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Lors d’un Conseil de Paris tendu, le 2 février, Rachida Dati a accusé une partie de la gauche de complaisance envers l’inceste et la pédocriminalité. Des propos qui ont choqué et mis fin à la séance. Plusieurs zones d’ombre planent pourtant dans l’entourage de la maire de Paris. Décryptage avec Danielle Simonnet, conseillère de Paris LFI.

Le 2 février, agitation maximale lors de la première séance du Conseil de Paris.

Alors que Nelly Garnier, une conseillère LR, réclamait la création d’«une commission présidée par une personnalité indépendante pour prévenir des abus de pouvoir et des violences sexuelles et sexistes», le débat a tourné court. Le rejet par la majorité socialiste du Conseil de la proposition, d’ailleurs publiée en amont sous forme de tribune dans Le Monde, appelant à «déconstruire le mythe de l’homme politique séduisant», a ensuite suscité de nouvelles réactions pour le moins vives. La maire LR du VIIe arrondissement, Rachida Dati, a ainsi laissé exploser sa colère au milieu de l’hôtel de ville, mettant directement en cause les élus de la majorité: «Gauche complice de pédophilie et d’inceste», a notamment pu entendre une assemblée indignée.

De l’autre côté de l’hémicycle, les élus de la France insoumise étaient des témoins en embuscade. Joint par Sputnik, Danielle Simonnet, conseillère du parti de Jean-Luc Mélenchon, rejette des accusations «à sens unique», mais reconnaît une erreur de la majorité, qui n’a pas daigné approuver une proposition essentielle:

«L’exécutif rejette quasi systématiquement les vœux qui viennent de l’opposition. Aussi, l’équipe de la maire de Paris a bien du mal à reconnaître ses fautes comme ses errements. Mon vœu demandant une formation à l’ensemble des élus et des collaborateurs a même été carrément retiré de l’ordre du jour, pour qu’au final, un vœu de l’exécutif la mette en place. J’ai pour ma part voté le vœu de Nelly Garnier», souligne l’élue du XXe arrondissement.

Danielle Simonnet appelle ainsi à n’instrumentaliser «ni la lutte contre la pédocriminalité ni celle contre l’inceste, comme si ces crimes ne concernaient qu’un bord politique ou un milieu social.»

«Gauche complice de pédophilie et d’inceste»: quand Dati choque le Conseil de Paris

Il faut dire que Rachida Dati n’avait pas retenu ses coups. «J’ai honte pour vous et pour cette gauche mondaine qui a tout couvert», avait lancé l’ancienne garde des Sceaux avant d’oser: «Pour la gauche, ce n’est jamais du viol, c’est de l’amour. Ce n’est jamais de la pédophilie, c’est de l’art.». Des accusations graves qui, si elles ont scandalisé les élus de gauche présents sur place et ont été massivement relayées, puisent leur source dans les récentes affaires liées à la Mairie de Paris.

Ces altercations interviennent en effet au moment où Christophe Girard retrouve les bancs du Conseil. L’adjoint d’Anne Hidalgo à la culture s’était vu contraint de démissionner en juillet 2020. Les membres du Conseil de Paris avaient manifesté contre sa présence en raison de ses proximités avec l’écrivain Gabriel Matzneff, accusé de viols sur mineurs.

Peu après, en août 2020, c’était au tour de Christophe Girard lui-même d’être accusé d’agressions sexuelles sur mineur de 16 ans. L’affaire a finalement été classée sans suite en raison de faits prescrits et Christophe Girard a donc pu progressivement revenir dans la vie politique, avant de faire son grand retour –fortement contesté par plusieurs élues, dont Danielle Simonnet– lors de l’audience du 1er février, restant toutefois à l’écart du groupe.

