Ecoutez Radio Sputnik
    Kim Jong-un et Ri Sol-ju

    Corée du Nord: les femmes de la dynastie Kim

    © AP Photo / Korea News Service
    International
    URL courte
    0 3710
    S'abonner

    La Corée du Nord est une entité étatique unique: bien que les autorités veillent à garder les apparences d'un régime communiste, il s'agit bien, en réalité, d'une monarchie absolue. Ce qui reste du communisme ou même du socialisme en Corée du Nord est certes discutable, mais le caractère héréditaire du pouvoir dans le pays est indéniable.

    Dans toute monarchie, les femmes jouent un rôle important — les épouses, les maîtresses et les concubines des dirigeants. La Corée du Nord ne fait pas exception. Les yeux sont rivés aujourd'hui sur l'épouse de Kim Jong-un — la magnifique Ri Sol-ju. Mais ses prédécesseurs ne sont pas en reste.

    Le fondateur de l'État nord-coréen Kim Il-sung est né en 1912 dans la banlieue de Pyongyang dans la famille d'activistes chrétiens qui ont émigré ensuite en Chine. Au début des années 1930 le futur dirigeant a intégré le Parti communiste chinois — un fait qui a cessé d'être mentionné dans la presse nord-coréenne à partir de la fin des années 1950. Dans les années 1930, Kim Il-sung a participé au mouvement antijaponais en Mandchourie pour devenir, avec le temps, l'un des chefs de guérilla les plus connus. Mais en 1940, sous la pression des forces supérieures des Japonais il est contraint de fuir en URSS.

    Peu de temps avant ces événements, Kim Il-sung a fait la connaissance d'une Coréenne qui se battait également contre les Japonais: Kim Jong-suk.
    Cette dernière est née en 1919 à Hoeryong, mais elle a quitté cet endroit encore enfant quand sa famille, comme celle de Kim Il-sung, a déménagé en Mandchourie. À l'instar de nombreuses filles paysannes elle n'a pas reçu d'éducation formelle. Il est probable qu'elle se soit instruite dans la guérilla. Ceux qui connaissaient la futur première dame de Corée du Nord lui témoignaient beaucoup de sympathie. On se souvient d'elle comme d'une femme gentille, souriante, travailleuse et loyale envers sa famille.

    De toute évidence, le mariage entre Kim Il-sung et Kim Jong-suk n'a jamais été officiellement proclamé, ce qui n'a rien d'étonnant: la guérilla ne prévoit généralement pas de bureau d'état civil.

    Ils ont commencé un semblant de vie familiale en URSS, où Kim Il-sung a été nommé capitaine de l'Armée soviétique et placé à la tête d'un bataillon du 88e détachement. C'est à Khabarovsk que naît leur premier enfant — le futur Chef suprême Kim Jong-il. L'enfant fut appelé Iouri, probablement parce que Kim Il-sung ne comptait pas revenir à la maison et s'apprêtait à passer le reste de sa vie comme officier soviétique.

    En septembre 1945, Kim Il-sung revient chez lui et se place à la tête du gouvernement de l'État nord-coréen en formation. Kim Jong-suk accouche d'un autre enfant à Pyongyang — une fille appelée Kim Kyong-jin. La sœur de Kim Jong-il a dirigé l'industrie textile nord-coréenne et a reçu le grade de général d'armée, avant de disparaître de l'arène politique en décembre 2013 après l'exécution de son mari, secrétaire du Comité central Jang Song-thaek, sur ordre de son neveu Kim Jong-un.

    En 1949, Kim Jong-suk décède en accouchant. Au début des années 1950, Kim Il-sung se marie avec Kim Sung-ae, qui travaillait dans son QG comme secrétaire ou standardiste (les informations divergent). Kim Il-sung a eu quatre enfants avec sa seconde épouse.

