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Alors que la loi visant à lutter contre le système prostitutionnel fête ses 5 ans, ce mardi 13 avril, des associations dénoncent un texte qui a accentué la précarité et les violences contre les travailleurs du sexe. Des manifestants se sont réunis devant l’Assemblée nationale pour demander l’abrogation de la loi. Sputnik était sur place.

«Clients pénalisés, p*tes précarisées», «Arrêtez l’hypocrisie, j’ai déjà fouetté des députés», ou encore «Pas de sales p*tes, que des sales lois»… Tels sont les slogans que l’on pouvait lire sur les pancartes des travailleuses et travailleurs du sexe (TDS) qui se sont réunis aux abords de l’Assemblée nationale ce mardi 13 avril.

​Cinq ans après l’adoption du texte de loi, le 13 avril 2016, visant à «lutter contre le système prostitutionnel et accompagner les personnes prostituées», le bilan fait par les associations est pour le moins négatif.

C’est le client qui s’impose désormais

Samantha, une prostituée transsexuelle, dénonce au micro de Sputnik une loi «qui nous pénalise de plus en plus alors qu’elle était censée nous protéger, nous mettre à l’abri».

​Comme elle l’explique, le texte a eu une incidence sur les revenus des TDS qui ont parfois été divisés par trois, voire plus, car «en pénalisant le client [1.500 euros d’amende, 3.750 euros en cas de récidive, ndlr], on l’effraie, on l’empêche de venir».

Or cette raréfaction de client a des conséquences beaucoup plus graves comme l’augmentation des violences ou le recours à des pratiques sexuelles non protégées.

«Maintenant, le client impose des pratiques et des tarifs. Avant, on avait le contrôle et le pouvoir, cette loi a inversé les rôles: comme le client estime qu’il a plus à perdre que nous, il impose ses pratiques […]. C’est une loi criminogène», tonne Samantha.

Présents lors de la manifestation, deux membres de l’association «Les Sœurs de la perpétuelle indulgence», enfoncent le clou.

​«Il y a un paradoxe, on va dire aux travailleuses et travailleurs du sexe: tu as le droit de vendre tes services mais on n’a pas le droit de les acheter. C’est ce que l’on appelle la double morale ou l’hypocrisie», résument-elles.

Le Covid-19 a accentué la précarité

Dans une tribune publiée dans Libération, les signataires rappelaient d’ailleurs que selon une étude menée en 2015, l’espérance de vie des femmes prostituées est réduite à 40 ans alors qu’elle est de 85 ans pour les femmes de la population générale. 38% d’entre elles ont subi un viol au cours de leur vie, contre 6,8% des femmes de la population générale.

«Il est temps que le travail du sexe accède au droit commun, soit reconnu, valorisé et protégé comme un beau travail», plaident les deux sœurs de la Perpétuelle indulgence.

En outre, Samantha rappelle qu’en plus des difficultés causées par la loi, la crise sanitaire accentue la précarité des TDS. «Je me suis mis en stand-by. Comme il y a le couvre-feu et que je travaille de nuit, je ne peux pas travailler le soir. Si c’est pour gagner 30 euros avec un client et prendre 135 euros d’amende, le risque n’est pas valable», détaille-t-elle. Ainsi, de nombreuses prostituées sont obligées de compter sur les associations comme Le Bus des femmes, Acceptess-T, ou encore le PASTT, qui ont mis en place des distributions de colis alimentaires.

Échec des «parcours de sortie de prostitution»

Dans un communiqué, de nombreuses associations de protections des droits des TDS ont souligné que «la crise sanitaire a révélé les dysfonctionnements majeurs d’un système se prétendant protecteur mais qui nous a acculées à la survie, nous forçant à auto-organiser la solidarité et à en appeler à la générosité du public faute de réponse adaptée».

«Nous n’avons jamais connu autant de meurtres, de suicides et de malades mortes de comorbidités mal soignées à cause d’un système de santé surchargé et d’une absence de protection sociale et de droits», ont-elles affirmé.

Autre point qui provoque le courroux des manifestants: les «parcours de sortie de la prostitution». Initialement, ce dispositif de l’État (qui prévoit notamment une aide à l’insertion professionnelle, une aide financière de 330 euros mensuels et une autorisation provisoire de séjour minimal de six mois) devait venir en aide à 500 à 1.000 personnes par an. En cinq années, seules 300 à 400 TDS ont bénéficié de ce mécanisme, avancent les associations.

En France, selon le cabinet d’études Prostcost, 37.000 prostitués ont été recensés en 2015 – 80% seraient d’origine étrangère (Europe de l’Est, Afrique, Chine et Amérique latine) pour 20% majoritairement Françaises. Par ailleurs, 62% exercent sur Internet, 30% dans la rue et si les maisons closes ont baissé le rideau, 8% travaillent dans des bars à hôtesses ou des salons de massage.

«On est une population invisible car le gouvernement ne pense pas à nous, il serait temps que le gouvernement réagisse […]. Si nous n’étions pas là, il y aurait une recrudescence de violeurs, d’exhibitionnistes et de pervers», lance Samantha.

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