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Sanctions de l'Occident contre la Russie (350)
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Les sanctions occidentales contre la Russie ont parfois des conséquences inattendues: le cheval de Ramzan Kadyrov, dirigeant tchétchène, s'est retrouvé impliqué malgré lui dans ce grand jeu politique et économique.

Les organisateurs de courses hippiques ont en effet refusé de payer son propriétaire pour sa victoire, sous prétexte que ce dernier figure sur la liste noire instaurée par l'Occident dans le contexte ukrainien.

Les sanctions occidentales décrétées contre la Russie il y a près d'un an ont affecté certains secteurs économiques de la Russie, mais également la population avec la dévaluation du rouble, la hausse des prix et autres désagréments: les habitants de la Crimée par exemple — la péninsule était la raison de l'adoption des premières sanctions — doivent désormais ruser pour obtenir un visa Schengen, allant parfois jusqu'à s'enregistrer dans d'autres villes de Russie. Plusieurs cas curieux et incidents se sont produits à cause des mesures occidentales, causant du tort à de simples citoyens et même à des animaux parfaitement innocents.

Sanctions contre un cheval

Le cheval Zazou, appartenant au dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, s'est ainsi retrouvé malgré lui sur l'échiquier politique. En octobre dernier, les organisateurs des courses hippiques à Baden-Baden, en Allemagne, ont refusé de payer pour sa victoire prétextant que son propriétaire faisait partie des Russes concernés par les sanctions décrétées par les USA, l'UE et certains autres pays. De plus, les fonds pour l'entretien de Zazou et d'un autre cheval, Dashing Home, appartenant également à Kadyrov, ont été bloqués. Mais cette histoire a finalement connu une fin heureuse: une semaine plus tard les autorités allemandes ont fait marche-arrière, le compte de Kadyrov a été débloqué et les restrictions contre la participation de ses chevaux ainsi que leur transport en UE ont été levées.

Un nom de famille connu

Sergueï Ivanov, du quotidien Metro de Saint-Pétersbourg, est une autre victime des sanctions malgré lui, à cause de son nom très répandu en Russie. En commandant des chaussures dans un magasin en ligne américain, on lui a répondu que la marchandise ne pouvait pas lui être livrée parce qu'il figurait sur la liste noire du gouvernement américain. Le personnel du magasin ignorait probablement que le nom Ivanov était aussi répandu en Russie que Smith aux USA.

Le chef de l'administration présidentielle Sergueï Ivanov (qui, lui, figure bien sur cette liste noire) a écrit une lettre à son homonyme pour lui assurer que le problème serait réglé. La société a finalement proposé de réétiqueter le colis et de l'envoyer à un autre destinataire, après quoi il a été expédié en Russie.

Plus tard, un autre Sergueï Ivanov de Saint-Pétersbourg a rencontré le même problème en commandant un colis de composants informatiques sur eBay. Le paquet a été remis au service de livraison le 24 avril, mais a été retourné par la douane. La carte bancaire et le compte PayPal de Sergueï Ivanov qu'il utilisait depuis un an ont été bloqués. Le retour du colis a été expliqué par la présence de son nom et prénom dans la liste noire. Il a finalement commandé le colis au nom de sa mère.

Interdiction d'entrer aux manchots

Les manchots et les girafes qui devaient déménager l'été dernier au zoo de Yalta sont également pris en otage par les ambitions politiques des dirigeants de l'UE. Les contrats entre le zoo tchèque Dvur Kralowe et le zoo de Yalta Skazka ont en effet été rompu — la partie tchèque a expliqué son refus de vendre les animaux par une recommandation du Ministère des Affaires étrangères de son pays et de l'UE.

Étant donné que les collections zoologiques de tous les zoos du monde ont besoin d'un échange permanent et de recevoir de nouveaux animaux, la direction de l'établissement de Yalta a décidé de se tourner vers les zoos des pays latino-américains, qui ne soutiennent pas les sanctions européennes. Toutefois, les zoos de Crimée ont tout de même reçu de nouveaux animaux et oiseaux d'Allemagne et de République tchèque pour le Nouvel an, sachant qu'il a fallu ruser pour faire traverser aux animaux quatre frontières dans le cadre des contrats signés avant les sanctions.

