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L’enquête judiciaire à l’encontre d’Édouard Philippe, d’Agnès Buzyn et d’Olivier Véran est finalement ouverte. Neuf plaintes à l’encontre du gouvernement, sur 90 déposées, ont été transmises au Parquet. Mais au-delà de ces têtes ministérielles, l’avocat Fabrice Di Vizio entend bien pousser l’administration à rendre des comptes. Entretien-choc.

Buzyn, Philippe et Véran, une brochette ministérielle sur le grill de la Justice?

Mardi 7 juillet, François Molins, procureur général près la Cour de cassation, a annoncé dans un communiqué l’ouverture par la Cour de justice de la République (CJR) d’une enquête judiciaire pour «abstention de combattre un sinistre» –dans le cadre de la gestion du Covid-19– à l’encontre de l’ex-Premier ministre, de l’actuel ministre de la Santé, ainsi que de son prédécesseur. Si cette annonce n’est guère surprenante, puisque le magistrat avait annoncé le 3 juillet dernier la transmission au Parquet de neuf plaintes, le fait qu’un ministre en fonctions soit trainé devant les tribunaux l’est beaucoup plus.

«Pour la première fois de l’Histoire, on ouvre une instruction judiciaire pendant et pas après la crise!» se félicite au micro de Sputnik France Me Fabrice Di Vizio, l’avocat à l’origine de plusieurs des plaintes retenues.

S’étant lui-même constitué partie civile, cet avocat, spécialiste de la défense des professionnels de santé, nous confie espérer que de telles démarches judiciaires permettront de provoquer un «électrochoc» au sein d’une administration publique française qui est à ses yeux «totalement déconnectée du réel» et donc «irresponsable».

«Si c’est bien la responsabilité d’un système, alors il faut faire le procès de ceux qui le composent et que 30.000 morts plus tard, on ait des condamnations exemplaires! Il faut qu’il y ait des sueurs froides de la part des dirigeants administratifs pour qu’enfin ils se comportent en responsables!», assène l’avocat plaignant.

Celui-ci n’exclut pas d’ailleurs d’élargir ses démarches au Parlement. Me Di Vizio souligne en effet que les politiques de «casse de l’hôpital» ont, avant d’être mises en œuvre par de hauts fonctionnaires, été approuvées par la représentation nationale, tant sous l’égide de la droite que de la gauche.

Notre interlocuteur ne mâche pas non plus ses mots face à la reconduite d’Olivier Véran dans ses fonctions de ministre des Solidarités et de la Santé, «celui qui est à l’origine immédiate de 30.000 morts», ne craint-il pas d’affirmer.

«Toute notion de responsabilité a été complètement effacée dans l’administration.»

Un maintien qui, à ses yeux, constitue un «affront terrible pour les familles des victimes.»

«Sur le plan de la morale publique, on est face à un énorme problème. Un ministre mis en cause devant la Commission des instructions…»

Fabrice Di Vizio espère toutefois que le choix de Jean Castex comme Premier ministre reflète une réelle volonté d’Emmanuel Macron de mettre au pas une administration en roue libre. En somme, qu’enfin le politique reprenne l’ascendant sur une administration trop rebelle à son goût.

«On est condamné, inévitablement, à avoir encore 40, 50, 100.000 morts. Cette épidémie n’aura été qu’un avertissement, on en aura d’autres, bien plus graves, bien plus mortelles et on ne saura pas y faire face parce que structurellement, on en est incapables et parce que toute notion de responsabilité a été complètement effacée.»

En guise d’illustration de cette administration bien décidée à ne rendre de comptes à personne, l’avocat avance le cas d’Agnès Buzyn, contre laquelle il avait porté plainte dans le cadre de la pénurie et des commandes de masques de protection respiratoire.

«Ces choses-là ne remontent pas au ministre» finissait par lâcher Buzyn, lors de son audition fin juin devant la commission d’enquête parlementaire, à propos des informations relatives au stock de masques ou de la dépendance chinoise de la France en la matière. Le gouvernement a-t-il «capitulé devant son administration?» s’interrogeait notamment le Figaro dans la foulée d’une telle déclaration. Durant l’audition, aucun député n’avait pris la peine de rappeler à la principale intéressée que son statut l’empêchait de plaider l’irresponsabilité…

Face à cette asphyxie administrative, l’ex-ministre avancera qu’«il faut une agence dédiée aux crises en général». Un dégagement en touche qui n’étonne en rien Fabrice Di Vizio:

«Quand on a un problème en France, on crée une autorité administrative. Parce que viscéralement, c’est inscrit dans les gènes institutionnels français. On ne peut pas, on ne sait pas faire autrement.»

Pour l’avocat, durant la crise sanitaire, l’administration ne fut pas la solution, mais le problème. «Nous avons perdu la notion de l’efficience», regrette-t-il. Et d’accuser Agnès Buzyn de n’avoir que multiplié des réunions face à la menace pandémique. Une réaction parfaitement inenvisageable dans un secteur privé, pourtant tenu à l’écart de la gestion de la crise: «LVMH a réussi en un week-end là où l’administration a failli en quatre mois», rappelle pourtant Me Di Vizio.

«Nous avons perdu la notion de l’efficience»

Le célèbre groupe de luxe avait en effet réorganisé une partie de son outil industriel afin de produire massivement et gratuitement du gel hydroalcoolique pour les hôpitaux, alors que la filière de production était déstabilisée par l’explosion de la demande et… un certain manque d’anticipation.

à l’heure où le nombre de cas explose dans le monde (plus de 200.000 nouvelles contaminations constatées ces dernières 24h), la fête pourrait être gâchée avant l’automne. Plusieurs dizaines de cas graves importés d’Algérie ont été recensés ces dernières semaines dans les hôpitaux de métropole, faisant planer le spectre d’une résurgence de la pandémie dans l’Hexagone. Des patients qui, vu leur état de santé, étaient –selon les infectiologues– forcément déjà malades lors de leur retour en France, où ils n’ont rencontré aucun contrôle.

«Vous pouvez être sûrs que si le problème n’est pas réglé dans les quinze jours, je vais m’y intéresser de près. […] ce sera l’objet d’une autre plainte!» nous assure l’avocat, qui visiblement ne veut rien lâcher, rappelant que c’est exactement grâce à cette absence de volonté de mettre en place des contrôles aux frontières que le virus s’était invité en Europe.

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Agnès Buzyn, France, Covid-19
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