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Campagne de vaccination contre le Covid-19 en France (56)
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Un collectif de 30 citoyens et de cinq suppléants, tous tirés au sort, est désormais chargé de formuler des «observations» et des «propositions» sur la stratégie vaccinale de l’exécutif français. Une opération qui arrive tard, mais qui n’est pas dépourvue de mérites, selon le politologue Yves Sintomer.

La grande famille des organismes de santé français accueille ce 4 janvier un nouveau-né issu du peuple: trente membres et cinq suppléants tirés au sort forment désormais le collectif citoyen qui devra se prononcer sur la stratégie vaccinale. Un collectif qui arrive «un peu trop tard, avec beaucoup d’incertitude sur ses modalités d’organisation», estime le politologue Yves Sintomer, spécialiste de la démocratie participative.

Une instance de plus, sans poids décisionnaire?

«Sur le principe», estime-t-il, un collectif citoyen est «quelque chose de bienvenu». Mais son entrée en scène «extrêmement tardive», alors que les objectifs de la vaccination et ses modalités étaient déjà fixés depuis un mois, trahit l’improvisation gouvernementale.

«Il aurait été important d’avoir une instance citoyenne qui permette une réflexion démocratique sur la façon de faire face à la crise dès le début de la pandémie et pas seulement pour les vaccins», considère le politologue.

D’ailleurs, un mois plus tôt, une couche de plus s’était déjà ajoutée au mille-feuille administratif de la Santé: le gouvernement avait en effet annoncé la création du Conseil d’administration de la stratégie vaccinale.

​Un mille-feuille qui n’a, depuis le début de la pandémie, laissé «aucune place pour la participation citoyenne en dehors des manifestations de rue», souligne le politologue. L’absence «d’instance de participation» qui accompagnerait «un tel choc», lequel frappe depuis presque un an, est à ses yeux «proprement scandaleuse».

Collectif citoyen, outil de démocratie participative?

En novembre dernier déjà, Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique, plaidait en faveur des collectifs de citoyens, pour «que les gens comprennent pourquoi certaines décisions sont prises, de façon à rétablir la confiance.» Le gouvernement a-t-il voulu se rattraper? C’est en tout cas ce que pense Yves Sintomer:

«Ça donne l’allure d’être un coup de plus, largement improvisé, dans une situation difficile pour le gouvernement. Ça crée une suspicion de manœuvre électorale plus que d’une démarche forte», avance-t-il avec amertume.

Le collectif se devait d’être «représentatif de la diversité de la société française»: âge, sexe, niveau d’éducation, catégorie socioprofessionnelle et lieu de résidence, tous les critères devaient garantir une juste représentation de la «diversité de la société française». Entre cette démarche et une tombola, il n’y aurait selon certains détracteurs qu’un petit pas. Mais un pas qu’Yves Sintomer se refuse à franchir:

«En général, les choses sont bien faites, et je ne pense pas que la méfiance soit justifiée. L’institut de sondage [Harris Interactive, ndlr] qui l’a fait est compétent en la matière», rassure-t-il.

Le politologue tient néanmoins à préciser que «les jurys citoyens, les conseils citoyens, les conventions citoyennes ne sont pas de la démocratie directe», mais une «forme de représentation sociologique de la population.» Ce que la théorie anglo-saxonne appelle une «représentation descriptive».

Se décharger ou créer un paratonnerre?

Aussi Yves Sintomer efface-t-il d’un revers de la main la critique ou le soupçon en «incompétence» régulièrement formulée à l’encontre des collectifs citoyens. S’il s’agit «effectivement» de citoyens ordinaires, «comme vous et moi», ce groupe suivrait scrupuleusement le principe de la démocratie, en vertu duquel n’importe qui est en mesure, à l’issue d’une délibération, de se prononcer sur des questions complexes.

«L’expérience montre que lorsqu’on réunit un mini-public tiré au sort et qu’on lui donne accès à des auditions d’experts, à des documents balancés avec des points de vue différents, les discussions de qualité permettent d’avoir des points de vue diversifiés de la part des gens venant des mondes différents», conclut Yves Sintomer.

Il faut rappeler qu’il ne s’agit pas d’un simple club de discussion, puisque les citoyens tirés au sort pour le vaccin commenceront leurs travaux le 16 janvier prochain, avec pour objectif de rendre un premier rapport en juillet.

Dossier:
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Covid-19, vaccination, vaccin
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