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La France offre 120 respirateurs à l’Inde. Un beau geste au vu de la pénurie dont avait souffert l’Hexagone lors de la première vague de Covid-19. Depuis le début de la pandémie, la France a multiplié les marques de générosité à l’égard d’un pays désormais considéré comme stratégique dans la zone d’influence indopacifique. Analyse.

Après la diplomatie du masque des Chinois, la diplomatie du respirateur des Français?

En mars, la Chine avait envoyé un million de masques en France. Le 27 juillet, l’ambassade de France annonçait l'envoi à l’Inde d’«un ensemble exceptionnel pour soutenir la lutte de l’Inde» contre le Covid-19. En tout, 50.000 masques et 50.000 kits sérologiques, mais surtout de 120 respirateurs, acheminés par un A330 de l’armée.

​L’information n’a trouvé que tardivement un écho dans la presse française. N’était-ce pourtant pas Emmanuel Macron qui s’était agacé fin mars, devant la presse italienne de la non-couverture de l’aide franco-allemande aux pays européens, a contrario de celle des Chinois et des Russes? Bien que les besoins de l’Inde, avec son milliard d’habitants et ses 50.000 nouvelles contaminations par jour, soient pléthoriques, il s’agit pourtant bien d’un geste non négligeable de la part de la France.

Le manque de respirateurs avait conduit au tri des patients

En effet, au plus fort de la crise du coronavirus dans l’Hexagone, le manque de ces mêmes respirateurs dans les services de réanimation avait mené à un tri des patients les plus gravement atteints. Un tri notamment formalisé à la mi-mars par une circulaire de l’Agence Régionale de Santé (ARS) d’Île-de-France dénichée par Le Canard enchaîné, qui reste encore aujourd’hui une question totalement taboue. Principal argument avancé durant la crise quant à la non-admission des patients les plus âgés dans les services de réanimation: le traumatisme provoqué par l’intubation.

Une problématique que semble écarter - du moins pour les patients légers - le Yuwell 830, dont 70 exemplaires ont été offerts à New Delhi, grâce à une ventilation non invasive. Les 50 autres sont des 50 Osiris-3, qui correspondent aux modèles commandés fin mars par le ministère de l’Économie et des Finances à Air Liquide (fabricant du modèle) qui, pour honorer la commande dans l’urgence (50 jours), s’était allié à PSA, Valeo et Schneider Electric.

Un modèle frappé par la polémique, lorsqu’un peu moins d’un mois plus tard, Radio France révélait que 8.500 des 10.100 appareils commandés s’avéraient être inadaptés pour soigner les patients atteints du Covid-19. Moins complexe à assembler que les 1.600 Monal T60 qui complétaient la commande gouvernementale, l’accent avait été mis sur la fabrication de modèles portatifs. «Au mieux, on peut s’en servir pour transporter un patient une demi-heure pour un scanner, mais c’est le maximum qu’on puisse demander à cet appareil», expliquait à France Inter le Dr Yves Rebufat, anesthésiste et réanimateur au CHU de Nantes.

Un inconvénient qui n’avait guère touché le gouvernement:

«à l’heure où l’on compte plus de 5.000 malades en réanimation, l’heure n’est pas à la polémique sur les prétendus excès de moyens engagés par le gouvernement pour protéger les Français» avaient balayé, dans une mise au point, Olivier Véran et Agnès Pannier-Runacher.

Moins dans la condescendance, l’entreprise Air Liquide avait défendu son modèle, soulignant la «polyvalence» et la facilité d’utilisation d’un appareil utilisé depuis 20 ans [1998, ndlr], ayant «toutes les caractéristiques pour traiter les patients Covid intubés». En somme, l’Osiris pouvait, sous certaines conditions, être adapté aux services de réanimation, «moyennant des procédures que nous donnons aux soignants», précisait l’industriel.

L’Inde recevra aussi 200 millions d’euros de la France

Les ventilateurs ne sont pas le seul coup de pouce français à l’Inde en cette période ou la 2e vague de Covid-19 se profile en France. Début mai, l’Agence française de développement (AFD) allouait un prêt de 200 millions d’euros à l’aide aux plus vulnérables en Inde, à la suite d’un entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Modi le 31 mars. Toujours en mai, la France annonçait qu’elle augmenterait de 50% le nombre de bourses d’études pour les jeunes Indiens souhaitant intégrer un cursus français.

«Face à l’incertitude induite par la pandémie, la France souhaite renforcer son partenariat stratégique avec l’Inde, dans le domaine nucléaire et dans le domaine de la défense», note un rapport du Sénat daté de ce mois de juillet 2020, qui définit l’Inde comme étant l’«un des axes déterminants» de la stratégie de Paris en indopacifique. Hasard du calendrier? Le vol de l’avion de transport chargé d’aide médicale coïncide avec le départ des cinq premiers Rafale commandés par l’Inde en septembre 2016, qui ont décollé lundi 27 juillet de Mérignac.

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Rafale, Inde, Covid-19
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