    Kim Jong-suk a reçu un modeste titre posthume — héroïne de guérilla. Dans le même temps, pendant presque quinze ans la presse nord-coréenne n'a pas mentionné l'existence de la seconde épouse de Kim Il-sung. Les Nord-coréens l'ont appris seulement en 1965, quand la presse officielle a brièvement mentionné l'apparition de Kim Sung-ae à une réception officielle.

    À la fin des années 1960, Kim Il-sung a nommé son épouse présidente de l'Union des femmes, une organisation obligatoire pour toute femme au foyer nord-coréenne. Un certain culte de la personnalité de Kim Sung-ae avait même commencé à l'époque, sur le modèle des centres pour l'étude de l'activité révolutionnaire du camarade Kim Il-sung créés dans tous les grands établissement et entreprises du pays. Cependant, l'ascension de Kim Jong-Il a mis un terme aux ambitions politiques de sa belle-mère. À partir du milieu des années 1970 elle n'apparaissait plus que très rarement et seulement à titre d'épouse de Kim Il-sung, qu'elle accompagnait lors des rencontres avec des chefs d'État étrangers.

    Au début des années 1970, Kim Il-sung a pris une décision sans précédent pour les pays socialistes: transférer le pouvoir de manière héréditaire. Son successeur, son fils aîné Kim Jong-il, avait rapidement neutralisé les rivaux potentiels. Les enfants du second mariage de Kim Il-sung ont été envoyés à l'étranger pour occuper des postes diplomatiques notables mais n'avaient pas la possibilité de participer à part entière aux intrigues de couloir à Pyongyang.

    Après la transformation de Kim Jong-il en héritier, la propagande nord-coréenne a commencé à promouvoir le culte de sa mère défunte Kim Jong-suk. Au final, la modeste couturière et cuisinière de la guérilla est devenue à titre posthume l'un des trois plus grands chefs de guerre du mont Paektu.

    La vie privée de l'héritier a été très tumultueuse: dans sa jeunesse déjà il jouissait d'une certaine popularité auprès des représentantes de l'élite de Pyongyang. Certes, tout prince héritier est populaire par définition. Mais Kim Jong-il était en soi un homme charismatique et charmant. Bien que penchant facilement vers l'obésité, trait propre à la famille Kim, il maîtrisait habilement la moto, était passionné d'équitation, connaissait bien le cinéma et avait un bon sens de l'humour.

    Cependant, Kim Jong-il s'efforçait de ne pas afficher sa vie privée, par conséquent on ignore le nombre exact de ses femmes, amies, ainsi que de leurs enfants.

    La première passion sérieuse de Kim Jong-il fut l'actrice Song Hye-rim, "sex-symbol" de Pyongyang à l'époque, mariée au fils de l'un des écrivains nord-coréens les plus célèbres. Song Hye-rim a divorcé pour s'installer pendant plusieurs années à la résidence de Kim Jong-il, où naîtra son premier fils — Kim Jong-nam. Ce dernier vit actuellement à Macao, se tient à l'écart de la politique et semble avoir de sérieux différends avec son cousin Kim Jong-un, dirigeant actuel de la Corée du Nord.

    Toutefois, depuis son commencement, la relation entre Kim Jong-il et Song Hye-rim fut ternie par l'aversion du Grand guide envers l'amie de son fils. Kim Il-sung n'appréciait en effet pas la liaison de son fils avec une femme divorcée. Il était irrité par le "dossier" suspect de l'élue de son fils, fille de communistes sud-coréens ayant fui en Corée du Nord à la fin des années 1940.

    Finalement, le couple s'est séparé. Song Hye-rim, qui souffrait de graves maladies nerveuses, est partie se faire soigner à l'étranger. Elle a passé le reste de sa vie à Moscou, où elle est décédée en 2002. Kim Jong-il a continué de prendre soin de son ex-compagne.