Apple boycotte la Crimée

En début d'année, l'Occident s'est attaqué aux amateurs des produits de la marque à la pomme — la société Apple a interdit à tous ses distributeurs officiels de vendre ses produits en Crimée. Cette décision faisait suite au décret du président américain Barack Obama stipulant que les sociétés américaines devaient suspendre les fournitures de produits, services et technologies en Crimée à partir du 1er février 2015. De plus, Apple a décidé de rompre les accords de coopération avec les concepteurs criméens d'applications pour le service AppStore. Les sociétés ayant la Crimée comme lieu de résidence ne peuvent donc plus publier leurs applications sur l'AppStore, du moins jusqu'à ce qu'elles changent de domiciliation officielle.

Toutefois, en dépit de l'interdiction reçue par les distributeurs officiels de vendre des produits Apple en Crimée, les Criméens peuvent les acheter auprès de nombreux revendeurs.

Erreur de nom

Le journaliste Evgueni Kisselev, qui présente depuis plusieurs années des émissions politiques sur la chaîne ukrainienne Inter, a vécu un épisode curieux en octobre dernier.

Kisselev a reçu, à l'aéroport Borispol de Kiev, une notification d'interdiction d'entrer sur le territoire ukrainien et de déportation, bien qu'il dispose d'un titre de séjour ukrainien. Selon la presse, il a été confondu avec le directeur général de l'agence Rossiya Segodnya Dmitri Kisselev, inscrit sur la liste noire de l'Ukraine et de l'UE. Après un certain temps, le service ukrainien des douanes a tout de même autorisé le journaliste russe à entrer en Ukraine. Selon le représentant du service Sergueï Astakhov, "ce délai était dû à l'interdiction de séjour visant un autre individu portant le même nom".

Discrimination ethnique

Certains touristes russes rencontrent également des problèmes de discrimination en Europe. Au printemps dernier, le propriétaire de l'hôtel tchèque Brioni Tomas Krcmar avait interdit aux touristes russes de séjourner dans son hôtel, pour exprimer son attitude envers le rattachement de la Crimée à la Russie. Plus tard, Tomas Krcmar a reconnu que ses actes étaient discriminatoires et qu'il était prêt à répondre de ses actes devant un tribunal.

Un autre incident s'est produit en début d'année dans une station de ski suisse: le directeur de l'école suisse de ski de Saint-Moritz a expulsé une famille lettonne russophone de son école. L'école a démenti les accusations de discrimination, soulignant que l'interdiction pour le citoyen letton Pavel Gognidze de visiter cet établissement n'avait rien à voir avec sa nationalité ou sa langue, sans pour autant indiquer la cause exacte.

En Suisse toujours, la compagnie britannique OTP Holidays spécialisée dans le tourisme de montagne a refusé de vendre des forfaits de remonte-pentes aux citoyens russes à cause de la situation en Ukraine. Toutefois, quelques jours plus tard la société a annulé cette interdiction. Ce point a été supprimé des conditions de service sur le site de la compagnie.

Le secteur de la santé aussi touché

Parfois, les sanctions ont même empêché les Russes de bénéficier de soins à l'étranger. Ainsi, la liste noire de l'UE inclut le député et chanteur russe Iossif Kobzon, qui se soignait auparavant en Allemagne. Et l'épouse de l'entrepreneur Guennadi Timtchenko, également inscrit sur la liste noire américaine, n'a pas pu régler les frais d'une opération parce que ses comptes avaient été bloqués.

Les relations entre la Russie et l'Occident se sont détériorées à cause de la situation en Ukraine. L'an dernier, après avoir décrété des sanctions ponctuelles contre certains individus et entreprises, les USA et l'UE ont adopté des restrictions contre des secteurs économiques entiers de Russie. Cette dernière a riposté en interdisant les importations de produits agroalimentaires en provenance des pays ayant adopté des sanctions contre elle. Moscou a déclaré à plusieurs reprises ne pas être impliqué dans les événements dans le sud-est de l'Ukraine, ne pas fournir de matériel ou de munitions aux insurgés, ne pas être acteur du conflit en Ukraine et souhaiter que l'Ukraine surmonte la crise politique et économique.

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Tags:
sanctions, Apple, Dmitri Kisselev, Ramzan Kadyrov, Crimée, Occident, Russie
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