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L’arrivée des vaccins à ARN contre le Covid-19 suscite des craintes parmi la population. En cause, d’éventuels effets secondaires. Quels qu’ils soient, ces derniers ne pèseraient pas lourd face à la menace que représente la maladie pour les personnes à risques selon des médecins de de santé publique.

«La science, ce n’est pas l’omniscience.» Interviewé par BFM TV, Philippe Juvin, chef des urgences à l’hôpital Georges-Pompidou, revenait sur les zones d’ombre qui entourent les vaccins à ARN messager créés pour lutter contre le Covid-19.

Il admet qu’on manque de recul, notamment quant aux effets secondaires –propres à «tous les médicaments», temporise-t-il. Il avoue des doutes sur la durée de l’immunité induite par le vaccin. Malgré tout, l’anesthésiste-réanimateur parisien estime que la vaccination est à terme «la seule solution» pour «s’en sortir». Selon lui, toute personne dite à risque, susceptible donc «de développer une forme très grave et de mourir du Covid, a intérêt à se faire vacciner dès maintenant».

Bénéfice «patent» contre risques «hypothétiques»

Dans la balance bénéfice-risques, la forte létalité du virus chez les malades âgés ou présentant des comorbidités relativise les potentiels effets secondaires aux yeux du médecin. Une approche qu’embrasse le professeur Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la Faculté de médecine de l’université de Genève.

Face à une mortalité «qui avoisine celle qu’on a connue pour le SRAS» chez les patients de plus de 50 ans affectés de comorbidités, ce médecin de santé publique souligne les «énormes bénéfices par rapport aux risques potentiels» que représente un vaccin. En outre, la mortalité monte en flèche, avec l’âge des patients. Même quand ceux-ci sont exempts de comorbidités. Au début de l’épisode pandémique en France, 42% des patients admis en réanimation mouraient.

«Vous avez un bénéfice patent par rapport à des risques hypothétiques», insiste le professeur Flahault auprès de Sputnik.

Quant au fait de commencer la campagne de vaccination par les plus âgés, ce qui fait grincer des dents, le professeur Flahault rappelle une «évidence», à savoir que l’«on meurt plus à partir de 70 ans». En somme, il «va forcément arriver» que des personnes âgées décèdent dans les semaines suivant la vaccination. Cela n’attestera pas forcément une relation de cause à effet avec l’inoculation du vaccin, mais tiendra de la «loi de probabilités» selon lui.

Le spécialiste genevois évoque un précédent: la «relation fortuite observée» chez de jeunes vaccinés contre l’hépatite B qui ont développé des scléroses en plaques. Cette maladie ayant plus tendance à se développer «sans cause claire» parmi les jeunes adultes, «les premières victimes elles-mêmes et leurs familles ont pensé que c’était lié à la vaccination. On a pu démontrer que ce n’était pas le cas. Mais cela a pris du temps. Le vaccin s’en est trouvé discrédité», insiste-t-il.

En 2001, 700 cas d’affections démyélinisantes (attaquant les gaines protectrices des nerfs) du système nerveux central ont été signalés aux autorités françaises. «Le délai entre la dernière dose de vaccin et l’apparition des symptômes neurologiques allait de un jour à cinq ans (délai médian: soixante jours)», notait un relevé épidémiologique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fin 2002. L’institution internationale avançait trois postulats: une «coïncidence», un rôle de «déclencheur» du vaccin chez des «sujets prédisposés» à la sclérose et, enfin, un «lien direct de causalité».

Quand bien même plusieurs études ont réfuté la troisième hypothèse, des décisions de justice ont conclu à un lien de cause à effet. Les magistrats mettant en avant «l’incertitude scientifique» entourant ce vaccin.

«La seule arme», c’est la vaccination

Obligatoire pour le personnel soignant, ce vaccin contre l’hépatite B est brandi en exemple par le docteur Alexis Hautemaniere. Aux yeux de ce médecin hygiéniste et épidémiologiste exerçant au centre hospitalier d’Avranches-Granville (Manche), la vaccination contre le Covid-19 «devrait être obligatoire», dans la mesure où «l’on n’a pas de traitement thérapeutique, on n’a que des traitements symptomatiques». En l’occurrence, la réanimation.

Certes, il existe des traitements tels que la dexaméthasone (un anti-inflammatoire) ou les anti-coagulants qui contrent les effets de certaines formes graves. Mais «cela n’évite pas la totalité des complications et en particulier la complication ultime qu’est le décès», martèle-t-il.

«Tous les gens à risques ont effectivement intérêt à se faire vacciner. C’est la seule arme de prévention, sachant qu’on n’a pas d’arme thérapeutique», nous confie le docteur Alexis Hautemanière.

Celui-ci souligne: «Aujourd’hui, tous les vaccins peuvent engendrer une douleur réactionnelle.» Par exemple, «un syndrome fébrile, grippal». Quant aux effets secondaires à long terme, là encore la balance bénéfice/risques l’emporte. L’épidémiologiste évoque ainsi les 58.000 décès causés en France par la maladie en moins d’un an. À ses yeux, l’urgence interdit d’attendre des années afin d’observer la survenue d’éventuels effets secondaires.

Face aux rétifs, l’arme pédagogique

Pour rassurer la population, les autorités françaises entendent jouer sur la transparence. Par ailleurs, la campagne de vaccination débutera en janvier 2021, un mois après les premières vaccinations au Royaume-Uni et aux États-Unis. Celles-ci pourraient offrir un premier recul sur les effets secondaires.

