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En France, l’extrême pauvreté s’accentue. C’est le constat inquiétant que dresse le Secours catholique dans une enquête. L’ONG tire donc la sonnette d’alarme et préconise la création d’un revenu minimum garanti. Sputnik fait le point sur la situation avec Jérôme Vignon, ancien directeur l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale.

«Avec 2 à 9 € de reste pour vivre par jour et par personne, qui serait en capacité de boucler son budget?»

Dans son rapport annuel publié jeudi 12 novembre, le Secours catholique s’inquiète de l’augmentation de la grande pauvreté en France. Une tendance qui devrait s’accentuer avec les effets délétères de la crise sanitaire et du confinement.

Selon Christelle Dubos, secrétaire d’État auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, 8 millions de Français pourraient avoir recours à l’aide alimentaire en 2020. Des projections qui font d’ailleurs dire à Véronique Fayet, la présidente du Secours catholique, dans Le Parisien, que «La France franchira la barre des dix millions de pauvres en 2020». Or, en 2018, la France comptait 9,3 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté monétaire, soit 1.063 euros par mois, selon les chiffres de l’INSEE.

Dix millions de pauvres en 2020?

Dans son étude, réalisée sur un échantillon représentatif de 55.400 ménages, le Secours catholique révèle que plus de la moitié des ménages accueillis par l’ONG disposent de «moins de neuf euros par jour de reste pour vivre par personne.» Pis, un quart des ménages pris en charge disposent de moins de 4 euros par jour. Au total, ce sont 4 ménages sur 10 qui n’arrivent pas à couvrir leurs dépenses alimentaires quotidiennes.

Une situation financière qui les pousse à réaliser des arbitrages dans leurs dépenses: «Alors, il faut jongler en permanence, trouver des solutions. Il faut se priver, se serrer la ceinture sur tout, ne chauffer qu’une pièce sur deux», explique l’ONG.

​Interrogé par Sputnik, Jérôme Vignon, ancien directeur de l’Observatoire de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES), rappelle que la pauvreté monétaire est restée à peu près stable en France entre 2009 et 2017. «Elle a augmenté d’un point par rapport à 2008 à cause de l’effet de la crise. Puis, elle a de nouveau augmenté de presque un point en 2019», précise-t-il.

«Il y a plutôt une stabilité du niveau de pauvreté général, avec une augmentation de ceux qui sont très pauvres», observe l’ancien directeur de l’ONPES.

Comme il explique, la principale cause de cette augmentation est liée au «marché du travail» et à la «persistance d’un chômage de longue durée important». «En 2019, 57,4% des adultes rencontrés sont inactifs, soit 12 points de plus qu’en 2015», détaille l’enquête de l’association. Un chômage qui a donc des répercussions sur les ressources des foyers.

«Le niveau de vie médian des ménages étudiés s’élève, lui, à 733 €, soit bien en dessous du seuil de pauvreté à 60% [du revenu médian, ndlr] (estimé pour 2019 à 1.074 €) et juste au-dessus du seuil d’extrême pauvreté à 40% [du revenu médian, ndlr] (716 € estimé en 2019)», écrit l’ONG.

L’autre cause de cette dégradation réside dans le profil des personnes qui ont eu recours à l’aide du Secours catholique.

«Accroissement spectaculaire du nombre d’étrangers»

En effet, la seconde cause de cette augmentation de la pauvreté, constatée dans les statistiques du Secours catholique, «c’est l’accroissement spectaculaire du nombre de personnes étrangères», observe Jérôme Vignon. «Près d’une personne accueillie sur deux est étrangère. Ce chiffre a augmenté de 3 points entre 2018 et 2019. Environ 30% en 2009, il passe 49% en 2019. Une part croissante des étrangers n’a pas de statut légal, près de 60% de ces étrangers accueillis par le Secours catholique n’ont pas de statut légal (sans papiers ou en attente de régularisation)», analyse-t-il.

«Si vous êtes étranger en situation irrégulière, vous ne pouvez pas vous inscrire pour avoir un logement, vous vivez dans des conditions très précaires, vous n’avez pas le droit au RSA, donc le filet de protection social français ne s’applique pas ou il s’applique a minima à travers la scolarisation des enfants ou l’aide médicale d’État (AME)», déplore Jérôme Vignon.

D’ailleurs l’ancien directeur de l’ONPES constate que l’année 2019, à laquelle s’attache l’enquête du Secours catholique, est celle où il y a eu le plus grand nombre de demandes d’asile enregistrées en France depuis une dizaine d’années. Un total de 132.614 requêtes ont été comptabilisées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) soit 7,3% de plus qu’en 2018.

«Le Secours catholique révèle un réel et grave problème, donc il propose qu’il soit résolu par un processus de régularisation», constate Jérôme Vignon.

Une position par ailleurs partagée par le Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE). «C’est aussi mon avis personnel. Mais la régularisation est une réforme drastique de l’ensemble du processus d’application du CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile)», prévient-il.

En cette période de crise, pour tenter d’endiguer de freiner la pauvreté en France, le gouvernement a annoncé qu’il allait débloquer 39 millions d’euros pour l’aide alimentaire aux plus modestes en avril dernier, et 55 millions en juillet. Suffisant pour changer la tendance? Rien n’est moins sûr. Dans Le Parisien, la présidente du Secours catholique a plaidé pour la création d’un «plancher social au niveau du seuil de pauvreté (890 euros pour une personne seule) pour que les gens se sentent vraiment en sécurité

Si Jérôme Vignon concède que cela peut représenter «un choc fort pour les finances publiques», néanmoins,

«Le relèvement des minimas sociaux, leur simplification et parallèlement la reconnaissance d’un statut d’activité nouveau pour les personnes qui sont à la recherche d’un emploi, cela me paraît être de très bonnes pistes.»

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Secours Catholique, pauvreté, crise économique, crise, Covid-19
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