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«Tous dans les champs!» Quel a été le résultat de cet appel ministériel, censé pallier la pénurie de main-d’œuvre agricole liée à la crise du Covid-19? Le Nouveau Monde agricole français est-il né? Mickaël Jacquemin, directeur général de l’ANEFA, et Bernard Lannes, président de la Coordination rurale, donnent leur avis à Sputnik.

Au début de la pandémie de Covid-19, 200.000 personnes manquaient «à court terme» pour la récolte des primeurs, notamment des fraises, des tomates et des asperges. Ayant compris que les frontières allaient rapidement être fermées, les syndicats agricoles, le ministère de l’Agriculture, le ministère du Travail et Pôle Emploi ont décidé de mettre en place la plateforme «Des bras pour ton assiette», afin de faire face au manque de saisonniers. Cet effort institutionnel a-t-il payé?

«Un paysan à sa charrue vaut mieux qu’un noble dans la rue»

Mickaël Jacquemin, directeur général de l’Association Nationale pour l’Emploi et la Formation en Agriculture (ANEFA) confirme que «dès le début du confinement, la profession agricole a été très inquiète», puisque personne ne savait comment le Covid-19 allait se propager. Cette inquiétude, comme le précise le directeur, concernait l’absentéisme «lié à la maladie» et aux «salariés qui avaient la charge de garder leurs enfants».

La plateforme «Des bras pour ton assiette», largement relayée, chacun des co-créateurs en ayant fait une promotion active, a permis de rapidement recruter 300.000 candidats qui souhaitent «venir travailler à la campagne, pour l’activité agricole

«Sauf que bon nombre de ces candidats n’étaient pas mobiles, comme, par exemple, 30.000 candidats “parisiens”. Sans parler d’un nombre de candidats qui n’ont pas pris conscience de la difficulté des travaux agricoles», souligne Mickaël Jacquemin.

Effectivement, sans «habitude» de ce travail qualifié de «pénible» par le directeur général de l’ANEFA, sans la «corpulence nécessaire», une journée «dos courbé» dissuade les candidats non qualifiés, qui ne reviennent plus le deuxième jour.

L’enthousiasme pour le travail agricole a ses revers

Bernard Lannes confirme cette situation. Le président de la Coordination rurale, un syndicat d’agriculteurs, cite «240.000 demandes pour 200.000 offres», mais reste amer sur le résultat: «Cela n’a pas marché du tout. Résultat des courses, on a eu 100.000 emplois pourvus. Les agriculteurs disaient: j’embauche 50 [ouvriers, ndlr] lundi, et vendredi je n’en ai plus que deux. Ils n’étaient ni rentables, ni formés pour ça.»

«On est sur un produit fragile, pas si facile que ça à cueillir, avec un geste technique à acquérir. Certains producteurs ont rencontré ce type de difficulté. Les asperges sont à cueillir à la bonne longueur et le bon jour pour être commercialisées», rappelle Mickaël Jacquemin.

Malgré l’effort de l’Agence, sur les 55 jours de confinement «bon nombre d’employeurs n’ont pas embauché ou pas embauché autant que d’habitude», par peur de ne pas pouvoir commercialiser la marchandise.

Les saisonniers étrangers reviennent

Résultat: des pertes dans les champs. Mais une partie des employeurs ont «étés satisfaits du dispositif», soulignant l’abondance de candidats, même si «certains n’ont pas pu poursuivre l’aventure» à la fin de leur chômage partiel.

«Plus de 15.000 saisonniers supplémentaires ont étés trouvés soit par la plateforme spéciale crise “Des bras pour ton assiette”, soit sur le site “L’agriculture recrute”», informe le directeur général de l’ANEFA. 

La France est encore loin de la décision de l’Italie, qui projette de faciliter l’obtention du permis de séjour temporaire pour les travailleurs sans papiers, «indispensables aux secteurs de l’agriculture ou encore des services à la personne». Cependant, en France, la tradition de puiser une partie de la main-d’œuvre saisonnière dans les pays frontaliers, Espagne ou Portugal, ou de compter sur l’offre européenne, de Pologne ou de Roumanie, ne risque pas de disparaître de sitôt.

«Tous les ans, on a une réelle difficulté à recruter. Pour pallier cette difficulté, bon nombre d’employeurs font appel à de la main-d’œuvre étrangère», décrypte pour Sputnik Mickaël Jacquemin.

La situation fait enrager le président de la Coordination rurale, qui rappelle qu’au printemps, les producteurs ont perdu «énormément» de production. «Et pendant ce temps-là, on voit tout d’un coup: Angela Merkel et les Allemands – comme on a un décalage de 15 jours sur la production de primeurs – sont allés en Roumanie et ont “redirigé” les ouvriers sur leurs grandes fermes. Et ça a marché pour eux! Résultat, la France ne produisait à la consommation que 40% de fraises, le reste, c’est de l’exportation», tempête Bernard Lannes.

«Le coronavirus a mis en exergue le fait que si on ferme la frontière, ça ne marche plus», martèle le chef de la Coordination rurale.

Grâce à la plateforme institutionnelle et à l’emploi de proximité, la France a réussi à sauver une partie de sa récolte, mais le monde rural nouveau n’est pas né, puisque, comme l’assure Bernard Lannes, «on est bien loin de la qualité de travail des Polonais formés, qui restent trois mois et assument, étant payés sur le rendement sur la base du SMIC».

«“Les bras pour ton assiette” est une escroquerie intellectuelle, avec la complicité du syndicat co-gestionnaire [FNSEA, ndlr]. Ils ont mis en place cette plateforme avec une arrière-pensée d’“uberisation”, pour qu’une partie de la main-d’œuvre qui leur échappe passe par elle», s’insurge Bernard Lannes.

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Association Nationale pour l’Emploi et la Formation en Agriculture (ANEFA), agriculture, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Coordination Rurale
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