«Quand le virus entre dans un établissement de santé ou un foyer, tout le monde l’attrape. Vous pouvez mettre en place toutes les mesures que vous voulez, quand vous fonctionnez en vase clos, tout le monde est contaminé», explique-t-il.

Le médecin appelle à «rester très humble» sur les connaissances à propos du SRAS-CoV-2: «La seule chose que l’on sache, c’est que la seule arme qu’on ait, c’est la vaccination.»

Selon un sondage IFOP publié par Le Journal du dimanche (JDD) fin novembre, 59% des Français eux refuseraient de se faire vacciner contre le Covid-19. Il est ainsi capital de faire de la «pédagogie», estime l’épidémiologiste d’Avranches-Granville, or «cela ne se fait pas en une minute trente au JT de 20 h». Il tient ainsi à rappeler certains fondamentaux en termes de biologie, notamment quant au recours à l’ARN messager (ou acide ribonucléique) dans le cadre d’un processus de vaccination. Cette technique sur laquelle se fondent les vaccins du laboratoire Moderna et de l’alliance Pfizer/BioNTech.

Au lieu d’être stimulé via l’injection d’un virus désactivé, le système immunitaire le sera directement par des cellules de l’organisme qui auront elles-mêmes synthétisé la protéine «Spike» propre à l’enveloppe du SARS-CoV-2. Un phénomène rendu possible grâce à l’injection du «codon génétique» correspondant à cette protéine.

En clair, au lieu d’injecter un virus sur lequel le système immunitaire «se ferait les dents», on donne temporairement à l’organisme le code permettant de simuler la présence du SARS-CoV-2. Ce qui déclenchera la même réaction immunitaire.

«On ne modifie pas le génome humain, ce n’est pas quelque chose qui va aller se greffer sur notre ADN. On injecte un morceau d’ARN qui a un temps de vie très court dans l’organisme. Le but? Simuler la présence du virus en intégrant une protéine caractéristique à la membrane d’une cellule. Ainsi abusés, les lymphocytes déclencheront la création d’anticorps», résume le docteur Hautemaniere.

La seule «zone d’ombre» à ses yeux demeure «la qualité de l’extraction du gène pour produire cette protéine». Sur ce point, notre intervenant s’en remet aux chercheurs. Il rappelle que, dans un tel domaine, la confiance est capitale. D’ailleurs, il ne tarit pas d’éloges quant aux essais cliniques menés par Pfizer/BioNTech ainsi qu’à propos de ceux du groupe pharmaceutique britannique AstraZeneca respectivement publiés par l’Agence américaine de sécurité du médicament (FDA) et The Lancet le 8 décembre. «Faire des essais sur 40.000 personnes, c’est significatif. […] On est dans le “nec plus ultra” de ce que l’on peut attendre d’essais thérapeutiques», insiste l’épidémiologiste.

«Huit personnes ont quand même contracté le Covid. En revanche, 162 l’ont eu dans ce que nous on appelle techniquement le bras placebo. Cela montre que, lorsque vous êtes vacciné, vous avez une division par vingt du risque de développer la maladie», analyse le docteur Hautemaniere à propos de l’étude Pfizer/BioNTech.

Les deux laboratoires avancent ainsi un taux d’efficacité de leur sérum avoisinant les 95%, une «performance extraordinaire pour un vaccin», surenchérit le professeur Flahault. S’il salue tout autant les résultats des études des différents laboratoires arrivés en tête dans la course au vaccin, l’épidémiologiste genevois se montre moins catégorique que son homologue français quant à l’obligation de vacciner la population.

L’ARN messager, une révolution en marche?

«On n’a pas à être catastrophé parce qu’une partie de la population ne veut pas du vaccin», insiste le directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.

«En soi, si les gens ne veulent pas se faire vacciner, cela ne pose pas un problème énorme. L’OMS avait dit qu’il serait bien que les pays riches n’accaparent pas toutes les doses dès le début et en laissent pour les pays plus pauvres afin que ceux-ci puissent vacciner leurs populations à haut risque. […] Si les 20% de personnes à haut risque dans nos sociétés se faisaient vacciner, on changerait radicalement le pronostic et donc le visage de cette maladie, car elle ne fait pas très peur à tous ceux qui n’en subissent qu’une forme bénigne.»

En revanche, pour le docteur Hautemaniere, la vaccination n’est pas qu’une question de protection individuelle. À ses yeux, la vaccination de masse est une chance à saisir. «L’épidémie peut carrément disparaître, à l’instar de ce qui s’est passé pour la variole», avec un taux de 70% de vaccination au sein de la population.

Au-delà de la question de la seule vaccination, «s’il continue à tenir ses promesses» ce nouveau type de vaccin à ARN messager «sera une avancée thérapeutique majeure à laquelle», estime le professeur Flahault. Un avis que partage le docteur Hautemaniere.

«L’autre espoir qu’il faut faire comprendre à la population, c’est que ce type de vaccin peut aussi prévenir le cancer: dès que vous isolez une protéine délétère dans votre organisme, vous pouvez en faire un vaccin», développe-t-il.

Mais, pour l’heure, l’épidémiologiste évoque une «troisième vague» en cours, soulignant la recrudescence des cas depuis le 15 novembre et un R0 qui devrait repasser au-dessus de 1. «Il faut s’attendre à une quatrième vague et peut être à une cinquième. L’année 2021 risque d’être compliquée», prédit le docteur Hautemaniere.

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