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La France a globalement opté pour le transfert des patients atteints de Covid-19 vers les zones moins touchées. Une stratégie qui diffère de ses voisins qui, face à l’urgence, ont opté pour le déploiement d’hôpitaux de campagne. Des installations provisoires, parfois rattrapées par le manque de matériel et de personnel. Tour d’horizon.

85 lits de réanimation supplémentaires grâce à la mise en service accélérée d’un nouveau bâtiment de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Aussi modeste puisse-t-elle paraître, l’information parue dans la presse française le 9 avril fait l’effet d’une bouffée d’oxygène, à l’heure où chaque libération de lit de réanimation est guettée par les autorités sanitaires, menacées d’embolie par l’afflux de patients gravement touchés par le Covid-19.

Depuis plus d’un mois, la pandémie qui meurtrit le pays a poussé les hôpitaux à une réorganisation complète de leurs services, ainsi qu’à «pousser les murs» pour trouver toujours plus de places face à l’afflux des patients en détresse respiratoire. Le 28 mars, Olivier Véran, ministre de la Santé, fixait l’objectif d’atteindre un seuil «de 14.000 à 14.500 lits de réanimation pour tout le territoire national».

L’objectif paraissait alors ambitieux, mais on venait de rajouter aux «capacités initiales» de la France de 5.000 lits de réanimation celles des cliniques privées (entre 4.000 à 10.000 lits), qui depuis une semaine appelaient à ce qu’on les sollicite. «Une chose qu’il ne faut plus voir» avait durement jugé, quelques jours plus tôt, Lamine Gharbi, président de la fédération de l’hospitalisation privée (FHP), au micro de Jean-Jacques Bourdin. Il appelait structures publiques et privées à «travailler ensemble», revenant sur la situation dans la région Grand-Est où, pendant que l’hôpital croulait sous les demandes d’hospitalisation d’urgence provoquées par l’évolution galopante du Covid-19, les lits des cliniques restaient vides.

«Pendant ce temps-là, il y avait des Airbus qui emmenaient des patients à Toulon, on marche sur la tête!», s’emportait le Président de la FHP.

Une mauvaise utilisation des lits du secteur privé qu’a réfutée, le 1er avril, le ministre de la Santé face à la mission d’information sur la gestion de l’épidémie de l’Assemblée nationale. Des propos qui se voulaient rassurants sur la gestion de la crise sanitaire dans la région qui n’empêcheront pas son coordinateur, le directeur de l’Agence Régionale de santé (ARS), de se faire limoger par le Président de la République le 8 avril. Ce proche d’Agnès Buzyn s’était fait remarquer après avoir défendu début avril le maintien de l’objectif de suppression de 598 emplois et 174 lis au CHRU de Nancy, en contrepartie d’une rallonge budgétaire de 500 millions d’euros.

Transferts de patients contre hôpitaux de campagne

Trois jours avant les propos de Lamine Gharbi, le Président de la République, lors de son allocution télévisée du 16 mars, avait annoncé le déploiement à Mulhouse (Bas-Rhin) d’un hôpital militaire. Un coup de comm’? D’une capacité de 30 lits, alors que l’afflux moyen quotidien dans les hôpitaux avoisinait les 400 patients, il semblait en effet un peu dérisoire, au delà du symbole de l’armée au chevet de la Nation. De plus, les dix jours qui avaient été nécessaires à sa mise en service avaient suscité une certaine interrogation. Un délai qui pourrait notamment s’expliquer par la disparition en France du dernier hôpital de campagne en 2015. Dix jours, c’est le temps qu’il avait fallu aux autorités chinoises pour construire un hôpital de campagne, en dur, de mille lits.

Plus proche de nous, tout en augmentant les places en réanimation dans ses hôpitaux, l’Italie n’a mis que six jours pour mettre en service un centre hospitalier de 500 lits à Milan. Un délai rendu possible grâce à la mise à disposition par la fondation Fiera Milano d’un entrepôt de 10.000 m² ayant servi par le passé de centre d’exposition. Un hôpital de campagne dont le gouvernement italien avait annoncé la construction le même jour qu’Emmanuel Macron annonçait celle de l’hôpital militaire sur le parking du centre hospitalier de Mulhouse.

L’Espagne a battu ce record, lorsqu’on a appris que les premiers malades avaient été transférés le 21 mars dans un hôpital madrilène de 1.300 places, mis sur pied en 18 heures. Installé dans trois pavillons de la foire commerciale de Madrid, cet hôpital provisoire, inspiré de ceux bâtis à Wuhan dans l’urgence quelques mois auparavant, a porté sa capacité à 5.500 lits. En début de semaine, la Suède, dont la décision de ne pas confiner la population fait débat, a ouvert en début de semaine un hôpital de campagne pouvant accueillir 600 patients graves. Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires s’activent pour bâtir cinq hôpitaux de campagne dans le cadre du plan Nightingale («Rossignol», en français).

Madrid: 18 heures pour monter un hôpital de 1.300 places

Pour autant, si dans le cas de l’hôpital madrilène, on montrait que chacun des 1.300 premiers lits disposaient de sa propre bouteille d’oxygène, le site bâti dans l’urgence a rapidement été rattrapé par le manque de matériel et de personnel. Moins de dix jours après son ouverture, des médecins et des infirmières dénonçaient «un désastre» dans des propos relatés par le quotidien El Pais. Fustigeant les conditions de travail et l’entassement des patients, le personnel soignant de l’hôpital de campagne relate l’impossibilité de doucher les malades ou l’absence de matériel le plus basique, comme les pieds à sérum utilisés pour suspendre les sacs de perfusion, remplacés par des manches à balai…

La gestion de la pandémie de Covid-19 ne relève donc pas seulement de la capacité à ouvrir des lits, mais aussi à les équiper convenablement. À ce titre, la stratégie française de déplacement des malades plutôt que de construction de structures provisoires, qui semble tape-à-l’œil à certains, n’est peut-être pas un si mauvais calcul.

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Agnès Buzyn, France, Covid-19
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