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Fessenheim, la doyenne des centrales nucléaires françaises, va fermer. Une décision difficilement compréhensible au regard des enjeux environnementaux et sociaux. François Béringer, vice-président de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach, témoigne pour Sputnik du désarroi de toute une partie de l’Alsace face à cette décision.

Longtemps annoncée, espérée d’un côté et crainte de l’autre, la fermeture des deux tranches de la centrale de Fessenheim est actée depuis le 29 juin 2020. Emmanuel Macron met donc la clef sous la porte du site de production énergétique alsacien, premier spécimen de la filière nucléaire imposée par un de Gaulle soucieux de l’indépendance énergétique de la France.

Une «mort» accueillie par le pouvoir politique dans un silence gêné. Une attitude qui relance de nombreuses questions sur le devenir du site et la viabilité économique de ce territoire de la vallée rhénane. Pour y répondre, Sputnik s’est entretenu avec François Béringer, maire de Blodelsheim –commune riveraine de la centrale de Fessenheim–, ancien président de la communauté de communes de l’Essor du Rhin et actuel vice-président de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach.

L’élu de terrain, qui a assisté à l’édification de la centrale, est aussi devenu le témoin de son dernier battement de pouls avant le démantèlement promis. Un crève-cœur pour celui qui se fait l’écho de sombres inquiétudes émises par ses administrés et la crainte d’une friche industrielle d’ampleur.

M. Béringer rappelle à Sputnik que «la fermeture de cette centrale s’est inscrite dans l’une des promesses de campagne de François Hollande, alors candidat à la présidence de la République française.»

En effet, arrivé au pouvoir avec l’appui des mouvances écologistes, l’ancien chef du parti socialiste tint à concéder un geste fort à leur égard, tout en profitant de l’émotion causée par la catastrophe nucléaire de Fukushima.

François Béringer rappelle que la politique de transition énergétique qu’Angela Merkel a lancée en 2009 a influencé de manière non négligeable le pouvoir politique français (l’Alsace étant région frontalière de l’Allemagne pour rappel), à la fois pour la fermeture de ce site, mais aussi sur son devenir, ce qui tout aussi problématique. Et ce d’autant plus fortement que les Grünen (les verts en allemand) ont exercé durant ces mêmes élections législatives une forte poussée électorale dans le Bade-Wurtemberg, Land voisin de la région Alsace.

Le décor était ainsi planté: entre l’émotion du drame de Fukushima, le plan de transition énergétique allemand –et non écologique, une nuance pourtant passée inaperçue–, le lobbyisme des écologistes allemands, le vote symbolique de la ville de Strasbourg à l’encontre du site, le calcul politicien pour la Présidentielle française, le sort de Fessenheim était désormais scellé.

Une centrale sacrifiée sur l’autel des petits arrangements électoraux

À l’heure où l’on commence à disserter sur le fiasco de la politique de transition énergétique allemande, un échec économique –avec 160 milliards d’euros dépensés– et environnemental, avec la réouverture d’usines à charbon et à lignite pour compenser l’intermittence des énergies renouvelables, il est assez stupéfiant que l’ordre d’arrêter l’activité de la centrale de Fessenheim eût été maintenu. Sauf à considérer, comme l’indique M. Béringer, que

«La raison de cet acte est d’ordre politique plus qu’écologique ou sécuritaire. D’autant que l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) avait émis un avis globalement positif sur l’état de la centrale.»

Ce qui reviendrait à signifier que l’on a sacrifié sur l’autel des petits arrangements électoraux tout un site d’activité, lui-même générateur d’un large écosystème économico-social. Une décision d’autant plus surprenante que, comme l’exprime le vice-président de la communauté de communes du Pays Rhin-Brisach, la zone de Fessenheim est idéalement située dans l’axe rhénan, avec des dessertes routières, ferroviaires et fluviales de premier ordre. Et de continuer à exprimer son désarroi devant le fait qu’aucun plan de revitalisation de la zone n’est encore prévu, alors que le démantèlement risque de prendre énormément de temps: on évoque cinq ans.

Certes, il y a bien ce fameux technocentre de recyclage des métaux, qui pourrait agréger tout un nouvel écosystème autour de lui, mais pour l’heure, François Béringer nous indique que rien n’est encore arrêté et que les pressions –notamment d’outre-Rhin– sont fortes pour que le projet ne démarre pas. Et l’homme, membre du HCTISN (Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire), de déplorer que cette perspective s’assombrisse pour complaire toujours et encore à des voisins pourtant peu regardants quant à leurs propres émissions de gaz à effet de serre.

Quel sera donc l’avenir de la région de Fessenheim? On envisage une zone d’activité économique attractive pour TPE/PME, une zone écotouristique ou encore une usine de biocombustible bois, mais rien n’est décidé, alors que le chronomètre du démantèlement industriel est déjà lancé.

L’élu ne manque pas, avec un certain émoi dans sa voix, de partager son émotion en se disant que:

«C’est comme arriver à la dernière page d’un livre et que l’on sait qu’il n’y aura plus rien après.»

C’est peut-être là tout le drame de Fessenheim: l’histoire d’une ambition de l’excellence industrielle à la française désormais fanée, des administrés piégés, des commerçants dépités, des collectivités locales trahies et tout un bassin d’emploi à reconstruire, dans un contexte d’incertitudes multiples. N’est-ce pas là trop cher payé pour de basses manœuvres politiciennes sans lendemain? Mais il est vrai qu’à plus de 500 kilomètres de là, sous les lambris et les ors de la République, personne ne verra et n’entendra ce coin d’Alsace pleurer sa centrale: la bonne conscience sera sauve.

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Tags:
centrale nucléaire de Fessenheim, énergie nucléaire
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