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Le gouvernement s’attaque aux feux de cheminée qu’il entend réglementer à l’échelon national au nom de la lutte contre la pollution atmosphérique. «Une atteinte aux libertés individuelles», fustige l’essayiste Fabien Bouglé qui condamne l’immixtion toujours plus forte du gouvernement dans la vie des Français.

Bientôt fini le petit bonheur au coin du feu?

Après les voitures, les cheminées reviennent dans le collimateur des autorités. Dans une feuille de route présentée le 23 juillet et entrée en vigueur le jour même, le ministère de la Transition écologique entend réduire de moitié les émissions de particules fines à l’horizon 2030. Notamment en incitant les ménages à remplacer leurs appareils de chauffage au bois trop usagés, ainsi qu’en accélérant l’installation d’inserts (20.000 par an) dans les cheminées à foyer ouvert. Bref, même pour l’agrément, le bois ne doit plus brûler à l’air libre mais derrière une protection en vitrocéramique, le tout sous couvert de performance énergétique et de préservation de la santé.

On reste à première vue loin de la décision préfectorale de fin 2014 d’interdire purement et simplement les feux de cheminée à foyer ouvert en région parisienne (et toute combustion de bois dans Paris intramuros). Décision qu’avait jugée «un peu ridicule» la ministre de l’Écologie d’alors, Ségolène Royale, et finalement été invalidée quelques mois plus tard par le tribunal administratif de Paris.

Cheminées à foyer ouvert: l'interdiction préfectorale en embuscade

Néanmoins, le document rappelle que la loi Climat et Résilience impose aux préfets de prendre «les mesures nécessaires» pour diminuer de moitié les émissions aux particules fines issues du chauffage au bois à l’horizon 2030. L’un d’eux, le préfet de Haute-Savoie, a déjà fait interdire les feux de cheminée à foyer ouvert dans les 41 communes de la vallée de l’Avre à partir 1er janvier 2022.  

Un cas épinglé en exemple à la fin du document. «Interdire l’utilisation des équipements les plus anciens et les moins performants dans un calendrier à définir» est ainsi suggéré comme potentielle mesure, ainsi qu’imposer «des valeurs limites d’émission» ou via un «certificat de conformité» établi à la pose d'un nouveau matériel et devant être conservé et transmis entre propriétaires du bien immobilier dans le cas de la pose d’un nouveau dispositif. Cette volonté de légiférer sur la manière dont les Français pourront continuer à faire des feux de cheminée n’est pas du goût de tous.

Bien que favorable à des mesures incitatives pour améliorer la performance énergétique des foyers, réglementer ainsi les feux de cheminée tient de «l’écologie punitive», aux yeux de l’essayiste et militant écologiste Fabien Bouglé, en plus de constituer une «atteinte grave aux libertés individuelles». Auprès de Sputnik, il condamne ainsi l’«immixtion toujours plus grande» de l’État «dans la vie privée et intime» des Français, «qui commence à être insupportable», n’hésitant pas à dresser un parallèle avec le décrié pass sanitaire.

Un État qui s’invite toujours plus dans la vie des Français

«Cela s’insère dans le cadre général des atteintes aux libertés, toujours plus fortes, que l’on peut observer aujourd’hui», poursuit-il, et pas seulement à l’échelon national avec cette volonté du gouvernement d’en finir avec les moteurs thermiques ou de supprimer les vols intérieurs en France. Notre intervenant dresse ainsi un parallèle avec d’autres décisions d’élus locaux, n’ayant d’«écologiste que le nom». Comme à Poitiers où, estimant que «l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants», la maire EELV avait suspendu les subventions aux aéroclubs, à Bordeaux où le maire EELV avait supprimé les sapins de Noël dans sa ville, ou encore les critiques à l’encontre du tour de France, jugé «machiste et polluant» par le maire EELV de Lyon qui avait également interdit le survol de sa ville par la patrouille de France lors du 14 juillet. «Comme Georges Pompidou le disait : "arrêtez d’emmerder les Français!"», assène-t-il.