La Mairie de Paris entachée

Les faits d’abus de pouvoir et d’abus sexuels à la Mairie de Paris ne s’arrêtent malheureusement pas là. Ainsi l’élue LR Nelly Garnier a-t-elle avancé sur les réseaux sociaux que trois affaires avaient éclaté en à peine six mois dans l’entourage d’Anne Hidalgo. La dernière en date concerne Maxime Cochard, élu PCF dans le XIVe arrondissement, accusé de viol en réunion (par un jeune âgé de 18 ans au moment des faits) et mis en retrait de la vie politique par son parti. Enfin, autre membre de la Mairie de Paris, Pierre Aidenbaum, collaborateur d’Anne Souyris, l’adjointe à la Santé d’Anne Hidalgo, fait, depuis octobre, l’objet d’une enquête pour viol sur une militante écologiste.

Bien que cette succession de scandales touche principalement l’aile gauche de la municipalité, les abus ont également été soulevés et dénoncés par tous les bords. «Denis Baupin [ex-EELV, nldr], Christophe Girard [PS, nldr], Pierre Aidenbaum [PS, nldr], Maxime Cochard [PCF, ndlr] […] Ça commence à faire beaucoup et ça touche l’ensemble des formations politiques!» avait notamment réagi Danielle Simonnet (LFI), arguant que ces faits d’abus allaient au-delà des clivages politiques. L’affaire Darmanin témoignerait entre autres d’une omniprésence des abus de pouvoir.

La gauche, cible régulière?

La «standing ovation» auquel Christophe Girard avait eu droit lors de sa démission alimentent davantage, selon notre interlocutrice, les soupçons de complaisance.

«Tous les élus qui ont participé à la “standing ovation” commandée par le préfet Lallement en juillet en l’honneur de Christophe Girard feraient bien de faire preuve d’un peu plus d’humilité. Dans les camps d’Hidalgo comme de Rachida Dati, ils et elles étaient bien nombreux […] Indépendamment des affaires judiciaires qui n’auront pas lieu, Christophe Girard n’a toujours pas condamné l’apologie de la pédocriminalité de Matzneff», s’indigne Danielle Simonnet.

Si elle se réjouit que la parole se soit libérée «avec #Metoo #Metooinceste et #Metoogay», la conseillère municipale déplore que certains partis «se sentent extérieurs à la société». Les accusations de complicité qui visent la gauche sont pourtant une vieille rengaine réveillée, entre autres, par l’affaire Matzneff, écrivain que certains responsables sont soupçonnés d’avoir protégé et, bien entendu, par le cas Olivier Duhamel.

Véritable onde de choc, la révélation d’inceste sur son beau-fils –révélée par la sœur de celui-ci, Camille Kouchner, dans son livre La Familia Grande– a levé le voile sur un tabou sociétal d’une part, et surtout sur le silence complice de beaucoup de ses amis, notamment au PS où il fut député européen. Reviennent aussi régulièrement sur la table l’apologie de la pédophilie faite par la figure de mai 68 et fondateur du parti EELV, Daniel Cohn-Bendit, ou encore les tribunes pro-pédophilie publiées par Le Monde et Libération en 1977 et signées par une majorité d’intellectuels et de politiciens de gauche. Parmi eux figurent Gabriel Matzneff, qui en était le rédacteur, ou encore Bernard Kouchner et Jack Lang.

Pourtant, les propos de Rachi Dati et sa «stigmatisation de la gauche» sont graves, estime Danielle Simonnet, pour qui le problème ne sera réglé que si tous les partis se sentent concernés:

«Il faut casser la solidarité de caste qui vise des élus à se protéger entre eux et mettre en doute la parole des victimes. Mais il faut également prendre conscience que pour ces affaires politiques médiatisées, nombre de fonctionnaires victimes sont totalement invisibilisés, tandis que leurs supérieurs hiérarchiques protègent les accusés agresseurs», affirme l’élue.

La création d’une autorité indépendante serait donc une bonne idée, conclut Danielle Simonnet. À condition que cette commission soit «commune aux trois fonctions publiques, pour garantir la défense des victimes et rompre avec les effets “blanchisseuses” des puissants.»

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Tags:
viol, MeToo, Rachida Dati, Mairie de Paris
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