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L’accélération de la campagne vaccinale promise par Emmanuel Macron lors de sa dernière allocution est en marche. De nouvelles modalités viennent même d’être annoncées et certains objectifs à terme inquiètent. Mais face à la vaccination générale, le confinement total semble la seule réponse. Une erreur, juge le docteur Louis Fouché.

Les choses commencent à tourner au «chantage à la vaccination pour la liberté», s’inquiète au micro de Sputnik le médecin marseillais Louis Fouché, fondateur du collectif Reinfocovid. Jusqu’ici, cela faisait pourtant partie du plan. Dans le but d’accélérer la campagne sanitaire en France, Emmanuel Macron développait le 31 mars les nouveaux chantiers à venir avec un objectif phare: la vaccination de tous les Français qui le souhaitent «avant la fin de l’été».

«Nous tiendrons l’objectif que j’ai fixé», affirmait-il, convaincu. Or, actuellement, le calendrier des faits coïncide avec celui espéré par le Président de la République et pourrait même le dépasser. Pour le meilleur et pour le pire?

Selon les vœux du gouvernement, les rendez-vous pour se faire vacciner pourront être élargis aux plus de 60 ans à partir du 16 avril, et aux plus de 50 ans à partir du 15 mai. Mais d’ici là, c’est aux plus de 55 ans que se généralise un certain type de vaccination: celle à vecteur viral. Ce vaccin est proposé en France par AstraZeneca et Johnson & Johnson –dont 200.000 doses arrivent en France cette semaine. Sa particularité réside en l’injection d’un adénovirus ne contenant pas le SARS-CoV2, mais véhiculant une partie de son ADN. Dans le cas d’AstraZeneca, c’est de l’ADN de chimpanzé qui y est utilisé. Les thromboses recensées après l’injection de ce vaccin ne rassurent pas l’opinion.

«Les gens doivent savoir qu’il y a encore des essais de phase 3 sur l’ensemble de ces vaccins et qu’ils font donc partie des tests. Il y a pire qu’un mauvais virus, il y a un mauvais vaccin. J’invite à se renseigner sur ce qu’est un vaccin à adénovirus de chimpanzé et voir à quel point on manque de recul là-dessus», rappelle le docteur Fouché.

Annonçant les nouvelles dispositions dans une interview au Journal du dimanche, le ministre de la Santé expliquait également que l’autre vaccin, celui à ARN messager –proposé par Pfizer ou Moderna– verrait l’espacement entre les deux prises rallongé. Le rappel se fera donc à quarante-deux jours et non plus vingt-huit, le but étant d’administrer plus rapidement et davantage de premières doses. Une initiative calquée sur le modèle de l’Angleterre qui, après une vaccination massive, rouvre aujourd’hui ses terrasses de bars et restaurants. Et les efforts de la France pour arriver au même résultat ne s’arrêtent pas là, prenant des tournures qui sont, pour certaines, inattendues.

Toujours plus loin

Dans ses annonces faites au JDD, Olivier Véran ajoute que les moins de 55 ans ayant reçu une première dose d’AstraZeneca, avant les décès et polémiques associés, pourront remplacer la deuxième dose par celle d’un vaccin à ARN messager. Un deuxième vaccin totalement différent sera donc inoculé à ceux ne qui ne peuvent plus continuer avec le vecteur viral pour cause de restrictions désormais liées à l’âge. Un mélange de substances inédit qui n’est pas anodin et qui inquiète.

Pour l’anesthésiste, il s’agit encore une fois d’une procédure totalement improvisée.

«Il n’y a aucune donnée médicale permettant de changer le schéma vaccinal et d’injecter deux choses totalement différentes. C’est une première et c’est jouer à l’apprenti sorcier. C’est une décision administrative uniquement face à l’impasse liée à la toxicité d’un vaccin», fustige-t-il.

Emboîtant le pas au ministre, le professeur Alain Fischer, nommé par Jean Castex pour coordonner la stratégie vaccinale du gouvernement, répondait pourtant ce 12 avril dans les colonnes de Libération aux différents questionnements qui accompagnent ces changements. 
«On va s’atteler à l’analyse des anticorps des premières personnes qui auront reçu le combo de ces deux doses, en France, via notamment l’Agence de sécurité du médicament, et en Europe. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas de risque de dangerosité particulier», a tenu a rassurer le «Monsieur vaccin» français. Et ce dernier va encore plus loin.