    Rapidement après cette séparation, le jeune héritier s'est lié avec une jeune femme qui rappelait la précédente. Tout comme elle, Ko Young-hee était une artiste. Elle ne tournait pas au cinéma mais étant danseuse — et sa biographie n'était pas non plus irréprochable. Elle venait d'une famille de Coréens ethniques arrivés en Corée du Nord du Japon dans les années 1960 pour construire le socialisme. Kim Jong-il et Ko Young-hee ont eu trois enfants — les fils Kim Jong-chol et Kim Jong-un, et une fille, Kim Yo-jong. Ko Young-hee est décédée d'un cancer à Paris en 2004.

    On considère que la secrétaire de Kim Jong-il, Kim Ok, a été sa dernière épouse. Elle était vingt ans plus jeune que le Grand guide.

    Hormis trois relations de long terme, Kim Jong-il a eu plusieurs liaisons éphémères. Cela a manifestement affecté son fils Kim Jong-un, qui n'appréciait que son père changea si facilement de femme: le jeune dirigeant a décidé de devenir un père de famille exemplaire. Pour l'instant, il y parvient plutôt bien.

    En été 2012, six mois après l'ascension de Kim Jong-un au trône de Pyongyang, le public a commencé à percevoir à côté de lui lors des événements publics et des concerts une jeune femme très sympathique et charmante. La presse nord-coréenne officielle a annoncé ensuite qu'il s'agissait de Ri Sol-ju et qu'elle était l'épouse du jeune maréchal.

    Kim Jong-un et Ri Sol-ju
    © AP Photo / Korean Central News Agency via Korea News Service, File
    Kim Jong Un and Ri Sol Ju

    On sait peu de choses de Ri Sol-ju. La nouvelle première dame de Corée du Nord semble être née dans la famille d'un militaire. Elle a fait de la musique et a même, selon des rumeurs, visité la Corée du Sud au sein d'une délégation nord-coréenne. Pendant un certain temps elle a été artiste au sein de l'ensemble Moranbon — le collectif nord-coréen le plus occidental d'esprit.

    Contrairement à son grand-père, qui apparaissait très rarement en public avec ses épouses, ainsi qu'à son père, qui n'a jamais reconnu que les femmes avaient une place dans sa vie, Kim Jong-un ne cache pas son épouse. On peut la voir lors de réunions de l'état-major des armées entourée par des généraux au garde-à-vous et dans les appartements des ouvriers qui ont mérité l'attention du dirigeant nord-coréen (un jour elle a même aidé la maîtresse de la maison à débarrasser la table et à faire la vaisselle). Ri Sol-ju est pratiquement la seule femme à apparaître en public sans porter l'insigne de Kim Il-sung, de Kim Jong-il ou des deux. Le port de ces insignes est obligatoire pour tous les citoyens nord-coréens depuis les années 1970 et symbolise leur loyauté envers le régime. Un tel comportement est très atypique pour ce pays et étonne sérieusement ses habitants — même s'ils préfèrent, bien sûr, ne pas exprimer leur étonnement à voix haute.

    Début 2012, le couple a eu une fille. De toute évidence il s'agit de leur premier enfant. Certains ont déjà commencé à analyser quelle pourrait être l'influence de cette naissance sur le système de succession mais il est certainement trop tôt pour en parler. Il y a des raisons de douter que le système nord-coréen de monarchie absolue puisse exister suffisamment longtemps pour que la fille de Ri Sol-ju et de Kim Jong-un puisse être considérée comme une réelle prétendante au trône de Pyongyang.

     

    Contenu réalisé à partir d'informations émanant de sources ouvertes

    Lire aussi:

    Corée du Nord: Kim Jong-un inspecte des unités militaires
    Kim Jong-un attendu en Russie en 2015 (journal)
    L'Onu veut poursuivre Kim Jong-un pour crimes contre l'humanité (médias)
    Corée du Nord: Kim Jong-un réapparaît en public
    Tags:
    femmes, Kim Jong-il, Kim Il-sung, Ri Sol-ju, Kim Jong-un, Corée du Nord
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik