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Le gouvernement envisage des mesures de plus en plus sévères pour tenter d’endiguer la propagation du virus. Le confinement généralisé serait même la piste privilégiée par l’exécutif. Pour le Président d’honneur de la Fédération des médecins, il est urgent de frapper fort au vu de la situation dans les services hospitaliers. Diagnostic.

Vers un confinement généralisé pour au mois quatre semaines? Parmi les différentes réponses de l’exécutif français à la montée du nombre de cas positifs au Covid-19, ce 27 octobre, c’est la mesure la plus radicale qui tient la corde, souligne Europe 1. La veille encore, Emmanuel Macron et Jean Castex n’envisageaient, selon Le Figaro, qu’une remise sous cloche d’une partie du territoire et un couvre-feu renforcé.

Sur les plateaux de télévision, le ton n’est clairement plus le même que cet été: «la situation se tend d’heure en heure dans les hôpitaux franciliens», déclarait notamment ce 27 octobre Aurélien Rousseau, directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France. Lundi 26 octobre, ce ne sont pas moins de 52.000 nouvelles contaminations qui ont été détectées.

«On est sur le fil du rasoir» dans les services de réanimation des hôpitaux franciliens, confirmait auprès de Sputnik Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la Fédération des médecins, le 27 octobre en début d’après-midi. «On est en train de retarder des opérations du col du fémur de trois jours parce qu’on n’a pas de place!», témoigne-t-il.

«On ne peut pas se permettre d’attendre les résultats du premier couvre-feu et des conséquences des vacances scolaires. Il faut absolument freiner cette épidémie. Un couvre-feu les week-ends et plus tôt dans la journée en semaine s’impose!, réagit Jean-Paul Hamon, le virus était présent et n’attendait qu’une occasion pour se répandre.»

Jusqu’à ce 27 octobre, le renforcement du couvre-feu à de nouvelles plages horaires et toute la journée les week-ends était sur la table. En vigueur depuis le 16 octobre à partir de 21h, celui-ci pourrait débuter dès 19h. En Guyane, il débute à 17h depuis plus de quatre mois. S’il a permis de diminuer le taux de reproduction du virus, il ne l’a toutefois pas fait passer sous la barre des 1,1.

Mais devant l’ampleur de la menace, le gouvernement envisagerait donc de franchir la «ligne rouge d’Emmanuel Macron», selon les mots d’Europe 1, à savoir un confinement total du pays.

Pourtant, des mesures plus ciblées sont aussi à l’étude, comme des reсonfinements locaux ou, un degré en dessous, la fermeture de lieux recevant du public tels que les écoles et les universités.

Confinement, la «ligne rouge» franchie?

Une dernière option qui séduit Jean-Paul Hamon. Bien qu’il faille à ses yeux «absolument prendre des mesures sanitaires plus importantes» pour endiguer la pandémie, le médecin redoute les conséquences économiques et sociales d’un reconfinement pur et simple. Ainsi, s’il préconise d’aller dans le sens d’une fermeture des écoles secondaires et des universités, «partout où l’on peut se permettre de travailler à distance», il souligne que «beaucoup d’enfants prennent du retard» dans le cas de fermetures d’écoles primaires, «on s’aperçoit qu’il y a des familles qui n’ont pas les moyens d’assurer un téléenseignement», insiste-t-il.

Pour l’heure, rien n’aurait encore été tranché. Un double Сonseil de défense sanitaire doit se tenir ces 27 et 28 octobre. En cette fin d’après-midi du 27, le Premier ministre doit consulter les représentants de l’opposition et les présidents des deux chambres, ainsi que les partenaires sociaux. «Si le président a vidé son agenda, que les partis politiques et les syndicats sont reçus, ce n’est pas pour annoncer des modulations comme des changements d’horaires», indique à Europe 1 un conseiller de l’exécutif, semblant valider la thèse du confinement général. Mercredi 28, les ministres concernés seront convoqués afin d’être «informés de ce qui aura été décidé», détaillait Le Figaro dans son article du 16 octobre.

​Du côté de certains médecins, on s’indigne que le gouvernement ne s’attelle que maintenant à renforcer des mesures sanitaires. «On nous a opposé tout un tas de fausses raisons», «il y a eu énormément de conneries dites», s’emporte dans une vidéo postée sur Twitter le docteur Jérôme Marty. Pour lui, cette situation sanitaire en France «résulte de l’absence de mesures prises très en amont». Dans son collimateur, tant la communication gouvernementale depuis le déconfinement que les propos tenus par les médecins dits «rassuristes», qu’il tient pour partie responsables.

La pandémie a pris «une tournure exponentielle»

L’heure n’est pas à la polémique, mais à l’action, estime pour sa part Jean-Paul Hamon, qui reconnait les couacs gouvernementaux sur les masques en début de crise et les tests au mois de septembre. «L’épidémie, qui jusqu’ici était en train de monter régulièrement, mais de façon contrôlée, a pris une tournure exponentielle», souligne-t-il. «Il y a eu un moment, cet été, où tout le monde pensait que l’on contrôlait la chose», ajoute ce médecin qui n’a eu de cesse d’insister sur l’extrême contagiosité de cette maladie, dont tous les malades ne développent pas de symptômes. «Trois personnes étaient asymptomatiques, cela s’est soldé par 54 cas», relate-t-il, reprenant le cas d’un bar à Quiberon «transformé en boîte de nuit.»

«J’ai le cas d’une famille qui s’est réunie à huit parce qu’une fille partait à la Réunion. L’un d’eux était positif asymptomatique, ils sont tous contaminés. Donc les fêtes de famille, les réunions en milieu fermé, les restaurants où ne sont pas respectées les mesures barrières: tout cela doit être fermé!»

Dès la fin septembre, deux Nobel d’économie avaient suggéré un reconfinement un mois avant les fêtes de Noël afin de pouvoir en profiter. Pur altruisme? Pas tout à fait. Les commerces réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires annuel dans les deux derniers mois de l’année. Cette part va par exemple jusqu’à 50% pour les bijouteries. Une période qui représente 20% du chiffre de l’industrie agroalimentaire. L’hôtellerie n’est pas en reste, soulignait-on dans les médias fin 2019 pour chiffrer l’impact du mouvement des Gilets jaunes. Pour Jean-Paul Hamon, il va cependant falloir serrer les dents bien au-delà des fêtes, Noël et le réveillon étant visiblement à faire passer par pertes et profits.

«Il faut tenir, au moins, jusqu’au mois de mai. C’est la version optimiste, parce que ce virus on ne le connaît pas! On ne s’attendait pas à une reprise aussi importante de l’épidémie, cela surprend tout le monde.»

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France, Covid-19
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