«Il faut réglementer leur voiture, il faut réglementer leur comportement, il faut réglementer le bois de chauffage sous prétexte d’émission de particules fines alors que des sujets beaucoup plus graves sont en court, notamment celui des particules fines provenant des usines à charbon allemandes via les vents d’est et auquel personne à la Commission européenne ne semble vouloir s’attaquer!», s’agace l’essayiste.

La question autour de l’origine de la pollution aux particules fines dans la région francilienne n’est pas nouvelle et demeure difficile à trancher. Toutefois, en 2011, une étude d’Airparif avait révélé que sur le seul boulevard périphérique de la capitale, 39% de la pollution provenait des autres régions et des autres pays.

Pour parvenir à ses fins, l’hôtel de Roquelaure entend d’abord faire preuve de pédagogie avec notamment une «campagne de communication hivernale» sur «les bonnes pratiques à adopter». Une «sensibilisation» sera par ailleurs effectuée lors des ramonages, rendus obligatoires pour les vieilles installations. Une fiche de recommandations sera fournie lors du diagnostic de performance énergétique (DPE) au moment de l’achat d’un logement. Le ministère de Barbara Pompili planche aussi sur la création d’un nouveau label afin d’évaluer la qualité du bois de chauffage, notamment dans le but d’attester de son origine. Sa vente sera plus strictement encadrée pour s’assurer qu’il a été séché au moins 18 mois.

Afin de justifier ce tour de vis, l’argument du ministère de la Transition écologique est tout trouvé: un feu de bois de deux heures dans une cheminée ouverte émettrait autant de particules fines… qu’un vieux moteur diesel lors d’un trajet de 2.000 km. Diesel et cheminée, même combat? Il y a sept ans, Ségolène Royale s’en amusait. «On nous a fait croire que les feux de cheminée polluaient plus que les voitures diesel», s’étonnait celle à qui succède aujourd’hui Barbara Pompili.

Aujourd’hui, le document du ministère se veut on ne peut plus clair : «Il est important de mettre en perspective que le parc national de 6,5 millions d’appareils au bois émet plus de 2 fois la quantité de particules fines émises dans l’air par le parc de 38 millions de voitures.» Et la «faible prise de conscience dans la population» quant à la «nocivité des émissions» des appareils n’est ni plus ni moins que le «cœur du problème».

L’atmosphère toujours plus polluée… par nos voisins

Pour Fabien Bouglé, toutes ces mesures envisagées par Paris tiennent du «détail» dans la nécessaire lutte globale contre la pollution atmosphérique. Il pointe du doigt l’Allemagne qui demeure le plus gros pollueur atmosphérique au sein de l’Union européenne, mais également les autres pays du monde dont la consommation de charbon explose.

Pour ne prendre que le cas de la Chine, celle-ci a compensé à elle seule les «fermetures records» de centrales à charbon aux États-Unis et en Europe. Et en 2021, l’Empire du Milieu ambitionne de construire 38,4 Gigawattheures de centrales à charbon supplémentaires, «soit autant que la capacité actuelle de l’Allemagne et de la Pologne réunies», s’alarmait le coauteur du rapport L’essor et le déclin du charbon dans le monde publié début avril par le Global Energy Monitor.

Près de 600 nouvelles centrales devraient voir le jour, majoritairement dans cinq pays asiatiques. L’équivalent de la capacité de production électrique du Japon. Rien que face à ce surplus de pollution atmosphérique dégagée en Asie, les efforts imposés aux Français par les autorités ne pèsent rien. «On est dans une schizophrénie incroyable», s’alarme ainsi Fabien Bouglé.

«On a aujourd’hui un fort développement des usines à charbon dans le monde et on ne peut que sourire devant l’antagonisme de cette immixtion forte dans la vie privée de nos concitoyens par les partis pseudo-écologistes.»

Mais derrière ces mesures mises en œuvre dans l’Hexagone, tant en 2014 qu’aujourd’hui, se dessine la Commission européenne. C’est en effet cette dernière qui menace depuis 2009 Paris de sanctions si elle ne réduit pas ses émissions de particules fines, notamment en région parisienne. Fin 2020, celle-ci avait d’ailleurs annoncé traduire une nouvelle fois la France devant la Cour de justice de l’Union européenne.

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