: incriminer [les ministres, ndlr] personnellement pour leur action» sur la vague d’arrêts maladie dans la profession, «avec 10.000 policiers qui manquent à l’appel» suite aux contaminations.

«Face à cette situation grave, nous n’oublierons personne. Nous préparons une seconde plainte, nommément contre tous les chefs de service qui ont signé l’interdiction de porter des masques et ont mis la vie de nos collègues en danger», annonce Alexandre Langlois.

«Le problème des équipements adéquats n'est qu'un détail de plus»

Alexandre Langlois fait également part du débat sur les protections individuelles des policiers lors de manifestations massives des mois écoulés. Mais contrairement à l’encadrement des Gilets jaunes, qui pouvait «être clivant», le syndicat Vigi Police relève «toute absence de débat» face à la pandémie. Il se félicite de plus que la base soutienne massivement la plainte de Vigi. «Malgré certains réfractaires, il y a une prise de conscience du danger d’aller au contact du public sans protection», relève Alexandre Langlois.

«On se sent abandonnés par Christophe Castaner depuis le début de son mandat. Le problème des équipements adéquats n’est qu’un détail de plus face à l’explosion des suicides, de l’impossibilité d’arrêter les criminels dans les cortèges ou de l’absence de formation pour certains», souligne le policier syndicaliste.

Ce sentiment d’être abandonné s’est renforcé au moment où les masques, pourtant distribués, ont étés repris. «Le dernier ordre de M. Castaner est de porter les 800.000 masques distribués uniquement face à des personnes présentant des symptômes de coronavirus. Comment mettre un masque lors d’une interpellation d’une personne récalcitrante qui, sans symptômes visibles, peut être porteuse du virus?» s’exclame Alexandre Langlois.

«On espère que notre plainte, à laquelle la loi nous autorise, aboutira et que M. Castaner prendra le maximum, c’est-à-dire un an. Même si la Cour de Justice de la République qui juge les ministres est spéciale, on espère que la multiplication des plaintes l’obligera à prendre ses responsabilités et à condamner les coupables qui ont mis en danger la vie de tous les Français», conclut Alexandre Langlois.
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Edouard Philippe, Christophe Castaner, masques, Alexandre Langlois, Police nationale française
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