Confirmant les modélisations de l’Institut Pasteur selon lesquelles plus de 90% des adultes doivent être vaccinés pour qu’un arrêt total des mesures soit envisageable, Alain Fischer juge la vaccination des enfants nécessaire. «Ce n’est pas dans la philosophie de la vaccination française, mais on va devoir tendre vers cela pour le Covid. Cet été, on aura toutes les informations sur la sécurité des vaccins chez l’enfant, leur efficacité et éventuellement les doses nécessaires pour définir une politique de vaccination», concède le professeur d’immunologie lors de son entretien. 
Un aveu qui coïncide avec la demande, par Pfizer auprès de l’Agence américaine du médicament, de vacciner les 12-15 ans. Une dérive dangereuse, juge à nouveau Louis Fouché.

«Les enfants ne sont pas malades et sont très peu vecteurs, donc il faut les laisser tranquilles», clame l’urgentiste.

L’hypothèse d’une vaccination rendue obligatoire pour la rentrée scolaire devient dès lors probable tandis que de nouvelles perspectives font leur apparition chaque jour. Dernière en date: l’injection d’une troisième dose pour les personnes immunodéprimées, recommandée par la Direction générale de la santé.

Confiner, vacciner ou… traiter?

Face à cette intensification de la stratégie vaccinale comme seule perspective, quelques voix s’élèvent néanmoins. L’épidémiologiste Antoine Flahaut a ainsi réagi à ce qu’il considère comme un choix de «tout miser sur le vaccin pour sortir de la crise». S’opposant à la stratégie dictée par Olivier Véran, le professeur de santé publique à l’université de Genève craint qu’elle ne se révèle inefficace et qu’une nouvelle flambée de cas s’observe.

«Si de nouveaux variants émergent et mettent en péril l’efficacité des vaccins; si l’acheminement ne se fait pas au rythme voulu; si les problèmes rencontrés par le vaccin AstraZeneca se posaient avec d’autres vaccins et remettaient en question l’adhésion de la population», la sortie de crise pourrait se faire bien plus longue, alerte-t-il. Il appelle donc à un confinement strict pour «résoudre la crise le plus vite possible plutôt que de laisser la circulation du virus traîner et gangréner la société».

Une analyse poussée plus loin, ce 13 avril, par le professeur Gilles Pialoux au micro de Jean-Jacques Bourdin. Estimant, lui aussi, que le vaccin n’est qu’une partie de la solution, il en appelle, en plus, à un confinement strict afin de stopper totalement la circulation du virus.

Il y aurait pourtant bien une autre méthode qui marche: le «tester, isoler, traiter» pratiqué par de nombreux pays, avance Louis Fouché. Une perspective «Zéro-Covid» sur laquelle prend d’ailleurs exemple le professeur Flahault, citant la Nouvelle-Zélande, la Chine, Taïwan, la Thaïlande ou le Vietnam, mais préconisant tout de même un confinement strict.

«Les mesures de confinement n’ont montré absolument aucun bénéfice, défend le docteur Fouché. Et souvent, quand deux solutions sont brandies conjointement, c’est qu’il existe une troisième voie alternative. Ici, jamais les traitements précoces ne sont évoqués, on nous dit seulement ‘paracétamol et bonne chance’. Les pays qui s’en sont le mieux sortis ont pourtant isolé les malades et non toute la population, puis les ont traités. De manière préventive et curative.»

Pour l’heure c’est vers une levée progressive des restrictions, à mesure que la population se voit vaccinée, que semble se diriger le pays. Mais, tandis que plus de 11 millions de premières doses ont déjà été administrées et qu’un record a été battu vendredi avec 510.000 personnes vaccinées en 24 heures grâce aux vaccinodromes, le manque de doses et de personnel se faisait sentir dimanche 11 février. Forcera-t-il le gouvernement à revoir une nouvelle fois sa méthode? 

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Tags:
France, Covid-19, confinement, vaccination
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