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Comment la technologie, la privatisation et les réalités géopolitiques ont-elles impacté le métier d’espion et le monde du renseignement? Sergueï Jirnov, ancien officier du KGB, et François Waroux, ex-officier traitant à la DGSE, en discutent pour Le Désordre mondial.

Vous êtes-vous déjà retrouvé devant un film d’espionnage en vous demandant si ce que vous regardiez ressemblait à la réalité?

Si les vraies missions de renseignement étaient aussi excitantes qu’au cinéma –avec explosions, cascades, bagarres et autres fusillades–, cela voudrait dire que les choses ont terriblement mal tourné. En tout cas, ce n’est en aucun cas le quotidien des agents de terrain.

Alors, quelles qualités sont vraiment requises pour être officier de renseignement de nos jours? En quoi ces exigences diffèrent-elles en fonction des pays? Et comment la réalité se compare-t-elle aux fantasmes éculés des James Bond et autres Jack Ryan?

Quel pays possède le service de renseignement le plus performant aujourd’hui? Pour Sergueï Jirnov, ancien officier du KGB qui a opéré au sein du service des «illégaux» pour l’URSS, notamment pour infiltrer l’ENA, et coauteur du livre KGB/DGSE: Deux espions face à face (Éditions Mareuil), il n’y a aujourd’hui plus de doute:

«Le service de renseignement le plus puissant au monde s’appelle Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft. Ce sont les Gafam qui possèdent le plus de données dans le monde actuellement.»

Son coauteur, François Waroux, un ex-officier traitant à la DGSE agissant sous couverture à travers le monde au nom de la France, évoque de son côté les mormons, «qui ont des tas de dossiers sur nous tous, ils sont très bons». 

«En réalité, le Vatican possède aussi un service de renseignement par son réseau. Vous imaginez donc que l’Église, qui est introduite dans tous les pays du monde, est super bien informée», ajoute l’ancien officier du KGB, approuvé par son confrère.

Qu’est-ce qui distingue la DGSE des autres services de renseignement?

«Si on fait la comparaison avec le KGB, il n’y a pas tellement de différence. Avec Sergueï Jirnov, nous avons eu la même formation, nous pensons la même chose et avons la même conception d’un service de renseignement», explique François Waroux.

On assiste aujourd’hui à une privatisation du renseignement. L’ancien officier de la DGSE confirme:  

«En France les grandes industries –automobiles par exemple– ont un service de renseignement. Ils ont des bureaux de recherche et de développement. S’ils veulent être performants, ils doivent savoir ce qu’il se passe chez les concurrents.» 

La représentation cinématographique des officiers de renseignement conduit à une méconnaissance flagrante de ce que ce travail implique réellement et des qualités nécessaires pour l’accomplir, qui peuvent d’ailleurs évoluer au fil du temps, au gré des progrès technologiques et des changements de priorités géopolitiques. Quel est le plus grand mythe que véhicule le métier d’espion? L’ancien officier de la DGSE répond:

«La belle vie, le champagne, les voyages, les sauts en parachute, le fait de conduire un avion: on voit James Bond partout. On n’est pas des as du karaté ou autre sport de combat, bien que j’aie appris tous ces trucs-là. Il faut surtout savoir faire preuve d’empathie vis-à-vis des personnes que nous allons manipuler.»

Le colonel Jirnov explique ce qui, pour lui, fait un bon espion:

«Prendre les qualités qui sont le contraire d’un James Bond. Cela veut dire qu’il ne faut pas être visible, il faut être passe-partout, intelligent, savoir parler des langues, savoir plus ou moins ce qui se passe dans le monde, donc avoir des connaissances géopolitiques, géostratégiques.»

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Tags:
renseignement, DGSE, KGB (URSS), Russie, France
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