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L’ENA ne sera pas enterrée, comme l’avait annoncé Emmanuel Macron. Il préfère changer les modalités d’accès aux grandes écoles de la fonction publique en promouvant la diversité. Le politologue Frédéric Saint Clair voit là une instrumentalisation à des fins de «communication politicienne» d’un sujet pourtant majeur pour l’avenir du pays.

«Macron revient sur ce qu’il avait dit deux ans auparavant. Ses prises de position précédentes passent, une fois de plus, pour des déclarations hasardeuses», lance d’emblée Frédéric Saint Clair au micro de Sputnik.

Dans le collimateur du politologue, l’annonce jeudi 11 février d’Emmanuel Macron de ne finalement pas supprimer l’École Nationale de l’Administration (ENA).

Le Président de la République, en visite à l’Institut Régional d’Administration (IRA) de Nantes, a promis des changements dans les mécanismes de sélection de la haute fonction publique. Pour promouvoir la diversité, un concours «Talents» sera ouvert et réservé aux plus modestes. Les cinq grandes écoles de la fonction publique sont concernées, dont l’ENA. Pas de suppression donc de la grande fabrique des élites, mais une transformation des mécanismes de sélection.

Pour le politologue, «ces va-et-vient intempestifs de communication» traduisent surtout «une absence totale de réflexion de fond». À l’heure de la montée du populisme, la formation des élites serait «la question la plus sensible». Et elle est aujourd’hui «instrumentalisée à des fins politiciennes», déplore-t-il.

Une promotion de la diversité pour rassurer la gauche

Une «voie dédiée» sera ouverte aux jeunes des milieux modestes et des «quartiers défavorisés» qui pourront prétendre à ces prépas Talents. 1.000 nouvelles places seront créées dans ces classes préparatoires. L’allocation «talents» pour promouvoir la diversité sera doublée, elle passera de 2.000 à 4.000 euros. Autant d’annonces qui s’inscrivent dans le plan de lutte en faveur de l’égalité des chances présenté en janvier 2021 par le gouvernement.

«Au départ, il fallait revoir la formation des élites. Maintenant, ce sont les mécanismes d’admission, s’exaspère Frédéric Saint Clair au micro de Sputnik. En réalité, c’est une nouvelle séquence de la communication sociale et diversitaire de la macronie.»

Promouvoir la diversité de certaines écoles par une révision des concours, cela ne date pas d’hier. En 2001 déjà Science Po Paris ouvrait une voie spéciale aux élèves issus de zone d’éducation prioritaire (ZEP). Pour l’auteur de La Refondation de la Droite (Éd. Salvator), ce «nouveau coup de communication» est, en réalité, une occasion pour Emmanuel Macron de rassurer son aile gauche, qui accuse le Président de la République d’un «virage droitier et autoritaire».

En cause, la polémique autour de l’article 24 de la Loi sécurité globale et, plus récemment, le projet de loi sur le séparatisme, considéré par une partie de la gauche comme un texte islamophobe. «Il faut retrouver un équilibre» soufflait récemment un proche du chef de l’État au Monde. «Dans sa promotion opportuniste d’une politique diversitaire, l’ENA se retrouve instrumentalisée comme il y a deux ans avec les Gilets jaunes», soutient Frédéric Saint Clair.

«La séparation entre le peuple et ses élites»

L’annonce de la suppression de l’ENA par le Président de la République remonte en effet à 2019. Sur fond de crise des Gilets jaunes, cette proposition sonnait comme une solution à la rupture entre les autorités et la population.

Dans la foulée, Frédéric Thiriez était désigné pour mener à bien cette réforme. Dans son rapport, l’ancien président de la Ligue de football professionnel militait pour une suppression de l’école au profit… d’une École d’administration publique. Le Président a fini par s’aligner, en s’attelant à une transformation à la marge du prestigieux établissement. Une «réponse médiatique» qui témoigne d’une «légèreté» très grave face aux enjeux de demain, déplore Frédéric Saint Clair.

«Si l’ENA doit être réformée, ce n’est pas en étant instrumentalisée, précise le politologue. Toucher à une institution comme celle-ci, c’est toucher à la structure de fond de la République. Surtout à une époque où la séparation entre le peuple et ses élites est clairement entamée!»

Pour notre interlocuteur, c’est la question «la plus sensible aujourd’hui» étant donné «la crise démocratique» que traverse la France.

Une défiance envers les élites amplifiée par la crise du Covid-19 et les fiascos à répétition du gouvernement dans la gestion de l’épidémie. En effet, un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro et France Info sorti le 4 février est sans appel: 71% des Français estiment que le gouvernement «n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment». Ils sont 73% à penser qu’il ne «leur dit pas la vérité» et même 81% à ne pas croire qu’il «sait où il va».

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Emmanuel Macron, populisme, élites
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