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Affaire Michel, le producteur tabassé par des policiers à Paris (25)
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L’interpellation du producteur noir Michel Zecler était liée à son absence de masque et à l’odeur de cannabis émanant de son sac, selon les policiers qui l'ont tabassé. Alors que la victime affirme avoir été traitée de «sale nègre», les agents nient toute insulte raciste, relate Le Parisien, citant une source proche de l’enquête.

Une source proche de l’enquête a communiqué auprès du Parisien des détails des témoignages donnés par les quatre policiers ayant participé au passage à tabac du producteur noir Michel Zecler, dont la vidéo a rendu l’incident public. D’après cette source, les gardiens de la paix nient toute insulte raciste et relayent ce qui les a poussés à passer aux actes, lesquels ont été filmés par les caméras de vidéosurveillance.

La victime affirme de son côté avoir été traitée par les policiers de «sale nègre» lors de son passage à tabac. La vidéo montrant les faits est dépourvue de son. Selon le plus gradé des policiers, le brigadier T., une telle injure raciste ne fait pas «partie de son vocabulaire». Il affirme également qu’il aurait rédigé un rapport si ses collègues en avaient eu recours.

Quant aux motifs de l’interpellation, les policiers en garde à vue ont pointé le non-respect du port du masque par M.Zecler et une très forte odeur de cannabis qui émergeait de sa sacoche.

«Les policiers disent que leur seul objectif, c'était de le faire sortir de son local pour l'interpeller car ils pensaient que c'était à cause des stupéfiants qu'il voulait se soustraire au contrôle», toujours selon la même source.

En effet, un sachet avec une substance pouvant être de la résine de cannabis a été découvert le lendemain dans le studio du producteur. Cependant, il n’est pas possible de constater si cette quantité pouvait dégager une odeur suspecte.

Michel Zecler n’a été visé à cet égard par aucune poursuite judiciaire, la plainte qu’avaient déposée les policiers avait été classée sans suite.

La vidéo contredit les dires des policiers

Alors que les policiers affirment avoir été entraînés par la force par Michel Zecler dans le sas et qu’il leur aurait asséné aussi des coups en essayant d'empoigner l'une de leur arme à feu, les images contredisent ces propos. En outre, selon l'enquêtrice analysant la vidéo, «les effectifs ont pénétré dans le sas après l'entrée de monsieur Zecler». Et de poursuivre:

«La vidéo montre que les fonctionnaires ont tenté de maîtriser l'intéressé tout au long des faits sans succès et que M Zecler a reçu plusieurs coups de la part des policiers. Constatons également que M.Zecler ne se laisse en aucun cas maîtriser mais qu'il ne porte aucun coup aux fonctionnaires de police.»

Des renforts

L’IGPN se penche également sur la deuxième partie de l’interpellation du producteur, quand un grand dispositif de renforts policiers est arrivé comme s’il s’agissait d’une opération vaste contre le grand banditisme ou le terrorisme. Selon l’un des policiers en garde à vue, il a été pris de panique à la vue de neuf jeunes se trouvant dans le sous-sol du studio que Zecler avait appelés pour l’aider.

C’est après ceci qu’un quatrième policier a jeté une grenade lacrymogène dans le local.

En effet, celui-ci a expliqué avoir reçu de mauvaises informations sur l’intervention en cours. Il s’agissait «d’un ou plusieurs individus en fuite retranchés».

Ainsi, d’après l’avocat de ce gardien de la paix, «l’action [de ce dernier] s’inscrit dans un contexte extrêmement tendu avec beaucoup d’intervenants».

«Très clairement, lorsqu'il arrive, il ne sait pas qu'il s'agit d'une intervention pour un simple masque non porté. Il n'a pas été en contact avec le producteur. Il coopère avec les enquêteurs et ne cherche pas à se soustraire à ses responsabilités», précise l’avocat.

La garde à vue des policiers, prolongée le 28 novembre, peut durer jusqu’au 29, avant leur éventuelle présentation devant un juge d’instruction. Il est également envisagé de les confronter à la victime.

Passage à tabac du producteur de musique à Paris

Le producteur de musique Michel Zecler a été roué de coups par trois policiers dans l’entrée de son studio du XVIIIe arrondissement de Paris, samedi 21 novembre. C’est grâce aux vidéos des caméras de surveillance témoignant des actes de la police que le parquet de Paris a ouvert une procédure pour «violences par personnes dépositaires de l'autorité publique» et «faux en écriture publique», confiée à l'IGPN.

Les trois policiers qui ont participé au passage à tabac ont été suspendus, ainsi qu’un quatrième qui avait lancé dans le studio une grenade lacrymogène.

Cet incident a eu lieu le lendemain de l’approbation en première lecture par l’Assemblée nationale de la très controversée loi Sécurité globale dont l’article 24 interdit de filmer des membres des forces de l'ordre dans l'intention de nuire à leur intégrité «physique ou psychique».

Suite à plusieurs manifestations contre la loi Sécurité globale, le Premier ministre a annoncé le 26 novembre la création d'une commission indépendante chargée de réécrire l’article 24 dans le but de «respecter l’objectif poursuivi tout en dissipant tout doute sur le respect de la liberté d’informer». Une décision dénoncée par la suite par le Président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand ainsi que par celui du Sénat Gérard Larcher.

Dossier:
Affaire Michel, le producteur tabassé par des policiers à Paris (25)

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Tags:
loi Sécurité globale, racisme, Paris, violences policières
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